Terror Toons

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Que se passerait-il si Bugs Bunny, Daffy Duck et Sam le Pirate bondissaient un jour de votre téléviseur avec pour objectif premier de zigouiller toute votre petite famille, à l’aide de maillets énormes, de fusées conçues dans les usines ACME et de tartes à la crème acide ? A cette judicieuse question, Joe Castro répond avec sa saga Terror Toons, dont le premier épisode vous permet à la fois de jouer au docteur maboule et aux petits singes !

 

 

 

Joe Castro, c’est le triomphe de la volonté plus que du talent. Un peu comme ses pères Jim Wynorski et Fred Olen Ray, le gazier n’a en effet jamais démoulé de classique instantané auquel le Mad Movies de nos jours (le chiant, quoi) offrira un hors-série. Et sa carrière, il doit la porter sur ses seules épaules pour qu’elle se fasse, aucune petite fée ne s’étant penchée sur le berceau de son art pour en faire un buzz énorme, même au sein des amateurs de bis foldingue. Mais voilà, quand on aime, on tient la barre malgré le frigide souffle de l’indifférence, et l’on continue pour les quelques maigres groupements de fans que l’on a su fédérer au fil des ans. Castro n’a donc rien lâché et aurait d’ailleurs eu bien tort de rejoindre le banc trop garni des lâcheurs, lui qui ne bénéficia jamais vraiment de l’aide d’un producteur ou distributeur digne de ce nom. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir roulé sa bosse sur quelques Séries B/Z plus ou moins réussies, en tant que maquilleur ou créateur des effets spéciaux. Citons le chouette Humanoids from the Deep version 1996, les rarement loués Wishmaster 3 et 4, un Demonicus réputé comme étant ce que la Full Moon a fait de pire, le moyen Uncle Sam de Bill Lustig ou le troisième volet des Night of the Demons. Pas un CV en or, c’est vrai, mais l’on pourrait imaginer que ces quelques expériences auraient pu permettre au Joe de serrer la pogne du vieux Corman ou de Charles Band, et donc de voir financer un projet ou l’autre. Il n’en sera malheureusement rien, et ce sera dans le do it yourself que devra s’épanouir notre filmmaker, proposant d’abord une petite zéderie (Legend of the Chupacabra) à une écurie Troma connue pour ne pas reverser grand-chose (voire rien) aux jeunes talents qu’elle accepte de distribuer, avant de faire un bout de chemin avec David Sterling pour quelques péloches (The Hazing, Maniacal, Blood Sisters et Evil Unleashed). En somme, on a le choix entre se retrouver perdu au milieu d’un nombre incalculable de DVD balancés à la va-vite par un Lloyd Kaufman pas toujours appliqué en la matière, ou enchainer les produits sans saveur pour un Sterling connu pour bâcler tout métrage en deux temps trois mouvements (voir les Camp Blood pour s’en convaincre). Autant dire que dans ces conditions, on a tôt fait de prendre les choses en main et d’empoigner son destin ! A plus forte raison lorsque l’on a bossé avec H. G. Lewis sur son Blood Feast 2 et que le godfather of gore vous incite à tout faire par vous-même, devenant par la même occasion le père spirituel de l’auteur de Terror Toons. Au point que celui-ci invitera le pape du trash pour un rôle dans Terror Toons 3, histoire de boucler la boucle.

 

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Heureusement, Castro n’est pas seul dans sa barque et peut compter sur l’aide de Steven J. Escobar, monteur de profession glissant progressivement dans la production de petits films d’horreur faits avec les pognes, entre gens de bonne compagnie. Ainsi naquit la série des Terror Toons, enfantée suite aux questions existentielles d’un Castro inquiet de ne pouvoir vivre assez longtemps pour coucher toutes ses idées sur pellicule. Alors pourquoi ne pas en réunir un bon paquet sous un seul et même film, si dingue qu’il tolérerait justement toutes les excentricités, rendrait logique l’illogique ? Un peu comme dans un cartoon, justement, dont le réalisateur s’avoue friand et apprécie la nature, généralement basée sur une foire aux empoignes entre deux ennemis qui n’auront de cesses de se jeter des bombes sur la tronche. Une ampoule s’allume dans la caboche de notre bon goreux et Terror Toons sort en 2002, distribué chez nous en VHS chez Uncut Movies, toujours dans les bons coups. C’est d’ailleurs bien connu et Roger Rabbit nous le rappelait encore: dans le monde des toons, tout est permis, offrant une carte blanche à l’imagination débordante de Casro. Et le voilà en train d’échafauder les sombres plans du diable en personne qui, pour se distraire et tourmenter quelques âmes, fabrique et envoie un peu partout des DVD d’un genre nouveau puisque libérant le Dr. Carnage et Max Assassin. Le premier est bien évidemment un savant fou meurtrier, au teint vert et au nez pointu (il se dit que Castro lui-même servit de modèle physique…), tandis que le second n’est autre que le fruit de ses expériences, un brave petit capucin passé au stade de gros gorille violet et particulièrement brutal. Une fine équipe prête à se déchainer sur deux sœurs et leurs abrutis d’amis, naïfs au point de penser qu’ils allaient passer une bonne petite soirée à se goinfrer de pizza et se bouffer la langue sur le canapé…

 

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Le moins qu’on puisse dire, c’est que le copain Joe n’est pas du genre à avoir les miquettes qu’une armée d’avocats envoyés par Tim Burton vienne frapper à sa porte à grands coups d’attachés cases. C’est que son troisième film, il le débute par un plagiat évident et à peine camouflé du main theme de Beetlejuice, pas loin d’être repris à l’identique même si l’on a un minimum changé la mélodie pour assurer ses arrières. En même temps, on peut comprendre cet emprunt (pour rester poli) puisque c’est à la mamelle d’un Michael Keaton aux cheveux ébouriffés et dégueulasses que tète Terror Toons. Un peu comme le couple composé d’Alec Baldwin et Geena Davis, les caves visés par Satan et ses ouailles sont enfermés dans leur bicoque ; et si ce n’est pas des serpents de sable qui les attendent au dehors, ils se retrouveront face à une spirale tournant sans cesse et leur collant une paralysante nausée. Et comme le fantôme à la veste à rayures, le Dr. Carnage et Max Assassin se plaisent à emmerder leur monde avec un certain humour, même s’il est évident qu’ils rajoutent une large dose de bolognaise à leur mixture. C’est qu’en bon disciple d’Herschell Gordon Lewis, Castro n’est pas venu pour filmer du meurtre en hors champs ou de sobres nuques brisées, son but avoué étant bien évidemment de renverser des bennes entières de tripailles. Et puisqu’il peut se lancer dans toutes les démences que son cortex lui dicte, il ne se retient pas : demoiselle coupée en deux lors d’un tour de magie raté, gaillard riant si fort aux pas de danse des deux zouaves démoniaques qu’il en vient à cracher ses entrailles, lobotomie très douloureuse, arrachage d’une colonne vertébrale pour transformer une blondinette en marionnette… Ouais, ça ne plaisante pas vraiment dans ce Disneyland du cradingue, et si l’on versait dans le mauvais jeu de mot potache (pas le genre de la maison, comme vous le savez), on dirait que ça cartoon bien !

 

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Enfin, « ça ne plaisante pas vraiment », un peu quand même puisque nos deux tarés sortis de leur téléviseur ne cessent de ricaner à la moindre attaque, rendant l’ensemble plus malsain de par ce mélange contre-nature entre gore franc du collier et un univers coloré. Si l’on ferme les yeux, on se pense devant un bon épisode de Bip Bip et Coyote, avec effets sonores piqués aux Looney Tunes toutes les 30 secondes, mais lorsqu’on a les mirettes grandes ouvertes on se retrouve plutôt dans l’arrière-boutique de chez Charal. De l’art du décalage, donc, y compris d’ordre visuel puisque Castro se plait à tomber dans la violence crue alors que des décors dessinés semblant tirés d’un mauvais film d’animation entourent les protagonistes. C’est d’ailleurs là que le Joe risque de perdre pas mal de spectateurs : en bonne zéderie, Terror Toons ne profite pas d’une facture technique exceptionnelle, et c’est rien de le dire. Ce fameux décorum tentant de nous renvoyer à l’époque où l’on matait Mickey et compagnie tient, en effet, plus des premiers coups de feutre que de la plongée crédible dans le milieu de la 2D. Et puis, faut bien se dire que le tout est fait à base d’effets photoshopés, avec des acteurs d’abord filmés devant un fond vert puis incrustés, bon an mal an, dans ces paysages souvent accompagnés de zoziaux et autres personnages illustrés sans doute piqués sur Google Images ou dans une banque de cliparts. Autant dire que l’on est plus du côté de Jeff Leroy que de Robert Zemeckis… et ça nous va comme ça, au fond ! L’aspect fait-main dans un garage (Joe Castro s’est bien évidemment occupé des différents effets), avec ses poussées sanguinolentes fleurant encore bon le ketchup mélangé à l’andalouse, fera de toute évidence plus vibrer la fibre des amoureux du DIY que d’une assemblée ne jurant que par les palmés cannois. Et comme toujours, ces derniers se plaindront que l’on tente de nous faire passer des pornstars ou actrices de softcore approchant de la trentaine pour des gosses de 16 piges (admettons pour Beverly Lynne, plus dur à avaler lorsque c’est une Lizzie Borden plastifiée des orteils aux lèvres et dotée d’obus gros comme ça que l’on nous présente comme une jeune ingénue) et une réalisation manquant, comme souvent, de personnalité. Et comme toujours (bis), ce sera pour à peu près les mêmes raisons que nous passerons un bon moment devant Terror Toons, à peu près aussi fin qu’une lasagne à quinze étages, mais au moins celle-ci fut cuisinée avec le cœur et l’envie de nous en foutre plein la panse. Pas de doutes, nous voilà donc devant un bon repas de famille, et Castro fait un hôte bien généreux qui nous réinvitera très vite pour Terror Toons 2, aka Bloody Toons par chez nous. Tant mieux, on était à deux doigts de demander si y avait moyen de nous resservir…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Joe Castro
  • Scénario: Rudy Balli
  • Production: Joe Castro, Steven J. Escobar
  • Pays: USA
  • Acteurs: Beverly Lynn, Lizzy Borden, Kerry Liu, Brandon Ellison
  • Année: 2002

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