Le Fascinant Capitaine Clegg

Category: Films Comments: No comments

Après s’être penché sur le cas des Universal Monsters encore inédits sur disque dans nos contrées, voilà qu’Elephant Films amène sur son dos plissé une palanquée de jolis Hammer Movies, parmi les plus rares ou désormais difficilement trouvables en DVD, avec pour bonne excuse le passage à la HD. Et c’est avec un Capitaine Clegg réputé fascinant que l’on débute les hostilités ! A l’abordage, chers amis, car ça va causer piraterie ! Du moins un petit peu…

 

 

 

Ah, les aléas de la production ! Demandez donc à la Hammer ce qu’il en est des projets avortés ou mutés à la dernière minute, le studio le plus gothique de l’univers connu connaissant plus que bien la question. C’est qu’ils eurent un temps l’ambition de tourner une nouvelle version du classique I am Legend, fameux bouquin passé sur nos écrans avec Vincent Price, Charlton Heston et Will Smith en premier rôle. Mais la BBFC venant mettre son grain de sel dans l’affaire, la Hammer fut forcée d’abandonner le projet tout en suant à grosses gouttes parce qu’ils avaient déjà promis un film nommé Night Creatures aux distributeurs américains. Ca la fout mal, mais malins comme des vieux singes, les producteurs marteaux décidèrent tout simplement de retitrer un métrage déjà achevé et en attente de distribution : Captain Clegg sera donc Night Creatures sur certains territoires. Pourquoi chercher midi à quatorze heure, en effet ? N’empêche que lorsque l’on lance Le Fascinant Capitaine Clegg, on se rend vite compte que l’on n’est pas tout à fait dans un monde post-apocalyptique peuplé de mutants nocturnes, cette réalisation Peter Graham Scott (The Headless Ghost) datée 1962 débutant au contraire de la plus solaire des façons. La mer, ses navires, ses pirates, ses îles désertes sur lesquelles on pense voir se dessiner quelques vieux cocotiers, voilà le décorum lançant donc Captain Clegg, que l’on imagine alors être une petite percée en terres plus exotiques pour une Hammer peut-être désireuse de se bronzer l’épiderme. Mais chassez le naturel et il revient au galop : une fois cette introduction passée, voilà que le générique du début nous dévoile la sinistre silhouette d’un épouvantail planté dans une campagne so british, avec un brouillard épais comme la mousse dans votre chope de Heineken, un ciel noir comme de la réglisse et une ambiance sentant bon le dimanche pluvieux. Là, pas de toute, nous sommes bien revenus à la maison !

 

CAPTAIN GLEGG (Peter Graham Scott, 1962) Col. Michel Caen

 

Mais ne vous faites pas avoir par cette entrée en la matière, nous dévoilant bien vite un vieil homme attaqué par des squelettes fluorescents sans doute échappés d’un festival techno: la ghost story classique que l’on imagine n’aura pas vraiment lieu, Peter Graham Scott misant plutôt sur une déviation des clichés du studio. C’est qu’elle ne manque pas de surprises, l’histoire de ce petit patelin perdu d’Angleterre où tous ses habitants ou presque s’adonnent à la contrebande, au point d’éveiller la suspicion d’un capitaine Collier (Patrick Allen) envoyé par le roi pour remettre de l’ordre sur place. Et peut-être, s’il en a le temps, élucider ce mystère voulant que des spectres et leurs montures parcourent les marécages une fois le soleil couché pour faire mourir de peur les promeneurs de minuit. Ces apparitions auraient-elles un lien avec le fait que le pirate de légende, le capitaine Clegg, fut enterré sur place ? Rien n’est moins sûr, contrairement au fait que les figures traditionnelles du gothique à l’anglaise perdent leurs contours habituels. Si Peter Cushing se retrouve une fois de plus dans la robe d’un homme de dieu, celui-ci n’est pas aussi souriant et affable qu’il en a l’air, se révélant au final être le leader des contrebandiers et un type particulièrement sec. Les obligatoires tourtereaux (Oliver Reed et une Yvonne Romain à la frimousse aussi attirante que la poitrine) vivant un amour impossible ? Pas aussi nets que l’on veut bien nous le faire croire ! Le capitaine Collier, un véritable héros venu mettre derrière les barreaux quelques petits criminels n’hésitant pas à tuer les leurs lorsque ceux-ci sont à deux doigts de la traitrise ? Tu parles Prince Charles, le gaillard tenant plus de l’antagoniste cassant que du protagoniste soutenu par le public… Damn, même Michael Ripper, d’ordinaire flanqué de seconds rôles éclairs, obtient un temps de présence très respectable et a un peu de poids dans ce Night Creatures ! D’ailleurs, suprême blasphème, ces fameuses créatures de la nuit ne semblent même pas au centre du récit et n’apparaissent pas plus de trois minutes à l’écran ! C’est net, Scott et son scénariste Anthony Hinds (comme à l’accoutumée planqué derrière le pseudo de John Elder) désiraient ici déjouer les attentes d’un auditoire ayant, en 1962, déjà fait plusieurs expériences gothiques et pensant sans doute tout connaître de ces vieux cimetières et passages secrets, bien présents mais aux débouchés revus et corrigés.

 

CAPTAIN GLEGG (Peter Graham Scott, 1962) Col. Bernard Charnacé (1)

 

De quoi faire de Captain Clegg un film multi-facettes, certes horrifique dans ses traits (les marais brumeux, un épouvantail reluquant les passants, les fameux cavaliers fantômes) mais à la rythmique piquée au genre policier ou d’aventures, avec son enquête et ses poussées d’action. Car ça se fout fréquemment des coups de coude dans le nez, non loin de la tombe du vieux Clegg, et le final voit d’ailleurs une baston générale prendre place dans une église, avec un Peter Cushing nous la jouant Tarzan en s’agrippant à un chandelier pour traverser la pièce. N’allez cependant pas imaginer de la bonne humeur au kilo et des envolées musicales guillerettes dignes du swachbuckler, l’ambiance restant majoritairement lourde et pesante, pour le bien d’un mélange finalement assez peu vu et donc franchement appréciable. Le Fascinant Capitaine Clegg se classe donc parmi les Hammer Movies les plus distincts, ainsi que parmi les plus palpitants et difficilement prévisibles. Tout du moins si l’on met de côté quelques indices quant aux révélations finales disséminés bien trop tôt, empêchant de profiter pleinement des bonnes idées d’une histoire qui aurait bien évidemment gagné à tenir sa langue un peu plus longtemps… Mais le constat est du reste plus que positif, et ceux qui aiment écouter les connaisseurs pourront profiter d’un bonus de Nicolas Stanzick connaissant bien le sujet Hammerien puisqu’il lui consacra son ouvrage Dans les Griffes de la Hammer. On monte donc tous en selles avec ces crânes lumineux !

Rigs Mordo

 

cleggposter

 

  • Réalisation: Peter Graham Scott
  • Scénario: Anthony Hinds
  • Production: Hammer Film
  • Titres: Captain Clegg, Night Creatures
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Peter Cushing, Patrick Allen, Yvonne Romain, Oliver Reed
  • Année: 1962

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>