Les 5 Survivants

Category: Films Comments: One comment

fiveteaser

Que se passerait-il si Kim Jong-un perdait une partie de Puissance 4 contre son vieux copain Donald ? Avec plus de 65 ans d’avance, Les 5 Survivants nous montrait le résultat de cette défaite, via une Omega Woman et quatre Omega Men cherchant une vie paisible dans un monde post-apocalyptique dans lequel ils semblent crier « Je suis vivant ! »

 

 

Bien avant que Max Rockatansky et Humungus se regardent en chiens de faïences, des lunes avant que les Italiens ne se prennent de passion pour les terrains vagues habités par de sinistres mutants, il y eut Les 5 Survivants (1951). Alias Five, B Movie indépendant ne payant pas de mine de prime abord : budgété a seulement 75 000 dollars, tourné sur la propriété même de son réalisateur Arch Oboler et ne contenant pour tout comédiens qu’une troupe d’inconnus (du moins à l’époque, certains faisant carrière par la suite), le film n’en est pas moins régulièrement considéré comme le premier à amorcer le genre du post-apo. Faut dire que tout est dans le panier, de la bombe atomique ayant soufflé l’humanité aux difficultés qu’ont les rares miraculés à s’entendre et fonder un nouveau monde. Car comme tout bon gérant de télé-réalité qui se respecte, Oboler réunit sous son pavillon une poignée de personnalités bien diverses, allant de la femme enceinte inquiète de ne pas savoir ce qu’il est advenu de son compagnon, au philosophe barbu désirant vivre en solitaire, en passant par un vieil employé de banque ayant perdu la tête, un alpiniste raciste ne se prenant pas pour une demi-crotte de caribou et, bien évidemment, un afro-américain. C’est que ça serait pas drôle si notre montagnard si sûr de sa petite personne n’avait pas l’occasion de s’engueuler avec au moins un homme de couleur… La comparaison avec Secret Story et compagnie s’arrête cependant là, car en bon film pessimiste, Five ne propose jamais de jacuzzi permettant aux nénettes refaites d’aller barboter avec ces musculeux messieurs. A la place, nos protagonistes devront faire face à une purée de pois aussi toxique que noirâtre, et surtout à ce que l’homme à de plus vil en lui.

 

five1

 

Pas étonnant dès lors que le brave Oboler (auquel on doit aussi le film de SF The Bubble) soit considéré comme le père d’un sous-genre sentant bon le cèpe atomique et les paysages dévastés, Les 5 Survivants débutant d’ailleurs comme il se doit : dans un monde sans vie. A la pauvre Roseanne et le polichinelle qu’elle garde encore au chaud d’en faire les frais, eux qui se retrouvent paumés dans une métropole seulement habitée par quelques squelettes. Pas de quoi avoir envie de rester dans les parages, Roseanne pensant plutôt tenter une vie au vert, auprès d’un Michael (William Phipps, plus tard dans La Guerre des Mondes) voyant pour sa part une belle occasion de repartir du bon pied sans reproduire les erreurs du passé. Opération potager pour nos amis, vite rejoints par un vieillard mourant et un ancien militaire black, puis par l’obligatoire fauteur de troubles, venu pimenter un peu une vie de fermier jusque-là trop paisible pour être vraie. Soit Eric, grand brun se pensant tombé de la cuisse de Vénus, de plus en plus attiré par Roseanne (faut dire que pour des galipettes dans les champs de fleurs, le choix est désormais bien restreint) et mécontent de voir que le reste des troupes ne semble pas décidé à voir en lui un leader né. Et désormais pris de la folie des grandeurs, voilà que celui qui venait de descendre du Mont Everest aimerait trouver de potentiels autres rescapés et devenir le moteur de la renaissance de notre société. Bref, entre ceux qui veulent voir ailleurs si l’herbe y est moins contaminée et ceux qui veulent rester dans leur petit cabanon et se contenter du peu qu’ils ont, ça ne va pas. Avec au milieu de tous ces condors et aigles se disputant le nid : un petit colibri nommé Roseanne, inquiète pour sa portée et surtout le géniteur de celle-ci, introuvable depuis le drame. Dramatique, Five ne fait d’ailleurs pas semblant de l’être, tombant dans le défaitisme absolu lors d’un dernier acte ne faisant absolument pas de cadeaux aux réchappés. Couteaux dans le dos (dans tous les sens du terme), désillusions, maladies soudaines et pire encore : nos malheureux pensaient que le pire était dans le rétro, il est malheureusement au pas de la porte. Et l’on se gardera bien de révéler jusqu’où Oboler est capable d’aller pour nous faire broyer du noir…

 

five2

 

On est donc loin du feel good movie, et si les dernières secondes laissent entrevoir un avenir plus ou moins heureux (c’est beaucoup dire), on ressort de l’expérience avec un joli petit blues. Mais aussi avec un sacré trésor de la science-fiction à budget réduit, capable de dépasser les limites de ses petites bourses pour rendre l’ensemble crédible. Tout d’abord en parvenant à filmer de bien belles scènes dans une cité dévitalisée, seulement peuplée d’ossements et de voitures laissées à l’abandon. Ensuite en tirant le meilleur parti d’acteurs bien dans leurs pantoufles, parvenant à rendre attachants les différents persos, si ce n’est un Eric de toute évidence créé pour être détesté de tous. Pari réussi, pour le coup. Enfin, Arch Oboler parvient surtout à rendre son Five bien rythmé alors qu’on ne fait qu’y causer d’un futur incertain et que sa mise-en-scène est presqu’uniquement composée de plans fixes. Certes, l’objectif tremblote légèrement lorsque le réalisateur veut traduire la nervosité de l’un ou l’autre déprimé qu’il se plait à torturer moralement, et mise sur une vue subjective bien sentie lorsque Roseanne, prenant son courage à deux mains, décide de s’aventurer dans les bureaux de son compagnon pour voir s’il a encore un peu de peau sur les os ou s’il n’est plus, lui aussi, qu’un cousin de Skeletor et Keira Knightley. Mais du reste, Obloter pose sa caméra dans un coin, laisse ses personnages traverser le champ, la déplace, les invite à continuer leur course, et ainsi de suite. Basique ? Peut-être, mais pas forcément problématique puisque Arc dispose visiblement d’un bon œil en la matière, la très large majorité de ses clichés parvenant sans mal à répandre une atmosphère de fin du monde, avec ses élus traversant des décors sans le plus petit début de vitalité. Pas la peine d’aller chercher plus loin votre poids de cailloux irradiés et de cadavres à cloques, Les 5 Survivants vient tout juste de sortir chez Artus Films et ne demande qu’à venir vous prouver que les racines du genre sont toujours solides…

Rigs Mordo

 

fiveposter

 

  • Réalisation: Arch Oboler
  • Scénario: Arch Oboler
  • Production: Arch Oboler
  • Titres: Five
  • Pays: USA
  • Acteurs: William Phibbs, Susan Douglas Rubes, James Anderson, Charles Lampkin
  • Année: 1951

One comment to Les 5 Survivants

  • Roggy  says:

    Je garde un bon souvenir de ce film minimaliste mais à l’ambiance bien poisseuse.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>