Los Ritos sexuales del Diablo

Category: Films Comments: No comments

ritosposter

Joseph Braunstein, alias José Ramon Larraz : un cas à part dans la bisserie ibérique, réalisateur partagé entre son Espagne natale et l’Angleterre des mythes fantastiques, dessinateur de bandes dessinées à ses débuts (rayon aventures surtout), bonhomme amoureux de cinéma horrifique… et très porté sur la fesse dans ses films. A son grand dam si l’on en croit le mec, puisqu’à l’entendre, l’érotisme n’était pas exactement sa tasse de thé… Mais il faut bien manger, et voilà, nous sommes dans les années 70 : CQFD… Pour en savoir beaucoup plus sur Larraz, on vous renvoie à l’immanquable dossier paru dans le n°5 bis d’un immémorial Nuits Blanches (1997), splendide zine dijonnais que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître… sauf s’ils cherchent bien.

 

 

 

Un drôle d’oiseau quoi qu’il en soit, indépendant jusqu’à la moelle, lequel refusait d’ailleurs d’être assimilé aux autres artisans du cinéma d’épouvante espagnol, Leon Klimovsky ou Paul Naschy en tête. Un artiste plus anglo-saxon que latin culturellement parlant, et plus enclin à soigner les ambiances qu’à narrer une histoire. D’ailleurs, ce n’est pas ce Los Ritos sexuales del Diablo qui nous contredira… Copyrighté 1980 au générique, le film est distribué en 1982 aux pays des Ibères. Après quelques bobinettes plus ou moins érotiques et l’excellent Estigma (dont nous reparlerons très vite), Los Ritos… marquait le retour de Larraz en Angleterre et bouffait la bougie par les deux bouts, diablerie basique comme l’indique son titre original, mais surtout film érotique bien chaud… comme l’indique son titre original. Car Black Candles (titre UK de la pelloche), c’est un peu Rosemary’s Baby sous aphrodisiaques, film presqu’entièrement sacrifié à la seule dimension érotique du satanisme, au point que le Grand Cornu n’est souvent que prétexte à croustillantes licences et à torrides ébats. C’est clair, Los Ritos… est un pur clasificada S, et l’on ne va pas s’en plaindre… L’appel du Diable et les besoins de la chair se confondent donc dans le film, ce qui n’eut pas l’heur de plaire aux aficionados du Bouc et aux purs fantasticophiles, estimant que Larraz sacrifiait sur l’autel du cul le motif ô combien plus sérieux de la sorcellerie. Faut-il s’en plaindre pour autant ? Pas sûr.

 

ritos1

 

Le film raconte donc les déboires de Carol, jeune femme bien décidée à faire la lumière sur la mort mystérieuse de son frère. Accompagnée de son époux, Carol débarque chez la veuve de son frère défunt, la très belle Fiona. Celle-ci demeure dans une chouette bâtisse sise en plaine campagne anglaise, non loin de Londres. L’héroïne découvre alors que Fiona est le cruel gourou d’une secte satanique régnant sur la contrée, et qu’elle a maléficié son propre mari afin de s’en débarrasser. Bien trop curieuse aux yeux de Fiona, Carol risque bien d’être la prochaine victime de la secte, d’autant que Robert – son mari – a lui aussi succombé aux charmes vénéneux du Démon… et de Fiona. Oui, ça baise vraiment à tous les étages dans Black Candles, comme si le Diable avait réveillé les désirs libidineux de tout ce petit monde : en fait, Larraz voit dans le satanisme – comme d’autres dans le vampirisme – l’occasion d’effeuiller ses actrices, parmi lesquelles la très belle Vanessa Hidalgo (Carol), comédienne à la toute petite carrière qu’on put voir dans le seul et très bon film érotique d’Amando de Ossorio, Pasion Prohibida (1980), ou dans la sexy comédie Y a-t-il un Fantôme dans mon Lit ? (alias C’è un Fantasma nel moi Letto, en 1981), avec Lilli Carati notamment. Eh oui, on ne se refait pas… Une petite habituée de la fesse à l’air, qu’elle a fort belle d’ailleurs (l’autre aussi vous me direz). Sans compter Carmen Carrion (la sorcière Giorgina), et bien sûr Helga Liné dans le rôle trouble de la veuve noire… La sorcellerie se conjugue donc au féminin dans Los Ritos…, ce qui nous vaut quelques scènes saphiques du plus bel effet, et quelques pairs de seins du plus beau dessin. Alors évidemment, ceux que l’érotisme emmerde en prendront vite marre, mais ceux que le softcore réjouit – même languide et bien glauque –  apprécieront vraiment… Et puis voir Helga Liné dans le plus simple appareil séduisant un Robert qui n’en demandait pas tant, ça ne se refuse pas, surtout quand la séquence est redoublée dans le dernier tiers du film, encore plus hot que la précédente. Aucun doute possible, Larraz sait y faire, et comme dans le plus basique des films de cul, tout cela se terminera par l’orgie qui va bien… éclairée ici aux « black candles », ce qui – convenons-en – ne fait guère de différence dans les intentions.

ritos2

 

L’atmosphère est donc d’abord au voyeurisme et à la chair bouillonnante dans le film. Plus intéressant, le satanisme se déploie aussi en des séquences oniriques et blasphématoires, pleines de stupre et d’insanités, qui voient par exemple la sœur incestée par le frère défunt, sous l’œil concupiscent de Fiona… On ne coupera pas non plus au motif de la messe noire, avec sectateurs dépoilés et coït sur autel (par deux fois). Bref, Larraz lit son bréviaire érotico-satanique et décline toutes les formes d’impudeurs possibles dans Los Ritos… Mention spéciale à cette folle séquence au cours de laquelle la maléfique Giorgina branle un bélier, avant que la bête (immonde) ne barate une jeune adepte… qui semble prendre son pied, la coquine ! Du satanisme full frontal en un mot, bestial et osé, qui peut lointainement évoquer l’incroyable sabbat de L’Antéchrist (1974), quand Carla Gravina s’occupait du Grand Bouc par l’arrière… Des culs et des seins donc, mais dans un cadre tout entier « fantastique » : la demeure isolée, l’ambiance automnale d’un petit cimetière de campagne, l’orage qui gronde parfois, le souvenir du défunt qui pèse sur l’atmosphère déjà lourde d’un angoissant huis clos, et puis cette paranoïa qui sourd de la maisonnée, où chacun s’observe et se soupçonne…

 

ritos3

 

Sans surprise, Larraz emprunte à la matrice Rosemary’s Baby (si l’on peut dire), car derrière les rassurantes apparences se cache le Mal, au sens le plus folklorique du terme. D’où ces étranges décoctions que doit boire Carol, cette fétichisation des objets du culte satanique, ces rêves étranges clairement inspirés des cauchemars de Rosemary, et cette inquiétante contemporanéité du Diable, un peu passée de mode en 1982 puisque le film arrive sur le tard dans la démonomanie espagnole, après les Exorcismo (1975) et autres Escalofrio (1978)… N’empêche, Black Candles s’inscrit nettement dans cette tradition domestique de la diablerie, tourné certes avec une économie de moyens, mais brassant tout de même quelques belles idées au nombre desquelles cet empalement – par l’anus et par l’épée – d’un pauvre paysan rebelle aux injonctions de la secte… Oui, ça fait mal. A contrario, on oubliera ce twist final qui fait aujourd’hui un peu pitié, car tout cela, ben ce n’était qu’un… Bref, vous avez compris. Comme vous avez compris que l’affiche originale – absolument splendide – taillait un peu grand pour un film bien moins nullard qu’on ne l’a dit certes, mais bien moins bonnard qu’un Escalofrio sur le même thème.

David Didelot

 

 

ritosteaser

  • Réalisation: José Ramón Larraz
  • Scénario: José Ramón Larraz
  • Production: Jim Wilcox
  • Titres: Black Candles (UK), Naked Dreams/Hot Fantaisies (USA)
  • Pays: Espagne
  • Acteurs: Helga Liné, Vanessa Hidalgo, Jeffrey Healey
  • Année: 1982

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>