La Nuit d’Halloween (Hack-O-Lantern)

Category: Films Comments: One comment

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A l’heure qu’il est, vous devez avoir capté la rengaine dans la crypte aux citrouilles atomiques : quand chutent les feuilles et que ricanent les potirons, il est temps de se fendre d’un bon vieux Halloween movies des familles. Mais pas pressé de retourner se frotter au bleu de travail du vieux Myers, on va plutôt se pencher sur le cas de La Nuit d’Halloween. Aka Hack-O-Lantern, aka Halloween Night, aka Death Mask !

 

 

Jag Mundhra, les loueurs de cassettes rosées et se perdant dans les méandres des plaisirs féminins le connaissent bien, en tout cas mieux que les gros goreux des bois cherchant à se fendre la mâchoire à coup de hache. Et pour cause, cet Indien ayant bossé dans le monde chantant de Bollywood au début des eighties a une carrière dans l’érotisme longue comme le membre de Rocco, au contraire de la partie horrifique de son C.V., courte comme la lame d’un simple canif. Deux slashers, voilà tout ce qu’a à offrir le caramélisé Jag, décédé en 2011 à l’âge de 62 ans. Et pas forcément des psychokillers que l’on qualifierait de tous publics, ses Open House et Halloween Night, démoulés en 87 et 88, faisant plutôt partie de ces B Movies plutôt dispensables que s’arrachent les fans les plus acharnés du genre, un fantasticophile pas plus porté que cela sur les « maniacs on the loose » et les massacres estudiantins pouvant fort bien passer leur chemin sans se retourner. Ce que l’on aurait bien pu faire aussi avec Open House, vu et pourtant même pas chroniqué en ces pages pour raison de manque d’intérêt flagrant. Cette première incursion dans le genre le plus tranchant qui soit de la part de Mundhra n’avait en effet pas grand-chose pour elle, si ce n’est une belle introduction (mais totalement inutile à l’intrigue) et un assassin assez creepy. Soit un clochard crasseux se nourrissant de bouffe pour clebs et se cachant dans les maisons à vendre, torturant et assassinant les agentes immobilières. Sa raison ? Elles vendent tout simplement les baraques trop chères ! Alors ça tuait de la nénette (misogyne avec ça, notre SDF !) avec une arme confectionnée par ses soins, à savoir un manche de débouche-chiottes sur lequel notre énervé qui ne prenait jamais de douches colla quelques lames de rasoir. Circulez, rien à voir, Open House ne se regardant que d’un œil à moitié clos, le spectacle s’y déroulant ne valant certainement pas pour ses meurtres, jamais sanglants, et seuls les fans absolus d’Adrienne Barbeau pourront trouver une raison de s’envoyer le métrage. Car l’ancienne muse de John Carpenter y joue la final girl tardive, et ce seulement pour pouvoir toucher son chèque et payer les études de sa progéniture… Barbeau a gagné du fric, nous avons perdu une soirée, tout va bien quoi. Heureusement que la facture technique tenait la route et que quelques actrices pathétiques nous déroulait un hilarant jeu de grimaces, sinon c’était la benne…

 

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Du coup, à l’entame de La Nuit d’Halloween, on tremblote un peu, de peur de se retrouver devant un nouveau divertissement foireux. D’autant que partir sur les terres du slasher automnal est franchement risqué pour le Jag, qui ne chausse pas vraiment comme Carpenter et aura donc bien du mal à marcher sur ses traces. Mais malin comme un Hanuman, Mundhra évite soigneusement de livrer un récit à la « Haaaa, un gros méchant mutique vient de se tirer d’un asile et il va taillader des baby-sitters dans une banlieue américaine classique ! », préférant au contraire se lancer dans un scénario nettement plus tentaculaire puisque mélangeant de nombreuses sous-intrigues. Mais prenons la chose par le début en découvrant la petite famille d’Amanda (Katina Garner, vue en momie dans le The Tomb de Fred Olen Ray), fière maman de trois enfants, dont le plus âgé est également le fils… de son père à elle ! En effet, alors qu’elle essayait sa robe de mariage et s’apprêtait à aller rouler un gros palot à son futur époux devant Mr le curé, son ignoble daron (Hy Pyke de Slithis, Lemora et… Blade Runner) entre dans la pièce et se dit qu’il avancerait bien la lune de miel pour y participer. Pratiquant un peu de magie noire, il hypnotise sa fille et abuse d’elle, la laissant enceinte de Tommy. Evidemment, cette sombre affaire ne renforce pas les liens familiaux et Amanda ne veut plus que son vieux papa tourne autour de sa descendance. Mais conscient qu’il est le véritable géniteur de Tommy, celui qu’on appelle Grandpa décide d’offrir au marmot quelques breloques (dont un pentagramme), dans le but avoué de l’influencer et d’aider au retour de Belzébuth. Car oui, papy tape dans les messes noires, espérant sans doute que Satan lui vienne en aide et lui offre un meilleur jeu d’acteur, le Pyke en faisant des tonnes en tentant de masquer son manque de capacités par son énorme voix rugueuse. Evidemment, Amanda ne voit pas d’un très bon œil que le petit Tommy devienne un sataniste, d’autant qu’en creusant une citrouille (car oui, quand il ne prie pas Samael, Pyke distribue des citrouilles pour la fin du mois d’octobre, ce qui est déjà assez drôle en soi) le gosse se coupe le doigt et en avale le sang, arguant que son grand-père lui a dit qu’il n’y avait rien de meilleur pour lui. Pas plus satisfait de la situation, Bill, l’époux d’Amanda et père des deux autres gosses, décide d’aller régler son compte à son beau-père, tombant malheureusement en pleine messe noire dans une grange ! Tué d’un coup de marteau et brûlé dans sa propre voiture, le pauvre Bill s’en va vers un monde meilleur, laissant veuve une Amanda qui n’est pas au bout de ses peines…

 

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Car comme on l’imaginait, dix ans plus tard Tommy (désormais incarné par Gregory Scott Cummins, vu dans Cliffhanger avec Sly) est devenu un sacré freak. Enfin, pour le commun des mortels du moins, car pour vous et moi le type est plutôt cool : il nique une gothique chaude comme la braise qui se trimballe un tatouage sur le cul (tatouage si fake que lorsqu’elle sort de la piscine, il semble s’effacer), passe ses journées à écouter du heavy metal et vit dans un sous-sol qu’il a décoré avec des posters de films d’horreur. Si à nos yeux, le zig’ est plutôt des nôtres, pour sa mère, son frère Roger (devenu flic) et sa sœur Vera (devenue bonnasse puisqu’elle est jouée par Carla Baron, du Sorority Babes in the Slimeball Bowl-O-Rama qui ne contenait d’ailleurs que des jolies filles), le gaillard est plutôt flippant. Faut dire que soit il engueule sa reum’ comme une merde, soit il menace son cadet, et ce quand il ne casse pas la gueule des amants de sa sœur. Il tourne mal quoi, d’autant qu’il ne fout rien de ses journées, si ce n’est être allongé sur un matelas à rêvasser qu’il fait partie d’un groupe de hard rock. Et quels rêves, mes amis ! Propulsé dans un clip ringard avec chanteuse permanentée et zikos aux coiffures bouffies, il voit une belle black arriver vers lui et… se mettre à balancer des rayons lasers par les yeux ! Et ce histoire de faire disparaître les autres membres du groupe, laissant Tommy seul face à la tigresse. Et si elle semble prête à s’envoyer en l’air avec lui, elle finira surtout par lui arracher la caboche avec une fourche de diablotin ! C’est d’ailleurs cette scène qui offrira au film sa relative notoriété, le plan de la demoiselle tenant la tête décapitée se retrouvant sur les VHS ayant pour nom Hack-O-Lantern. Le genre de visuel qui faisait des ravages dans les vidéoclubs… Quoiqu’il en soit, Tommy est désormais mûr pour être cueilli par son vieux pépé, qui le fait entrer dans le cercle très fermé des adorateurs du bouc et compte bien l’inviter au sacrifice annuel, qui a toujours lieu lors de la fête d’Halloween. Pendant ce temps-là, sa fratrie se pose moins de questions : Roger tente d’être un bon policier malgré les moqueries de son patron, plutôt préoccupé par les vols de crânes et ossements dans les cimetières, tandis que Vera s’apprête à la soirée costumée de sa vie avec sa meilleure amie. Une chaudasse, cette dernière, qui se verrait bien faire un remake de « Théo la matraque » avec le frère de sa best friend, qu’elle piège en lui remplaçant son éponge par une araignée en plastique lorsque la pauvre Vera prend un bain. Dans le genre poncif, difficile d’éviter celui de la mauvaise blague dans la douche lors d’un slasher… Et pendant que tout le monde s’éclate à sa manière, la pauvre Amanda pleure toutes les larmes de son petit corps de blonde sur la tombe de son mari défunt, regrettant que sa famille soit si éclatée.

 

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N’empêche que tout cela est bien beau mais à part un coup de marteau entre les omoplates, La Nuit d’Halloween est calme comme un ciel sans orages. Non pas qu’on s’emmerde, ce n’est d’ailleurs jamais le cas puisque lorsqu’on ne voit pas Papy Citrouille mener ses messes noires entre deux ballots de paille, on découvre les nibards so eighties (comprendre naturels) des minettes plongeant dans leurs piscines ou sortant de leur toilette. N’empêche que le client passé à la caisse dans l’espoir de bouffer du carnage tire un peu la tronche puisque nous en sommes déjà à 30 minutes et nous n’avons toujours pas vu le bout de la lame d’un assassin. Heureusement, ça arrive cinq minutes plus tard, alors que la girlfriend de Tommy se fait assassiner dans son divan d’un bon coup de fourche dans la tempe. Et quelques minutes plus tard, c’est le mec de Vera qui se prendra un gros coup de pelle dans le front, lui fendant la gueule en deux. Mundhra se réveille donc enfin et semble avoir retenu la leçon : par rapport à son Open House beaucoup trop light, Halloween Night passe la seconde et fait enfin péter le coulis de fruits rouges ! Alors évidemment, on n’est pas non plus dans du gore allemand, ni même sur la table de boucher de chez Tom Savini, mais le budget étant ce qu’il est, disons que l’on saura se contenter de ces strangulations ou ces coups de couteau dans le dos. Le principal est de toute façon ailleurs, dans cette ambiance Halloweenesque plutôt bien rendue, fête à la clé. Et quelle fête ! Ne faisant pas les choses à moitié, Mundhra convie une strip-teaseuse se dessapant intégralement et une sorte de sous-Jim Carrey venu imiter un dindon lors d’un sketch aussi long que peu drôle. Qu’est passé à l’esprit de Mundhra lorsque vint le moment d’imaginer cette scène proprement inutile ? Mystère… N’empêche que cela fait de son petit horror movie un sacré patchwork, à la fois slasher, comédie (parfois involontaire), drame familial et film érotique. Et oeuvre franchement triste aussi, tel ce final (attention SPOILERS !) révélant l’identité de ce tueur masqué, en fait l’esseulée Amanda, qui tuait les amis de ses enfants pour les garder auprès d’elle. Elle finira par se prendre une balle de la part de son fils Roger, tandis que Tommy, découvrant qu’il est passé à côté de sa famille, la tiendra dans ses bras pour la première et dernière fois tandis qu’elle décédera. Pas franchement jovial, et même carrément osé puisque l’on imaginait déjà que le culte diabolique serait au centre de l’hécatombe. (Fin SPOILERS)

 

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Le constat est donc franchement positif : bien que loin d’être un essentiel du genre, Hack-O-Lantern divertit sans mal et se crée un univers plutôt travaillé. Cheesy au possible, évidemment, et typique de l’ère VHS du genre, mais franchement plaisant et, surtout, jamais chiant. Pour sûr que pour une soirée où les Jack’O Lantern fleurissent et où les chiards viennent frapper à votre porte pour obtenir leur dose de sucre, le présent métrage est loin d’être la pire chose pouvant passer sur vos écrans. Au contraire, avec quelques grenouilles en gélatine de chez Haribo et un peu d’Orangina rouge versé dans un vieux calice, ça passe crème !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Jag Mundhra
  • Scénario: Carla Robinson
  • Production: Raj Mehrotra
  • Pays: USA
  • Acteurs: Hy Pyke, Gregory Scott Cummins, Katina Garner, Carla Baron
  • Année: 1987

One comment to La Nuit d’Halloween (Hack-O-Lantern)

  • Roggy  says:

    Entre l’affiche et les photos, le film semble sorti de nulle part ! En tout cas, je n’en avais jamais entendu parler 🙂

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