La Nuit du Loup-garou

Category: Films Comments: No comments

cursewereteaser

Sortez les costumes de maître-chien, les enfants, vous allez devoir parer à quelques morsures avec La Nuit du Loup-Garou, l’un des Hammer Movies bénéficiant du plus de mordant. Et vu qu’Elephant Films le réédite désormais en HD, on quitte notre crypte toxique, on se laisse pousser la barbe et on part hurler sous une lune bien pleine ! Ahoooooouuuuu !

 

 

On ne se laisse pas abattre, dans les studios de la Hammer. Ainsi, lorsque curés, nonnes et associations s’agenouillant sous la croix du trentenaire crucifié menacent nos amis britanniques de faire interdire le film sur l’inquisition espagnole qu’ils s’apprêtent à produire, ils abandonnent le projet et utilisent ses décors déjà construits pour autre-chose. Soit Curse of the Werewolf (1961), dont on délocalise l’intrigue au pays de la paella pour justifier un décorum forcément plus hispanique et chaud que l’Angleterre brumeuse dans laquelle la Hammer barbotait d’ordinaire. Et comme souvent, c’est Terence Fisher qui régale en reprenant à son compte les mythes Universaliens, tout en laissant cependant sur le carreau ses stars habituelles que sont Peter Cushing et Christopher Lee. Place aux jeunes, et c’est à un Oliver Reed – encore loin d’être la future star de Trauma selon Dan Curtis et de Chromosome 3 – de jouer les monstres… et les malheureux ! Car elle est encore moins drôle qu’une émission d’Arthur (ça donne tout de suite une idée), l’existence du pauvre Léon, dont la conception fut déjà des plus noires. C’est que son père n’était autre qu’un vagabond crasseux balancé dans un cachot par un sinistre notable, le prisonnier finissant par violer une servante (la sublime Yvonne Romain) balancée dans sa cage car elle refusa d’écarter les cuisses en présence du suzerain. Le voyageur au poil dru serait-il un loup-garou, refilant une antique malédiction au pauvre Léon, dont la mère périra en lui donnant la vie ? C’était ce que le script prévoyait durant un temps avant de bifurquer vers une toute autre direction, la faute encore une fois aux organismes de censure assurant à Michael Carreras et Anthony Hinds (également au scénario, comme bien souvent) qu’une péloche montrant un homme-loup agresser sexuellement une demoiselle ne passera jamais leurs filets. Et pour une fois, on ne se plaindra pas de ce virage à 180 degrés, La Nuit du Loup-Garou étant bien plus intéressant tel qu’il est visible aujourd’hui que comme il était prévu aux origines.

 

cursewere1

 

Ainsi, il n’est ici point question de marque du pentagramme, de morsure refilant des globules de wolfman, ou toute autre explication faisant le lien avec le Malin et autres diableries, la raison des transformations du petit Léon (que l’on ne découvre adulte que lors du dernier tiers du métrage) étant plutôt liée à son moral en berne. C’est pas compliqué : tant que le gaillard recevra de l’amour de son père adoptif (très bon Clifford Evans, en homme de lettre au grand cœur) et de la bonne de celui-ci, tout ira bien et la pilosité du gamin ne demandera pas qu’on le tonde chaque soir. Mais si ses idées noires, la solitude et la colère reprennent le dessus, le loup sommeillant en lui s’emparera de son âme affaiblie, pour une virée meurtrière que seule une balle en argent pourra stopper. En somme, si le louveteau broie du noir ou subit une trop forte contrariété, il laissera la bête surgir… Franchement intéressant et de quoi donner une dimension tragique à un horror movie tenant presque de la grande et belle saga. En montrant les différentes étapes de l’arbre généalogique de Léon, Curse of the Werewolf se lance en effet dans une narration plus ambitieuse qu’à l’accoutumée, bien nécessaire pour souligner le dramatique de la situation, notre jeune héros au cœur pur étant pour ainsi dire le fruit d’une somme de malheurs. Nous serons donc témoins de tout : de l’humiliation de son géniteur par ceux de la haute et son emprisonnement dans une niche avec pour seul confort un peu de paille, aux multiples assauts subis par sa mère, d’abord agressée par le maître des lieux (d’ailleurs aussi inquiétant que le loup-garou en titre, le bonhomme ayant le teint pâle et l’épiderme en lambeaux) puis par le pauvre voyageur, revenu à l’état sauvage. Déjà touchée par un destin taquin en étant muette depuis sa naissance, Yvonne Romain sera forcée d’assassiner l’auguste désireux de se glisser sous sa robe puis de fuir dans la forêt, où elle reviendra, à son tour, quasiment à un état bestial… Pas franchement un bon début dans la vie pour un Oliver Reed que ce lourd passif rendra bien sûr très attachant, quoiqu’il advienne…

 

cursewere2

 

Sacré conte charbonneux donc, si marquant et parfait dans sa construction (certains regretteront peut-être que la créature ne sort véritablement du bois qu’à la toute fin du film, nous parlerons plutôt de pinacle bien senti) qu’Anthony Hinds se présente sans contestation possible comme le talent clé du film. Non pas que Terence Fisher démérite, au contraire son savoir-faire habituel offre une réalisation confortable nous laissant tout le loisir de nous concentrer sur le fond de Curse of the Werewolf, sa forme tenant du pur Hammer Film. Et donc du métrage auquel il n’y a rien à reprocher en la question, la bande-son étant belle, les décors somptueux, le maquillage du bestiau fait son effet, la photographie tient de l’irréprochable (on a même droit à des nuitées crédibles, c’est dire !) et, petit détail indispensable, un Michael Ripper en alcoolo de service. Toutes les pièces du puzzle sont donc parfaitement imbriquées, mais c’est surtout pour que l’on puisse admirer un triste destin façonné par Hinds, celui d’un homme né sous la mauvaise étoile, que seul l’amour pouvait sauver et à qui toute affection fut refusée avant même sa propre naissance. Du grand cinéma gothique, du grand cinéma de loup-garou (la Universal est pour le coup battue, et pas qu’un peu) et un indispensable de plus que l’on ira déterrer au cimetière des Elephant Films, avec toujours Nicolas Stanzick aux bonus. Tout est donc bien en place pour la seule et unique incursion de la Hammer dans le domaine du fantastique velu, aussi bien capable de nous coller la larmichette que de nous convaincre de ne pas nous épiler le maillot. V’la le tour de force !

Rigs Mordo

 

cursewereposter

 

  • Réalisation: Terence Fisher
  • Scénario: Anthony Hinds
  • Production: Hammer Films
  • Titres: Curse of the Werewolf
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Oliver Reed, Clifford Evans, Yvonne Romain, Catherine Feller
  • Année: 1961

 

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>