La Capilla Ardiente

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Film complètement oublié aujourd’hui, La Capilla ardiente ne mérite pourtant pas un tel sort. Distribué à partir de 1981 en Espagne, le film est copyrighté 1979 à l’écran : ça commençait donc mal quelque part… Aux commandes de cette coproduction hispano-mexicaine, on trouve le très intéressant Carlos Puerto, réalisateur de la team Juan Piquer Simon, lequel avait shooté un bien bel Escalofrio en 1978 : une diablerie comme on n’en fait plus d’ailleurs – érotique et onirique – dont nous reparlerons bientôt, et dans le détail…

 

 

 

La Capilla ardiente, autrement dit « la chapelle ardente », se situe clairement un cran au-dessous, même si le film emprunte au même rayon qu’Escalofrio, quand l’Espagne se lâchait après la censure franquiste et cédait aux pulsions de vie et de mort dans son cinéma : Eros et Thanatos en un mot, mariés dans d’improbables histoires de sexe, de fantômes, d’esprit malin et de meurtres. C’est à peu près le programme proposé dans La Capilla ardiente, celui de deux sœurs qui vivent dans une immense demeure et louent une chambre à Angel, jeune homme étrange et visiblement sensible aux âmes mortes qui hantent la maison. Car voilà, Sarah a tué l’ancien locataire des lieux, celui-ci ayant préféré les charmes de sa sœurette Helena… La jalousie est un bien vilain défaut décidément. On peut aussi comprendre le mec, car l’actrice mexicaine Lucy Tovar fait valoir quelques atouts dont ne peut s’enorgueillir Beatriz Galbo… Beatriz Galbo ? Comédienne diaphane et sœur – pour de vrai – de la plus connue Christina Galbo, qui affronta notamment les goules du Massacre des Morts-Vivants dans le film de Jorge Grau. Mais revenons à nos hantises… Bis repetita comme disait les Anciens, car le même sort attend probablement Angel, tombé dans les double rets d’Helena et de Sarah. A moins que…

 

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Conseil d’ami : bouffez quand même quelques tubes de Guronsan avant de vous enfiler La Capilla ardiente, tempo adagio oblige. Si l’on est magnanime, on parlera de rythme hypnotique. Mais si l’on est plus sincère, on dira que c’est long, très long, comme une procession funèbre traînant de la patte. Bien sûr, l’économie de moyens alloués au film force le respect, mais elle oblitère aussi toute petite envolée visuelle, et tout petit caprice graphique. A contrario, on souffrira donc un film ultra dialogué, quasiment littéraire dans ses enjeux, et l’on se contentera de quelques portes qui s’ouvrent inopinément, de quelques objets qui tombent inexplicablement, d’un chat noir qui traverse l’écran parfois, et d’une présence fantomatique – en chair et en os, c’est moins cher – qui hantent les lieux, métaphore assez claire des remords et des désirs vaguement nécrophiles de Sarah : la donzelle se donne même un peu de plaisir en matant la photo de l’amant décédé, avant de se faire peloter par le spectre du défunt, carrément consentante qu’elle est…

Et c’est bien là que La Capilla ardiente prend toute sa dimension, celle d’un drame (para)psychologique sous tension sexuelle, sublimé par le cadre resserré du huis clos et de l’impossible ménage à trois. En ce sens, le film est assez proche des ambiances salement rances d’un Baiser macabre (Lamberto Bava), bien plus que du Shining de Stephen King dont se réclamait pourtant Carlos Puerto dans l’une de ses interviews… Bizarre.

 

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Ce qui l’est moins, bizarre, c’est cette fascination du réalisateur pour le « paranormal » au sens large, déjà perceptible dans Escalofrio : de la séance de Ouija nous sommes ainsi passés au Tarot, et du Démon proprement dit aux histoires de hantises et de fantômes, mais avec le même sérieux et la même solennité… la langueur en plus ici. Bien sûr, les dernières séquences réveilleront un peu l’assemblée assoupie, à l’instant où le passé trouble de Sarah se révèle aux yeux d’Angel, lors d’un flashback (sépia) qui met en scène le meurtre de l’ancien locataire lutinant Helena… Mais c’est bien tard tout de même, et c’est bien tout le problème, car avant un dernier tiers un peu plus réjouissant, il aura quand même fallu se colleter une heure bien longuette. Un film d’ambiance comme on dit poliment, loin d’être inintéressant certes, mais qui aurait sûrement gagné à un montage plus resserré et à un peu plus de gâteries proprement horrifiques.

David Didelot

 

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  • Réalisation: Carlos Puerto
  • Scénario: Carlos Puerto, Eugenio Martin
  • Pays: Espagne, Mexique
  • Acteurs: Miguel Ayones, Beatriz Galbo, Lucy Tovar
  • Année: 1979

2 comments to La Capilla Ardiente

  • Roggy  says:

    Pas mal ton nouveau stagiaire Rigs. En plus de faire le café et le ménage, il déterre des films que je ne connaissais pas mais somme toute intéressants.

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