Primal Rage

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Primal Rage, ou Rage – Furia Primitiva dans la langue de Dante, c’est l’histoire d’un prêté pour un rendu, ou d’un échange de bon procédé : tu m’écris mon scénar’, je t’écris ton histoire… Comprendre qu’Umberto Lenzi rédigea le script de Primal Rage pour Vittorio Rambaldi, alors que Vittorio Rambaldi imagina la trame du slasher Nightmare Beach pour Umberto Lenzi. Deux films jumeaux donc, réalisés dans les mêmes eaux (la fin des années 80… mortelle pour le cinéma bis italien), produits par les mêmes margoulins, et shootés dans les mêmes décors : ceux, ensoleillés, de la Floride, quand l’Italie délocalisait ses tournages à la recherche d’une légitimation toute ricaine, à grands coups de pseudos (Harry Kirkpatrick = Umberto Lenzi), d’emprunts tous azimuts et d’acteurs du cru ; les mêmes d’un film à l’autre d’ailleurs, parmi lesquels Sarah Buxton (Debbie la copine contaminée), avec en sus la guest-star qui va bien : Bo Svenson ici, qui cachetonnait comme un dingue à cette période (du Bruno Mattei avec Double Target, de l’Eurociné avec Maniac Killer, ou du Fred Olen Ray avec L’Invasion des Cocons : ouais, ça vole pas toujours très haut…). Dans Primal Rage, le grand blond endosse la blouse du scientifique inconscient, énième avatar d’un Docteur Maboule dont l’hybris lui coûtera la vie.

 

 

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Car nous sommes ici en terrain médical, rayon expérimentations dégueulasses sur animaux : un singe en l’occurrence, dont ledit Ethridge triture le cerveau à la recherche d’on ne sait quel traitement. Sauf que ça foire dans les grandes largeurs, puisque l’hominoïde pète une durite et se montre hyper agressif… Sur le campus attenant, la foire aux teenagers bat son plein, entre rivalités amoureuses et mâles alpha très cons. Sam Nash est le photographe du club journal de la fac, accompagné de Frank, son poto rebello-trasho. Idée du Frank : s’introduire nuitamment dans le labo et shooter quelques photos en loose, pour nourrir les colonnes du canard estudiantin. Mais le babouin très énervé le mord… Le singe est tué certes, mais le mec subit alors une étrange métamorphose, contaminé qu’il est par la saloperie d’Ethridge. Il s’en va alors répandre la mort et le « virus » au milieu de tous ceux qui l’approchent, en particulier sa gonzesse Debbie. Objectif de Sam et de sa copine Lauren désormais : retrouver le patient zéro avant qu’il ne soit trop tard… Oui, vous ne rêvez pas, il y a comme un air de famille avec un bien plus glorieux 28 Jours plus tard. Et puisqu’on cause de Danny Boyle et de la galaxie Lenzi, on savait déjà que les contaminés de L’Avion de l’Apocalypse préfiguraient – peut-être – ceux de 28 Jours… Finalement, Danny Boyle aurait-il dévoré le Lenzi et le Rambaldi avant d’accoucher de son film ? Troublant quand même : un singe malade, des contaminés… L’Histoire ne le dira jamais, mais allez savoir… Ceci dit, d’autres se font encore moins chier en la matière, et faute avouée n’est pas forcément pardonnée, même à moitié.

 

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Ravalons quand même notre langue de pute, car Primal Rage n’est pas non plus tout blanc, et pas non plus tout beau : tourné à l’origine pour la télévision US, le film ne fait pas exactement dans la finesse. C’est bien simple, on se croirait dans une production Filmirage qui aurait tété aux mamelles d’une Mouche tombée dans la soupe aux ados : foin de considérations artistiques ici, ou de prolongements scénaristiques compliqués, l’ambiance est typiquement 80’s comme on s’en doute, jusque dans les costumes, les dégaines, la musique (Claudio Simonetti en tête, dont on peut entendre quelques notes de sa BO pour Démons…), et la caractérisation des personnages : Balancetapétasse et balancetontrouduc’ pour tout dire, car les d’jeunes ne sont là que pour morfler, ou bavasser de leurs démêlés amoureux avec les greluches du campus. On aura donc à se farcir les pénibles saynètes où ça dragouille sévère certes (car les nanas n’ont froid ni aux yeux ni aux fesses, et les profs sont bien libidineux)… mais sans qu’un seul nichon ne pointe son téton à l’écran. Shame on you Vittorio – fils de Carlo quand même, le boss du SFX à l’Italienne -, d’autant que Primal Rage ne rédime pas vraiment cette impensable timidité en faisant gicler le rouge : à signaler quand même, une belle décapitation finale, mais c’est presque tout… Pas de doute, on est bien dans un produit manufacturé télé.

 

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La promesse du film, le climax comme on dit ? Cet Halloween party qui doit normalement conclure Primal Rage de belle façon, puisque les « méchants » contaminés déboulent à la fête pour dézinguer du cosplay… Si cette longue séquence est plutôt bien troussée (malgré des costumes d’Halloween moches comme la mort), force est de regretter – encore – l’incroyable pudeur de Rambaldi : OK, on essuiera bien quelques taches de sang sur le dance floor, mais enfin, dans un cadre pareil, on eût rêvé plus dingue, plus coloré et plus débridé question violence… Rien de scandaleux bien sûr, d’autant que le film recèle quelques beaux moments et quelques chouettes idées, comme cette rouste magistrale que Debbie – déjà malade – inflige à ses trois violeurs… heureux comme tout d’être contaminés d’ailleurs, puisque la maladie révèle en fait leurs vraies personnalités et décuple leurs plus bas instincts… Enfin, Primal Rage ressemble parfois à un slasher qui ne dirait pas son nom : le mutant a certes remplacé le psycho, mais le filmage est le même, via la focalisation interne d’une caméra subjective et menaçante. Et puis les fifilles crient comme il faut et sont coursées dans des espaces clos, sans compter la final girl qui vient bien sûr à bout du final monster en conclusion.

 

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Bref, pas de quoi cracher dans la soupe, mais pas de quoi non plus grimper au rideau… Les intentions étaient bonnes – foutre le nez dans la cruauté des expérimentations animales et dans cette « science sans conscience » qui « n’est que ruine de l’âme » – mais le résultat n’est pas vraiment à la hauteur des ambitions : on lui préférera largement un film comme Metamorphosis (1990), qui marchait un peu sur les mêmes plates-bandes, et qui ne dut pas non plus coûter des lingots d’or à la production. Mais le talent n’est pas affaire de gros sous, sinon ça se saurait.

David Didelot

 

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  • Réalisation: Vittorio Rambaldi
  • Scénario: Umberto Lenzi
  • Production: William J. Immerman, Josi W. Konski
  • Titres: Rage – Furia Primitiva
  • Pays: Italie, USA
  • Acteurs: Patrick Lowe, Cheryl Arutt, Sarah Buxton, Bo Svenson
  • Année: 1988

2 comments to Primal Rage

  • Roggy  says:

    Je ne connais pas le film mais mater du signe véner et contaminé pourquoi pas. Et ce, même si ce n’est pas le fleuron du genre.

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