Le Puits et le Pendule

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Sortez les missels, dégainez les crucifix et faites vos prières, car Torquemada sort du confessionnal avec la ferme intention de punir les pécheurs… et surtout les pécheresses ! C’est Charles Band qui joue les papes via la Full Moon et Stuart Gordon que l’on verra enfiler la toge du curé, pour un petit film d’inquisition tout fier de montrer qu’il ne manque pas de tranchant.

 

 

 

Eh non Mr Gordon, ce n’est pas parce que l’on a bien fait gigoter le petit monde du cinoche indépendant, et sentant bon les orteils putréfiés avec Re-Animator, que tous nos projets vont se financer en un claquement de doigts. Et le Pit and the Pendulum du barbu également derrière Fortress et From Beyond fait justement partie de ces gros dossiers passant de mains en mains, de producteurs non-intéressés à mécènes bien branchés mais n’ayant pas toujours les moyen d’en faire un produit fini. Et bien évidemment, lorsque c’est dans les griffes de la Full Moon des Band, Albert et Charles étant de grands amis de Gordon, cette visite dans les donjons espagnols subit une petite métamorphose, et du beau et gros film profitant de la présence de Peter O’Toole, il se transforma en possible séance de torture avec Anthony Perkins. Tout cela avant d’éclore véritablement en Série B en forme de vierge de fer, avec Lance Henriksen sous la bure. Pourquoi pas, d’ailleurs ? Le zigomar est passé dans de grandes sagas choyées des fans du genre (Alien et Terminator pour les deux du fond qui sont trop occupés à jouer à Candy Crush Saga) et a le physique de l’emploi, ses énormes mirettes hallucinées s’acoquinant plus que bien à l’image que l’on se fait d’un grand inquisiteur fou. Soit Torquemada, figure historique du catholicisme espagnol, connu pour s’être foutu le Pape de l’époque à dos parce qu’il torturait toute personne qu’il désignait comme hérétique, s’offrant même le droit de prendre tous leurs biens. Un sujet en or que Gordon et son scénariste habituel Dennis Paoli (From Beyond, Re-Animator, Castle Freak, Dagon…) décident de coupler à l’œuvre du légendaire Edgar Allan Poe : Le Puit et le Pendule, sans surprises, mais aussi La Barrique d’Amontallido. Au diable, du coup, la rigueur historique, jetée dans la fosse aux pics avec quelques cadavres décomposés pour permettre à l’ensemble d’enfiler un costume de showman. A la Full Moon, en somme !

 

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Inutile dès lors de trop traquer une atmosphère à la La Marque du Diable ou Le Grand Inquisiteur : certes, Le Puits et le Pendule a son lot de noirceur et reste de toute évidence plus méchant que les Evilbong et compagnie, que la firme nous tape dans l’assiette depuis quelques années. En prime, Gordon oblige, le tout ne se prive d’aucun gore à la Grand Guignol, avec type fendu en deux par le pendule (c’est bien le minimum avec pareil titre, vous me direz), vieilles femmes brulées vives ou que l’on force à boire des litres de flotte jusqu’à la noyade, langue arrachée et pendaison accompagnée de salive mousseuse. Oui, ça y va bien, avec tout l’attirail du petit sadique, personnifié par un Torquemada tellement pris par sa mission et le plaisir qu’il prend à voir souffrir les autres qu’il en emmure les envoyés du Vatican, également parce que cela souligne encore un peu plus la filiation du film envers Poe. L’ennui, c’est que pour en arriver à toutes ces belles choses parfois un peu dingues (une prétendue sorcière avale de la poudre avant d’aller au bûcher, histoire d’exploser et perforer les inquisiteurs de ses projectiles osseux !), il faudra patienter jusqu’au troisième acte, lors duquel l’enfer semblera se déchaîner sur la forteresse de Torquemada. Auparavant, The Pit and the Pendulum semblera bien gentil sur le plan visuel, et ne pourra guère se rattraper par une violence morale, pourtant indissociable du genre. Non pas que le tout manque d’écriture, et elle n’est pas mal foutue, cette relation d’amour/haine entre le chef des Chrétiens pervers et la pauvre petite boulangère dont il s’éprend, le premier étant si troublé par l’effet que la seconde lui procure qu’il en vient à se torturer lui-même et demander à ses fidèles bourreaux de lui fouetter l’échine. Mais voilà, si tout cela est bien beau sur le papier, à l’écran cela passe plus difficilement, la faute aux contours habituels des productions de la pleine lune.

 

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Car petit B Movie tourné en trois semaines oblige, The Pit and the Pendulum manque  d’ampleur et ne parvient pas à s’extraire du tout-venant du studio, alors que son sujet le lui demandait. On se retrouve donc avec la même bande-son sans inspiration de Richard Band (pas franchement le compositeur que l’on se passe en boucle sur Toxic Crypt, vous l’aurez compris), cette photographie (pas moche au demeurant) pas loin d’être commune à tous les Puppet Master, Meridian et compagnie empêchant cette collection de supplices d’obtenir une véritable identité, une réalisation parant malheureusement au plus pressé (Gordon n’a jamais été un Argento, cela dit en passant) et une direction d’acteur irrégulière. Au sein même du jeu d’un comédien unique quelquefois, tel Lance Henriksen, très bon et même inquiétant lorsqu’il se place dans un registre posé, et pas loin d’être grotesque quand résonne le moment de faire les gros yeux et cabotiner comme un damné. De même, si certains fournissent de l’excellent travail (Jeffrey Combs, Mark Margolis), d’autres semblent être un peu trop fadasses (Jonathan Fuller fait un héros un peu basique) ou dans un registre jurant avec le climat nécessaire au film (le trop branché second degré Stephen Lee, un Tom Towles transparent, Oliver Reed sous-employé). Voilà d’ailleurs la plus problématique des tares de ce nouvel essai de Gordon : elle est bien trop hésitante entre un caractère ténébreux découlant d’un Torquemada ne prêtant en effet pas à rire, et des velléités bien évidemment commerciales et le second degré habituel de la Full Moon. Alors rire un peu ne fera certes pas de mal aux spectateurs prêts à tourner de l’œil dès qu’un supplicié s’apprête à s’asseoir sur une planche cloutée ou brulante, mais cela risque également de faire tiquer les autres à certains instants. Comme lors de cette introduction très prometteuse et à l’idée dérangeante, Torquemada faisant sortir de son tombeau un pauvre cadavre jugé sur le tard et auquel il infligera vingt coups de fouets. Et la dépouille de partir en poussière à chaque assaut du nerf de bœuf, les membres virevoltant jusqu’à ce que le tortionnaire n’ait plus qu’à s’acharner sur un misérable tas de cendres, le tout sous le regard d’une famille choquée et de notables souriants. Plutôt glauque, voire carrément choquant, mais sous la caméra de Gordon, ce supplice par-delà la mort se change en un festival de second degré, aplatissant une ouverture qui, sous une caméra plus inspirée, aurait pu être un sommet de nauséabond.

 

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The Pit and The Pendulum ne parvient donc pas à mordre à pleine dents dans nos cuisses sans se sentir obligé de nous passer la pommade quelques secondes plus tard, comme si le vieux Stuart était prisonnier de sa recette magique « du gore, du fun et des chattes poilues » (on saluera d’ailleurs la plastique de la belle Rona de Ricci, qui n’avait pas besoin de tomber la robe de nuit pour nous envoûter). Mais ce qui fonctionne du tonnerre dans la cave où Herbert West réanime ses chats noirs ne colle pas forcément aux délires de quelques hallucinés pensant que le Petit Jésus souhaite que les pécheurs soient fessés durant des semaines entières. Des sautes d’humeur aussi régulières que dommageables, donc, venant cribler de balles une petite production heureusement pétrie de vrais bons moments. Comme ces doutes de Torquemada voyant le visage d’une Maria dont il n’a pas le droit de s’éprendre sur un tableau de la Vierge, ou la séquence de la pendule et son joli suspense. Le poto Stuart ne déméritait donc pas, mais pouvait aussi faire bien mieux. B- sur le bulletin, donc, que l’on verra accompagnés de 666 « Je vous salue Satan » pour expier de ses fautes.

Merci à Jérôme pour le dividi !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Stuart Gordon
  • Scénario: Dennis Paoli
  • Production: Albert Band, Charles Band
  • Pays: USA
  • Acteurs: Lance Henriksen, Rona de Ricci, Jonathan Fuller, Jeffrey Combs
  • Année: 1991

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