Le Carnaval des Âmes

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En attendant de retourner votre Noël avec ses très attendues sorties du mois de décembre (pour rappel, L’Enfer des Zombies, Flagellations et Mortelles Confessions débouleront en HD pour la fin de l’année), Artus Films révise ses classiques ! Et pas des moindres, la preuve avec un Carnaval des âmes toujours aussi somptueux et n’ayant rien perdu de sa force évocatrice, 55 ans après sa naissance…

 

 

 

Pour le commun des bisseux, la Collection Classique qu’Artus livre actuellement dans toutes les bonnes échoppes et contenant 6 films (Le Carnaval des Âmes, Les Cinq Survivants, Le Fils du Pendu, L’étrange Mr Slade, Au-delà de Demain et Scandale à Paris) ne sera qu’un plat de petits fours avant le festin réunissant Fulci et Pete Walker à la même table. Mais c’est aussi et surtout l’occasion de replonger dans quelques bandes pas loin d’être oubliées pour certaines, même si ce n’est bien évidemment pas le cas du présent Carnival of Souls, film culte parmi les films cultes. Pas grave, on en reprendra une grosse louchée quand même, ne serait-ce que pour nous remémorer à quel point le seul long-métrage de Herk Harvey (aux côtés d’une bonne cinquantaine de courts, tout de même) a influencé, si ce n’est créé, le sous-genre de l’horreur psychologique. Et comme bien souvent, c’est à l’écart des hangars sans fin des studios les plus luxueux que le big bang eut lieu, Harvey tournant avec 30 000 dollars en poche, en trois petites semaines et avec une équipe ne dépassant pas les cinq ou six personnes. Dans les mains de n’importe-qui, cette maigre enveloppe et cette minuscule troupe n’auraient participé qu’à accoucher d’une oubliable Série B comme on en cueillait tant à la même époque, soit au début des sixties. C’était sans compter sur un réalisateur à la fibre artistique plus développée que chez la plupart de ses contemporains…

 

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Votre mamie vous l’a sans doute dit lorsque vous faisiez un peu trop le zazou avec votre bicyclette : qui fait le malin tombe dans le ravin. La jeune et belle Mary Henry va d’ailleurs en faire la douloureuse expérience, elle et ses amies décidant de faire la course avec une bande de jeunes caves, avec pour seule ligne d’arrivée une chute de la carlingue dans une rivière. Si toutes ses copines périssent dans l’accident, Mary s’en sort miraculeusement et décide de quitter son patelin pour devenir organiste dans l’église d’une petite ville proche. Un nouveau départ vers une vie simple et sans soucis ? C’est sans compter sur un voisin de palier un peu trop entreprenant et pas loin d’être malsain, sur un carnaval abandonné dont la lugubre silhouette finira par obséder notre héroïne et, surtout, sur un étrange personnage au teint pâle (Harvey himself) constamment aux basques de Mary. De quoi frôler, et même embrasser, une sacrée crise de nerfs… Véritable modèle du cinéma bizarroïde, Carnival of Souls ne tombe bien sûr jamais dans l’horreur hurlante, se présentant plutôt comme une galerie de clichés dérangeants laissant sur le trottoir les zombies vomissant sang et tripaille ou les tueurs mieux armés qu’un bataillon. A la place, des cartes postales cherchant la mésaise, un spectre souriant ne faisant strictement rien si ce n’est observer le premier rôle féminin et des soudaines poussées de surdité pour Mary, à certains moments incapable d’entendre le monde qui l’entoure et de communiquer avec. Un glissement de terrain progressif, lent et lancinant, vers une conclusion venue nous rappeler que certains films plus récents et vendus comme révolutionnaires disposent de moins d’audace qu’ils le prétendent.

 

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D’ailleurs, bien des films indépendants sortant le calepin de psy et jouant la carte de la psychanalyse auraient à apprendre du beau boulot du bon Harvey. Certes, comme eux, il mise sur un non-rythme, sur un quotidien basculant progressivement vers un monde plus ténébreux (plus ça va, moins Mary semble appartenir à l’univers l’entourant), sur l’étrangeté d’une situation et de décors (le carnaval nous colle quelques frissons par sa seule existence), mais contrairement à ce qu’il se fait ces dernières années dans le créneau, le tout ne tombe jamais dans le chiant ou l’inaction totale. Et quand bien même ce serait le cas et ce carnaval ferait du surplace que ce ne serait pas bien grave, Herk étant de ces réalisateurs dotés d’un œil unique et sachant fort bien comment un cadre se doit d’être composé. Voire à cet effet les splendides déambulations de Mary dans la fête foraine délaissée, isolée au milieu d’un gigantesque lac sableux, véritables rêves éveillés soudainement transpercés de silhouettes de cauchemars. Non, on ne crie pas et on ne serre pas notre doudou de peur, mais par contre on rentre pleinement dans la psyché fissurée de sa rescapée, que la mort ne semble décidée à lâcher. Et on s’inquiète en même temps qu’elle à la moindre ombre montant les escaliers vers sa chambre, à la mauvaise surprise de tomber sur un bal plus diabolique qu’endiablé ou à cette course-poursuite sur la plage, alors que des êtres sinistres et rieurs sont à ses trousses. Tout en admirant un master parfait rendant l’hommage qui lui est dû au filmage de Harvey, absolument parfait question technique et tout juste griffé par une post-synchronisation parfois hasardeuse et peu crédible. Mais du reste, on tient là un véritable joyau du cinéma fantastique, un voyage expressionniste comme on n’en voit malheureusement que trop rarement désormais. Et qui ne connut d’ailleurs guère le succès à sa sortie, son actrice principale Candace Hilligoss étant même lâchée par son agent peu après ce fiasco, Carnival of Souls étant visiblement une malédiction la suivant au-delà de l’écran. Maudite peut-être, la Candace, mais surtout légendaire désormais… Et pour vivre pareil carnaval, ne serions-nous pas tous prêts à vendre notre âme au diable ?

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Herk Harvey
  • Scénario: John Clifford
  • Production: Herk Harvey
  • Titres: Carnival of Souls
  • Pays: USA
  • Acteurs: Candace Hiligoss, Sidney Berger, Frances Feist, Art Ellison
  • Année: 1962

7 comments to Le Carnaval des Âmes

  • Stéphane B.  says:

    Pourquoi ne pas mentionner notre édition ?
    Elle est aussi bonne que celle d’Artus et on l’a faite bien avant. 🙂 🙂 🙂

  • Stéphane B.  says:

    Je pleure pas car j’ai du succès, moi. Je fais pas qu’écrire sur les autres 🙂

  • Jérôme B.  says:

    Très intéressants ces commentaires… et très décevants également.

  • it  says:

    Il y a « les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien » d’après Emmanuel Macron : bon ben toi Rigs, t’es tombé du mauvais côté ! 🙂

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