Frère de Sang 2

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Qu’on se le dise : on ne nait pas culte, on le devient avec le temps, et seulement si le public le veut bien. Heureusement pour Frank Henenlotter, et même si cela prit huit longues années, son beau Basket Case finit par trouver son audience et engendrer une descendance. Espérons qu’elle envoie aussi bien le boulet que l’original…

 

 

 

La mort ne dure que quelques années dans le joyeux monde du cinéma fantastique, et ce n’était qu’une question de temps avant que Duane et Belial, les siamois maléfiques de Frère de Sang, ne se remettent de leur décès. A l’origine de cette résurrection, Frank Henenlotter lui-même bien sûr, heureux de pouvoir allonger un peu son univers avec un scénario nommé House of Freaks, qui laisserait de côté le normal Duane pour se concentrer sur son frangin monstrueux Belial. Pas franchement du goût de son producteur James Glickenhaus (également réalisateur de The Exterminator), rendu soucieux par cette idée de réduire le rôle de l’acteur principal du premier volet et celle, commercialement dangereuse, de ne pas titrer le film Basket Case 2. Et puisque comme toujours, c’est les gérants de la bourse qui ont le dernier mot, Henenlotter n’a plus qu’à se faire une raison et redonner un peu de temps de présence à Duane tout en titrant son œuvre comme souhaitée par Glickenhaus. Pas bien grave, cependant, car du reste le vieux Frank a pour ainsi dire carte blanche et pourra se laisser aller à tous ses délires visuels en lâchant sa monstrueuse parade dans la nature. Car Belial n’est plus le seul beau gosse in town ! Duane et lui ayant tous deux survécu à leur chute – que l’on pensait mortelle – de leur chambre d’hôtel, les voilà récupéré par Grand-Mère Ruth, une amie de la famille ne jurant que par les déformés et autres freaks, qu’elle réunit sous sa petite maison de repos. Un véritable havre de paix pour les frangins ? Ce serait bien évidemment trop beau, et rendus célèbres par leurs meurtres passés de médecins, voilà que les Bradley se retrouvent avec quelques journalistes au cul, bien décidés à les dénicher et ruiner leur petite existence rosée. Car Duane comme Belial semblent avoir trouvé l’amour sous le porche de Granny Ruth…

 

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Henenlotter, c’est pas vraiment comme Charles Band : contrairement au tenancier de la boutique Full Moon, qui aligne les suites de Puppet Master sans se préoccuper d’une quelconque cohérence entre les opus, Franky est soucieux d’inscrire Basket Case 2 dans le sillage de l’original. Ainsi, tout sera fait pour que le fan y retrouve ses petits, du rappel de quelques seconds rôles (la voisine prostituée des Bradley se fend d’un commentaire à la télévision) aux flashbacks issus de Frère de Sang premier du nom. On s’embarque donc dans le même train ? Pas tout à fait, car de la vieille locomotive crasseuse nous passons presque au TGV propre comme un sou neuf, le succès du premier chapitre ayant visiblement motivé la production à mettre plus que de la petite monnaie dans cette séquelle. Bien sûr, on reste dans le giron de la Série B peu coûteuse, et il est évident que personne n’est ressorti du panier de Belial avec les poches pleines de Georges Washington imprimés, mais en comparaison de l’introduction à la saga, pas loin d’être miséreuse en comparaison, c’est bien évidemment le jour et la nuit. Henenlotter a gagné son lot d’expériences en tant que réalisateur en tournant Brain Damage entre-temps, et il peut désormais profiter d’une équipe technique professionnelle, gage d’une qualité d’image claire comme de l’eau de roche. Mais vous savez ce que l’on dit : celui qui a du pain n’a pas de dents, et le fantasticophile n’est jamais content. En même temps, c’est un peu de la faute d’un Henenlotter qui, en gagnant 10 points dans la case « technique et de talent », en a perdu autant en « souillures et immondices ». Et quoiqu’on en dise, lorsque l’on se prend à rêver de Frère de Sang ou Elmer le remue-méninge, ce sera plus vite l’odeur d’une vieille couette sentant encore le ketchup séché et la morve de junkie que l’on aura dans les naseaux que celle d’une écharpe hors-de-prix lavée avec un bidon de Soupline à l’hibiscus bleu.

 

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Un peu trop coquet et pimpant, ce Basket Case 2 à la photographie lumineuse et aux couleurs chatoyantes ? Un peu mon neveu, et l’on n’a pas fini de baliser lorsque l’on remarque que la première moitié du métrage est en prime des plus softs, Belial ne tuant plus qu’en hors-champ et pour des résultats bien peu sanglants jusque-là. D’ailleurs, même notre gros tas d’hachis Parmentier n’a plus son charme d’antan : certes, le voilà mieux animé et plus expressif, doté de coloris collant mieux à la texture de la chair ; mais il semble devenir un monstre comme tous les autres, son teint blanchâtre et son impénétrable face d’antan le rendant paradoxalement plus humain, car moins mécanique dans ses réactions. Bref, on s’inquiète un poil, ayant bien du mal à rentrer dans cette histoire finalement assez peu inspirée de braves monstruosités rêvant de vivre tranquilles et débitant les curieux s’approchant de leur antre d’un peu trop près, le spectacle ici donné laissant imaginer que l’ami Frank avait perdu mojo et imagination. Heureusement, sans trop que l’on sache pourquoi, le Mister Grindhouse finit par sortir de son lit bien réveillé et enchaîne, dans la seconde partie du film, quelques séquences autrement plus croustillantes : arrachage de lèvres, pauvre blonde à la tronche défigurée, bestiole sortant du nombril d’une demoiselle,… Henenlotter bouge donc encore, bien que cela soit tardivement, et l’on devine finalement que toute cette affaire de journaliste, détective privé et gérants de freakshow tentant tous de se faire un peu de flouze sur le dos des Bradley, c’était presque à regret que le réalisateur l’écrivait. Comme pour remplir un quota de victimes, et donc possiblement de gore, et pour accompagner l’intrigue l’intéressant réellement depuis la fin de Frère de Sang : les déboires amoureux de Duane et Belial.

 

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Car d’humeur de Cupidon, Henenlotter la joue romantique en remettant dans les pattes des deux frérots de nouvelles amoureuses. Soit pour Duane la jeune Susan, en apparences aussi normale que lui, et pour Belial une Eve en tous points identique à sa petite personne puisqu’elle tient elle aussi de la boule de graisse aimant se cacher sous des draps. Et Duane de voir la possibilité d’une vie classique, avec enfants, belle maisonnée et le même petit boulot que Mr Tout-le-monde ; alors que Belial vient tout juste de dénicher son âme sœur. Mais Franky étant le vieux blagueur cruel que l’on sait, le voilà qui (et attention, ça va SPOILER), lors d’un montage parallèle plutôt troublant et dérangeant, nous montre un Duane tomber de haut en découvrant que Susan est loin d’être aussi banale qu’il l’espérait, puisqu’elle cache une sorte d’alien dégueulasse dans son estomac. Et dans le même temps, Belial découvre les joies de la pénétration (comment ? on ne sait pas trop vu que le gaillard n’a point de merguez cracheuse de colle) en faisant la bête à deux dos avec son Eve, découvrant un paradis charnel qu’il pensait sans doute définitivement perdu. (FIN DES SPOILERS) De l’art du contraste, et sans aucun doute LA scène de Basket Case 2, celle pour laquelle Henenlotter se levait chaque matin pour enfourcher son objectif, avec un final troublant et sentant bon la folie pure. Ces instants et, bien entendu, le plaisir de se perdre dans une galerie de monstres attachants, évidemment, l’amour jamais démenti de l’auteur pour les êtres bizarroïdes, pour les rejetés, éclatant ici au détour d’une drôle de famille. Car on ne trouve pas que des gravures de mode chez Granny Ruth, ange gardien d’une fine équipe composée d’une énorme tête sans corps (mais dotée d’une voix de chanteur d’opéra), d’un homme-rat (mon petit préféré), d’un type à la gueule de crapaud, d’un zig’ avec 27 nez, d’un homme à face de lune (sous le costume, le David Emge de Zombie !), d’une gonzesse avec un crâne à vous en rayer le plafond… Et on en passe, la cage aux drôles de bestiaux étant visiblement restée ouverte, pour le plus grand plaisir des amoureux des monstres, ici d’autant plus dans le jardin d’Eden qu’il est évident que Frank Henenlotter porte une tendresse sans limites à tous ces drôles d’oiseaux… Un bel esprit additionné à un regain de vitalité en fin de parcours fait donc de Basket Case 2 un métrage attachant finissant mieux qu’il avait commencé. Non, ça ne vaut pas vraiment le premier, dont on regrette encore un peu la moquette imprégnée de peaux mortes et de liquides douteux, mais cela reste plus habité que 80% de la production d’époque (on parle là des tristes années 90) et de maintenant. Alors on ravale nos glaviots fissa, nous pourrons toujours les cracher sur un autre…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Frank Henenlotter
  • Scénario: Frank Henenlotter
  • Production: James Glickenhaus, Edgar Ievins
  • Titres: Basket Case 2
  • Pays: USA
  • Acteurs: Kevin Van Hentenryck, Annie Ross, Heather Rattray, Kathryn Meisle
  • Année: 1990

3 comments to Frère de Sang 2

  • Mighty Matt  says:

    Ca reste quand même un sacrée trilogie (je fais partie de ceux qui passent un agréable moment devant le dernier rejeton de la saga). Ce second film, à défaut d’être aussi noir que le premier est quand même un brin plus cynique et surtout quelle fin ! Bordel, clairement une des meilleures du cinéma déviant. Autre raison pour laquelle je porte dans mon cœur ce deuxième opus (ça fera glousser Val), c’est cette scène ultra glauque dans l’abri de jardin, dans laquelle Belial a une « vrai tête » ! Énorme contraste avec le côte freakshow des scènes du grenier, c’est justement le moment où on retrouve le liant avec le premier Basket Case. Bravo Franky ! (pas Vincent, hein !)

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