Tales of Halloween

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C’est pas qu’on veuille jouer les rabat-joies, mais on se méfiait un peu de Tales of Halloween lorsque le projet fut annoncé. Non pas parce que l’on n’avait pas envie de faire un tour avec nos petits diablotins dans ces éternelles banlieues américaines, mais plutôt parce que les films à sketchs actuels, ben c’est pas vraiment de la Amicus et encore moins du Creepshow. Heureusement pour nous, même s’il a ses tares, le présent film omnibus se place plutôt du côté de l’excellent Trick’r Treat (2007) que du mauvais V/H/S (2012)…

 

 

 

Finalement, qui n’aime pas Halloween ? Bien sûr, vous parviendrez toujours à nous trouver quelques vieilles rombières jugeant qu’il est dangereux de trop s’amuser du macabre, que se déguiser en Skeletor c’est pour les attardés et qu’en plus les bonbons Fruitella c’est mauvais pour la santé. N’empêche que dans notre petit monde fait de goules énervées et de vampires suaves, il vous sera bien difficile de dénicher un fan de film d’horreur jugeant que le 31 octobre est la pire journée de l’année. Au contraire, tous auront plutôt tendance à voir là leur fête nationale, une festivité pas loin d’être plus importante que Noël, un jour béni des monstres où, pour une fois, échoppes et maisonnées sont décorées selon nos goûts. Sans surprise, les réalisateurs de nos précieux horror movies sont eux aussi accrocs à la journée des citrouilles, et c’est en toute logique que plusieurs d’entre eux ont décidé de s’allier pour rendre l’hommage qui lui est dû aux plus belles heures de l’année. Evidemment, puisqu’il serait bien compliqué de mettre en place un film au récit unique permettant à chacun de s’occuper d’une scène ou l’autre (on n’est pas sur le plateau du The Terror de Corman, quand même), c’est l’option du film à sketchs qui sera retenue pour Tales of Halloween, histoire de caser un maximum de monde en un minimum de temps, soit 90 minutes…

 

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Après un magnifique générique d’ouverture façon livre pour enfant avec cartons pliés s’ouvrant devant nos yeux ébahis, le tout sous la douce voix d’Adrienne Barbeau (qui reprend plus ou moins son rôle dans Fog), les hostilités débutent avec Dave Parker, réalisateur d’un The Hills Run Red toujours honteusement inédit par chez nous. Comme tous les bons films du genre, vous me direz… Restant plus ou moins dans le giron du slasher, le bon Dave se penche sur le cas d’un gamin déguisé en Snake Plissken (ça commence bien, cette affaire !) se jetant comme un affamé sur ses les bombecs durement obtenus lors de l’obligatoire porte à porte du 31 octobre. Désireux de lui coller les miquettes, sa baby-sitter et son boyfriend lui racontent la légende d’un pauvre gamin que ses parents privaient de la joie d’engloutir des tonnes de sucre, ceux-ci préférant garder les bonbons pour eux et les utiliser comme objets sexuels. Franchement mécontent du comportement de papa et maman, le mouflet aurait joué du hachoir pour se venger et enfin goûter à son onctueux pactole, trouvant même que les meilleurs sont encore ceux que ses vieux avaient ingurgités… Et si tout cela n’était pas que des rumeurs et que le salopiaud, désormais bien grand, rôdait dans la maison en attendant que ses proies ingurgitent quelques Ferrero Rocher pour ensuite aller se servir dans leur système digestif ? Bien classique que ce Sweet Tooth se la jouant donc segment de boogeyman et n’apportant aucune réelle surprise, le fameux monstre étant en prime une sorte de banal clown diabolique. Banal, certes, mais plutôt efficace pour poser le décor et débuter l’affaire, d’autant que ces meurtres gustatifs, plutôt graphiques, peuvent rappeler le très chouette remake Black Christmas (2006). Parker fait donc le taf’ et on n’en attendait pas moins de lui ! Les choses se corsent néanmoins avec la suite, The Night Billy Raised Hell de Darren Lynn Bousman (les Saw 2 à 4, le remake de Mother’s Day), plus un clip vidéo qu’un réel sketch, nous montrant un pauvre gosse forcé d’aider le diable à jouer des mauvais tours la nuit d’Halloween parce qu’il a tenté de balancer un œuf sur sa maisonnée. Ce qui pourrait valoir son pesant de sucettes au citron si le tout n’était pas une version balourde du nettement plus agréable Au Service de Satan, au pitch très similaire et au même second degré. Bousman en fait en effet un peu trop, accompagnant les mimiques de son diables de bruitages cartoonesques assez peu drôles, et s’il n’y avait pas un final à l’humour noir salvateur, on oublierait bien vite cette seconde partie…

 

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A Adam Gierasch (le sympathique Autopsy, le remake Night of The Demons, et les scripts de Crocodile, Toolbox Murders et Mortuary pour Tobe Hooper, puis de Mother of Tears pour Argento) de prendre la relève avec Trick, qui se vautre avec plaisir dans le sous-genre du gamin démoniaque. Mais au pluriel, puisque ce sont ici plusieurs sales garnements que l’on verra tourmenter une petite famille, les brulant vifs, les poignardant ou les forçant à avaler de la mort au rat. Mais lors d’une pirouette bien glauque comme il faut, on se rend compte que les méchants ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Comme on le verra encore plus tard dans d’autres segments, le présent court-métrage vaut principalement pour sa finalité que pour son déroulement, plutôt classique là encore mais pas désagréable. Nous serons par contre moins tendres avec The Weak and the Wicked de Paul Solet (le pas trop mal mais pas génial non plus Grace et son bébé zombifié), là encore une petite histoire aussi peu légère que cruelle puisque montrant quelques adolescents tourmenter qui leur tombe sous la patte, ce trio diabolique allant jusqu’à tuer leurs victimes. Désireux de venger la mort de ses parents, cramés vifs par les ordures, un jeune adolescent entreprend d’invoquer un démon pour qu’il l’aide à prendre sa revanche. Le genre de pitch prometteur sur le papier mais foutu en l’air par un Solet ne sachant pas quoi en faire, finissant par naviguer quelque-part entre le survival urbain à la The Purge (des jeunes grimés poursuivant un pauvre type dans une jungle de béton) et la critique sociétale et charbonneuse à la Heartless. Difficile de bander dur lorsque le tout ne fait que quelques minutes, et s’arrête lorsque le démon déboule, les meurtres étant nettement plus soft que ce que l’on pouvait espérer. Un coup pour rien, donc…

 

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C’est à une débutante que la main passe, soit Axelle Carolyn, réalisatrice d’un certain Soulmate et en fait plus connue comme actrice, croisée par exemple dans les Doomsday et Centurion de Neil Marshall. Une femme que l’on imaginerait branchée grosses pétoires au vu de ces exemples mais que l’on verra plutôt se pencher sur l’horreur atmosphérique avec Grim Grinning Ghost, comme son nom l’indique une vraie ghost story. Du déjà-vu, à dire vrai, puisqu’il s’agit ici d’un spectre suivant une pauvre donzelle apeurée, qui sera décimée si elle a le malheur de croiser le regard de sa poursuivante fantomatique. Rien de bien original, en effet, mais Carolyn a le mérite de bien mener sa barque et d’offrir quelques plans franchement flippants, comme cette silhouette mal définie approchant de l’héroïne d’une démarche pesante. Pas trop mal non plus le Ding Dong de Lucky McKee, capable du meilleur (son splendide May) comme du pire (le bien moisi The Woman), venu ici nous livrer un plat dans la bonne moyenne du genre. Soit une version moderne d’Hansel et Gretel, avec une demoiselle déprimée de ne pas avoir de progéniture et songeant sérieusement à kidnapper un gosse la nuit d’Halloween, au grand désarroi de son mari, qu’elle bat à la moindre contrariété. Pas con d’oser un peu parler du sujet, peu traité, des hommes cognés par leurs moitiés, et bien vu de rester ambigu quant à l’état de la vilaine femme, dont on ne sait trop si elle est un véritable monstre ou si c’est là la vision mentale que s’en fait son époux. Dommage que l’on voit venir la fin à des kilomètres, car sinon c’était presque le carton plein !

 

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Plus léger, le This Means War se penche sur la guerre de décorations que se livrent un vieux type plantant des tombes en frigolite dans son jardin depuis plus de vingt ans et un jeune métalleux misant plutôt sur les membres arrachés et le gros son. On voit venir le propos d’Andrew Kasch (réalisateur de documentaires et monteur de tripotée de courts) et John Skipp (scénariste de L’Enfant du Cauchemar, cinquième Freddy), présents pour opposer l’horreur à l’ancienne, gothique et faite de toiles d’araignées, à celle plus gore et branchée metal de ces dernières années, menant à un véritable combat de catch se finissant évidemment assez mal. Fun et récréatif, à l’image de Friday the 31st du vieux copain Mike Mendez (Le Couvent, Big Ass Spider, Don’t Kill It avec Lundgren), énorme hommage au cinoche gore eighties. Ca débute comme un slasher des familles façon Madman, avec son demeuré à la gueule de travers coursant une jolie nénette après avoir décapité tous ses potes, et ça vire au film d’aliens avec un petit être vert, de la taille d’une figurine et animé en stop-motion, venant réclamer des bonbons. Et sans crier gare, on passe dans le camp Evil Dead lorsque le Martien prend possession du corps de la final girl de service pour se bastonner avec le cousin concon de Jason Voorhees. Très gore, très stupide, et donc bien entendu l’un des meilleurs moments de Tales of Halloween ! Et puisqu’on est dans la gaudriole, voilà que Ryan Schiffrin (réal’ d’Abominable et fils de Lalo, d’ailleurs signataire de la bande-originale) déboule avec The Ransom of Rusty Rex, dans lequel deux malfrats a la petite semaine kidnappent le rejeton d’un riche gaillard (John Landis) pour lui soutirer quelques millions. Sauf que le type en question est bien heureux de se débarrasser de ce qui n’est en rien son fiston mais bel et bien une sorte de gnome sorti des enfers, et bien décidé à mener une vie impossible à tout le monde. Fun là encore, bien que tirant un poil en longueur, mais on ne va pas faire les fines bouches et reconnaître que tout cela est assez drôle !

 

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Et comme on garde toujours le meilleur pour la fin, le Bad Seed de Neil Marshall (qui quitte enfin ses foutues séries et revient aux bonnes affaires) a la bonne idée de se la jouer Halloween 3 (le meilleur, comme chacun sait) en nous dévoilant les agissements d’une entreprise (menée par Joe Dante) créant des citrouilles un peu trop mortelles puisqu’elles se mettent à bouffer parents et enfants ! Bien dingue et muni d’un monstre que l’on n’oubliera pas de sitôt, Bad Seed fait partie des segments les plus satisfaisants, malgré un déroulement des opérations là encore assez classique. C’est d’ailleurs sans doute le problème majeur de Tales of Halloween : toutes les parties sont très bien réalisées et cohérentes entre elles (pas de photographies différentes ou de styles tranchants les uns avec les autres), la volonté de lier les courts par de petites touches (on retrouve quelques personnages communs, le fait que tout le monde regarde La Nuit des Morts-Vivants à la téloche) est plutôt réussie, mais faut bien reconnaître que tout cela est un peu trop étroit pour dix courts. Du coup, vu que chaque conte ne doit pas dépasser les dix minutes, on sent que nos réalisateurs ont eu du mal à développer leurs postulats de base convenablement, et le tout sonne faussement fainéant. On se doute que ce n’était bien évidemment pas le cas, le cœur placé dans chaque ouvrage étant au contraire évident, mais puisque chacun n’avait que quelques minutes pour se lâcher, eh bien il était pour ainsi dire obligatoire de s’en tenir à des choses simples, voire basiques. Un peu dommage, car on ressort de Tales of Halloween avec la sensation de n’avoir rien vu de bien neuf, même si le propos était il est vrai ailleurs. Soit aux festivités, à cette volonté de rendre hommage à Samhain et au cinoche d’horreur en général. Voir pour s’en convaincre le nombre d’invités, car en plus de ceux déjà cités comme Barbeau, Landis ou Dante, on croisera ici Robert Rusler (La Revanche de Freddy), notre vieille copine Tiffany Shepis (Tromeo and Juliet), Trent Haaga (acteur/scénariste à l’œuvre sur plusieurs Killjoy ou quelques Troma), Lin Shaye (les Insidious), Barbara Crampton et Stuart Gordon, Mick Garris, Lisa Marie (ancienne femme de Tim Burton, Vampira dans Ed Wood et Martienne sexy dans Mars Attacks !), Adam Green (réalisateur des Hatchet 1, 2 et 4, ainsi que de Frozen), Greg McLean (les Wolf Creek), Pat Healy (Cheap Thrills), ce bon vieux John Savage (The Killing Kind et quelques films de la Filmirage) ou encore la toute jolie Kristina Klebe (le remake de Halloween). Du beau monde venu en masse pour ce qui finalement peut être comparable à une vraie soirée costumée d’Halloween, tous les potos du cinoche sanguinolent venant sur la piste échanger quelques pas de danse, vieux roublards du genre comme jeunes pousses prenant la relève. L’esprit est donc le bon et pousse au pardon pour les quelques petites carences trouvables ici et là, et s’il n’atteint jamais le niveau, il faut dire sacrément élevé, de Trick’r Treat, Tales of Halloween se positionne comme le meilleur Halloween movie vu depuis belle lurette. Trick or treat, baby !

Rigs Mordo

Merci au bro Jérôme !

 

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  • Réalisation: Mike Mendez, Darren Lynn Bousman, Dave Parker, Paul Solet, Axelle Carolyn, Adam Gierasch, Neil Marshall, Lucky McKee, Ryan Schiffrin, John Skipp, Andrew Kasch
  • Scénario: Axelle Carolyn, Dave Parker, Clint Sears, Neil Marshall, Mike Mendez,…
  • Production: Mike Mendez, Axelle Carolyn
  • Pays: USA
  • Acteurs: Kristina Klebe, Lin Shaye, Trent Haaga, Adrienne Barbeau,…
  • Année: 2015

4 comments to Tales of Halloween

  • Nazku Nazku  says:

    Raaaaah faut vraiment que je vois ce film! D:

  • Roggy  says:

    Même si Tales of Halloween semble inégal (comme la plupart des films à sketchs), tu m’as donné sacrément envie avec ta belle chro. Et en plus, on finit avec Neil Marshall. C’est vrai qu’il nous manque celui-ci…

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