Pumpkinhead, Le Démon d’Halloween

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Varier les plaisirs, c’est important, et ça Stan Winston l’avait bien compris dès 1988. Après avoir démoulé de la sale bestiole pour les autres, voilà que le maquilleur/concepteur d’effets spéciaux décide de rouler pour sa pomme et de diriger les monstres au lieu de les créer. Le résultat se nomme Pumpkinhead, le démon d’Halloween, et ressemble bien à ce que l’on imaginait de la part de Winston : un pur film de gloumoute… mais pas grand-chose de plus, malheureusement.

 

 

 

Y’en a qui sont malins, quand même. Les gus d’Aventi, par exemple, qui ont bien compris qu’ils n’arriveraient jamais à écouler leur stock de The Fear (sombre daube taillée dans le bois moisi) et Le Masque d’Halloween (slasher regardable mais pétri de tares) sans les coupler à une locomotive suffisamment puissante pour les tirer jusqu’à la caisse. Cette loco, c’est bien évidemment Pumpkinhead, le démon d’Halloween, premier essai derrière la caméra pour Stan Winston, que l’éditeur place donc en tête d’un combo triple DVD. Mais sans se fouler, hein, car la soupe au potiron du faiseur de monstruosités se coltinera une qualité d’image digne d’une VHS (à peu près neuve, ce qui est déjà ça), signe que les dirigeants de la boîte pensaient, peut-être fort justement, que le simple nom Winston et la réputation du métrage suffiraient à vendre de la galette comme des dindes à la fin d’année. C’est vrai que sans être une franchise rapportant des milliards, Pumpkinhead a droit à son petit cult following, comme on dit, et bénéficia de trois suites (dont deux téléfilms), de son lot de bandes-dessinées, de ses model kit et de sa figurine dans la collection Movie Maniacs, et même d’un jeu-vidéo, sorti en 95 pour Windows et particulièrement mal accueilli. Point and click d’une mocheté absolue, ce Bloodwings Pumpkinhead’s Revenge n’avait en effet pas grand-chose pour lui, et à une époque où tout le monde pouvait tronçonner du démon dans la saga Doom, il était bien difficile de s’exciter pour ces déambulations dans des couloirs majoritairement vides, où l’on croisait de temps à autres des ennemis mal foutus et des scènes extraites du deuxième film dans une résolution minable. Mais même si cette sortie ne risque pas de vous faire lâcher le dernier Zelda, ni même ce putain de démineur sur vos vieux écrans poussiéreux, elle était la preuve qu’il y avait un public pour les Pumpkinhead. Et pour être honnêtes, on se demande à la vision du premier pourquoi la série fut poussée si loin…

 

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Ne venez pas balancer vos citrouilles moisies sur les carreaux de ma crypte toxique trop vite, fans de Stan Winston et de sa créature ressemblant à une sorte de fœtus de trois mètres : non, Pumpkinhead n’est certainement pas un mauvais film. C’est au contraire une Série B vachement bien branlée et bénéficiant d’un amour évident pour le genre, d’une volonté de bien faire et même de se référer à ses modèles. L’équipe n’avoue-t-elle d’ailleurs pas avoir désiré retrouver le climat si particulier des meilleurs Mario Bava ? Cela se sent, les jeux de lumière (bleutés au dehors, chauds et rougeauds/jaunâtres pour les intérieurs) renvoyant en effet au travail du maestro sur Les 3 Visages de la Peur ou Opération Peur, par exemple, offrant une robe gothique à l’un des rares B Movies ricains des eighties à tenter de raccrocher les wagons avec le cinéma italien de la grande époque. Avec le savoir-faire yankee dans le panier tout de même, principalement en matière de construction de vilaines bêtes aptent à faire sauter les appareils dentaires de vos petites sœurs lorsqu’elles zapperont dessus entre deux épisodes de Chica Vampiro. Pas la peine de tourner autour de la cuvette : le Pumpkinhead est beau comme un camion neuf, et pas de ceux avec la gueule de Johnny sur la remorque. Grand, parfaitement animé, lugubre, aux mimiques le rendant terriblement vivant, cet imposant être squelettique, que le pauvre Lance Henriksen invoque pour qu’il zigouille quelques jeunes qui ont accidentellement fait bouffer un pneu de moto à son fiston, est tout bonnement magnifique.

 

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L’ennui, c’est que Winston est tellement content de sa nouvelle icône de la galaxie de l’épouvante qu’il en oublie de soigner le reste, aveuglé qu’il est par sa sale bestiole qu’il ne pense qu’à filmer sous tous les angles. Passe encore que sa mise en scène soit un peu scolaire, ne se réveillant d’ailleurs que lorsque la tronche de citrouille vient dévoiler ses jolis ongles : après tout le gaillard quittait tout juste ses moulages pour tenir la caméra en tant que grand manitou, même s’il fut tout de même réalisateur de seconde équipe auparavant pour Cameron. Nettement plus embarrassant se trouve être le manque de soin apporté au scénario : outre une structure plutôt simpliste (mise en place des personnages puis tuerie slasheresque en deuxième partie), on regrettera surtout des protagonistes terriblement mal écrits, voire même non-écrits. Simple chair à canon balancée dans les grosses papattes du démon, ces gosses sont soit trop vils pour être touchants (le mauvais garçon coupable de la mort du petit, incapable de montrer le moindre remord), soit trop creux et limités aux rôles de jeunes filles hurlant à la vue de la première ombre menaçante. Léger, trop léger, et de quoi diminuer fortement l’impact que peuvent avoir les apparitions du monstre, certes graphiquement somptueuses, mais jamais capables d’impliquer réellement puisque l’on se fout éperdument du sort de tout ce beau monde. On frissonnera plus lorsque ce bon vieux Lance partira dans la cabane isolée d’une vieille sorcière flétrie, vivant au milieu de mygales et tarentules, ricanant des maléfices qu’elle s’apprête à commettre…

 

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Pumpkinhead premier du nom est donc un magnifique emballage renfermant un bonbon au goût de tapis de fer industriel. Un comble pour une péloche véritablement faite avec le cœur, avec cette envie de donner dans le conte de fée à l’ancienne, misant avant toute chose sur une atmosphère dérangeante. Mais peut-être aurait-il fallut situer l’histoire dans les années 50, comme lors de l’introduction, plutôt que de se perdre dans le teen movie sans inspiration, voire même un peu fainéant. Reste un Henriksen pas encore passé au stade du « J’accepte tout ce qu’on me propose même si c’est de la merde, car ça me paie le câble et j’ai besoin d’XXL », ici tout en sueur, flanqué de migraines dingues à chaque fois que la tête de courgette éradique du jeunot, et en phase de métamorphose avec la créature qu’il a invoquée. Sympa, comme le fait de retrouver la vieille barbe de Georges Buck Flower, indispensable à toute Série B eighties ou nineties qui se respecte ! Le constat n’est donc pas mauvais, et on laissera le bic rouge dans le plumier lorsque viendra le moment de noter le bulletin du petit Winston, mais on lui signalera tout de même qu’il pouvait sans doute faire bien mieux…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Stan Winston
  • Scénario: Mark Patrick Carducci, Gary Gerani
  • Production: Bill Blake, Howard Smith
  • Pays: USA
  • Acteurs: Lance Henriksen, Jeff East, Kimberly Ross, John D’Aquino
  • Année: 1988

2 comments to Pumpkinhead, Le Démon d’Halloween

  • Roggy  says:

    C’est vrai que le film n’est pas mémorable et vaut surtout pour sa créature magnifique. Dommage en effet car « Pumpkinhead » aurait pu générer une véritable franchise réussie. Sinon, très belle chro l’ami !

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