Le Masque d’Halloween

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On ne quitte pas nos vieilles citrouilles pleines de vers et on reste chauds avec Le Masque d’Halloween, et ce même si ce dernier pourrait refroidir bien des cinéphiles avertis. Allons-nous nous péter un genou en glissant sur des feuilles mortes ou l’esprit d’Halloween fera-t-il son œuvre ? Rien n’est moins sûr…

 

 

 

C’est toujours un plaisir de poser nos yeux émus sur la jaquette d’un DTV, sans doute pourri jusqu’à l’os, mais que son éditeur fera tout pour nous vendre comme le nouveau must-have du genre. Ainsi, pour Le Masque d’Halloween, alias The Pumpkin Karver (2006), on nous promet « L’irrésistible engrenage de l’horreur… » (mwarf !). Plus fort encore ce petit paragraphe qui n’a certainement pas peur de trop en faire : « Dans la pure tradition du slasher, genre où se distinguent plus particulièrement les Vendredi 13, Scream et Souviens-toi… l’été dernier, Le Masque d’Halloween apporte du sang neuf au film d’horreur. Entre tension pure et effets spéciaux orchestrés par Jeff Colbert (Apocalypto), jamais avare en jolies filles, scènes chocs et rebondissements, le film tire son épingle du jeu de la peur ! ». Ouais, ça frappe fort en la matière, même s’il faut reconnaitre que les gars de chez Aventi n’ont pas tout à fait tort non plus. Pas pour ce qui est du fait que cette soupe au potiron tire son épingle de quelque jeu que ce soit, on est bien évidemment en face d’un slasher comme on en trouve des centaines dans le verger de Micheal Myers, et ce sans même avoir à se baisser. Mais pour le reste, ils mentent pas trop les Aventiens : oui le film de Robert Mann (à priori aucun lien familial avec Michael, ou alors très très très éloigné) a son lot de nénettes aux côtés desquelles on aimerait bien se réveiller un beau matin, ouais il y a du rebondissement (qu’on voit venir de loin, mais c’est pas la question) et il y a en effet pas mal de scènes bien gorasses. Rajoutez à la sauce l’indispensable décorum Halloweenesque, fait de jeunes gens attifés comme au carnaval, de jack-o-lantern et de ballots de paille, et vous avez une réussite assurée ? Ce serait évidemment trop beau…

 

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Oh, non pas que ce gros cake aux bonbecs soit de ceux sur lesquels on se pétera un dentier, mais force est de reconnaître qu’il manque clairement l’étincelle nécessaire pour faire décoller le projet, trop content de s’en tenir au tout-venant du genre pour déployer ses ailes. Du coup, on se retrouve avec le petit lot de poncifs habituels du slasher, héros traumatisé à l’appui. Bon, il a de quoi faire la tronche faut dire, le petit Jonathan : en plus d’avoir une gueule de chien honteux d’avoir posé une praline fondue sur le tapis persan de son maître, il a poignardé à mort le petit copain de sa sœur ainée, pensant la sauver alors que l’autre idiot se fendait d’une petite blague en se faisant passer pour un dangereux meurtrier, le tout lors du 31 octobre. Evidemment, lorsqu’un an plus tard sa soeurette le traine à une soirée d’Halloween blindée de jeunots traquant le coma éthylique et les jeux de touche-pipi, Jonathan commence à avoir des visions, rêvant que sa victime d’il y a douze mois revient d’entre les morts pour zigouiller tout le monde. Le gosse deviendrait un peu con ou une malédiction pèserait sur les lieux ? Une possibilité à laquelle un vieux cinglé croit dur comme fer, parlant d’une légende touchant les sculpteurs de citrouilles… S’il on avait refilé un tableau des tâches à remplir pour se fendre d’un petit slasher en tous points identiques à tous ceux sortis depuis 1980, Robert Mann aurait tout coché dès le premier tir puisque l’on a la final girl de service, le Crazy Ralph de garde, le tueur masqué, l’amour de l’arme blanche et un lieu unique, dans le cas présent un champ changé en boum alcoolisée. Vous savez ce qu’il en est sur Toxic Crypt : les vieux clichés du psychokiller movie, on n’a rien contre et c’est certainement pas un manque d’originalité en la matière qui nous fera prendre nos jambes de bois à notre cou tordu. Mais comme on sait que certains sont épuisés d’avoir à ingurgiter le même plat encore et encore, du lundi au dimanche, on se sent obligés de le préciser par acquis de conscience…

 

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Reste que le gros problème, c’est surtout que les protagonistes manquent nettement de charisme : soit ils sont abusivement tristounets comme des chatons abandonnés sur une aire d’autoroute un jour de pluie (Jonathan et sa sœur risquent fort de vous les briser), soit ils sont brutaux et antipathiques par nature (la grosse brute, le mec qui filme son petit porno tranquillou). Mais le plus souvent, ils sont cons comme un escadron de Ribéry lobotomisés, au point de faire passer le plus demeuré des candidats de la pire des télé-réalités pour le nouveau Galilée. Hurlant dans tous les sens, grimaçant comme des fous furieux, riant à la première vanne de merde venue (et il y en a…) tout en gesticulant comme des babouins qui auraient trop de puces dans l’anus, la petite troupe fait indéniablement partie de ce que l’on a vu de pire dans le petit monde du slasher, pourtant toujours généreux en jeunes gens à baffer au tisonnier. On comprend dès lors le tueur, car nous aussi nous serions prêts à prendre le risque de manger de la purée de champignons en conserve pendant dix plombes dans le premier pénitencier venu si cela nous permettrait de les faire tous taire, y compris ce trio de gonzesses se prenant pour les Drôles de Dames et nous balançant quelques coups de karatés en se croyant drôles. Difficile du coup de se sentir concerné par tout ce barouf, car de toute évidence on est plutôt du côté de l’assassin, même si celui-ci est également un sacré cas. Tout du moins en partant du principe qu’il s’agit bien de l’ex de la sœur de Jonathan : sorte de punk-rockeur chauve, le mec est le lourdaud suprême, débarquant près du frère de sa meuf en lui balançant de la bière sur la gueule, tentant de niquer sa copine alors que le frangin est présent ou gâchant le travail de gravure de citrouilles du John en deux coups de couteaux mal placés. Un pur emmerdeur ayant bien mérité son sort et qui réapparaîtrait donc désormais tel un fantôme, avec un masque de citrouille pourri…

 

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Heureusement, ce sale type constamment dans le surjeu – que les connaisseurs en thrash metal auront vite fait de rapprocher au Scott Ian du groupe Anthrax – est aussi un maniaque connaissant bien son taf’. Si le bodycount ne traverse aucun record (8 morts, c’est dans la bonne moyenne du style), au moins notre tronche de vieux potiron prouve sa maîtrise de ses ustensiles et sa volonté de dégueulasser tout sur son passage. Ainsi, un pauvre type bedonnant ira s’empaler sur une grosse foreuse et perdra ses boyaux, tandis que les plus jolies filles auront le minois taillé comme des citrouilles ! Assez trash, même si l’on aurait aimé une poignée de tueries en plus, de nombreux personnages étant laissés sur le carreau alors qu’ils auraient bien mérité leur coup de bèche dans la gencive, tandis que Le Masque d’Halloween souffre du coup d’un petit ventre mou lorsque le tueur se la coule un peu douce. Pas bien grave, ça nous laissera le temps de profiter de jolis décors sentant bon le fétu de paille et d’une photographie réussie qui fera oublier que formellement, Mann n’a pas franchement le slibard garni. Preuve en est quelques effets spéciaux indignes de la première saison de Power Rangers, l’assassin spectral s’offrant quelques éclairs parmi les plus laids vu depuis bien longtemps. De quoi coincer The Pumpkin Karver dans la brouette de petits B certainement pas mémorables, faisant passer un bon moment sur l’instant malgré un cortège de carences, mais qui, lorsque l’automne pointera son nez, accompagnera plutôt bien la chute des feuilles. A réserver néanmoins aux plus tolérants d’entre vous…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Robert Mann
  • Scénario: Robert Mann, Sheldon Silverstein
  • Production: Sheldon Silverstein
  • Titre: The Pumpkin Karver
  • Pays: USA
  • Acteurs: Michael Zara, Amy Weber, Minka Kelly, David J. Wright
  • Année: 2006

2 comments to Le Masque d’Halloween

  • Roggy  says:

    Visiblement, ce n’est pas le meilleur film à voir pour Halloween. En revanche, Frncky l’allemand devrait se régalait 🙂

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