Trick or Treats

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Ah, la fin octobre ! Les bouleaux et noisetiers perdent progressivement leur robe jaunie par le temps, le soleil se fait engloutir par de gris nuages, le mercure baisse la tête et s’apprête à se mettre à genoux, tandis que de dangereux psychopathes costumés se mêlent aux plus petits pour venir nous quémander quelques bonbons… Ouais, c’est Halloween et donc l’heure de se lancer dans le Trick or Treats version 1982 !

 

 

 

Si l’on vous cause d’un grand dingo s’échappant de son hôpital psychiatrique une soirée d’automne pour aller flanquer les miquettes à une baby-sitter le soir d’Halloween, vous me répondez quoi ? La Nuit des Masques ? Faux, les enfants, car il n’y a pas que Carpenter dans la vie et c’est bien de Trick or Treats dont on causera en cette période où les caries sont reines. Et par Trick or Treats, on ne cause ni du superbe film à sketchs de 2007 (Trick’r Treat) ni du plus ancien et plus métallique Trick or Treat de 86. C’est que celui de Gary Graver est autrement plus confidentiel, comme une bonne partie de la production horrifico-fantastique des eighties, alors que le genre connaissait son âge d’or commercialement parlant et que le dernier des débrouillards pouvait balancer une Série B sur le marché, avec son seul argent de poche pour tout budget. Graver est bien évidemment de ceux-là, lui qui place lui-même 30 000 dollars dans son film (25 000 autres viendront s’ajouter grâce à quelques distributeurs et mécènes) et le tourne en trois semaines, sur plusieurs nuits réparties ça et là, le tout dans la bicoque de l’un des membres de l’équipe. De la débrouille à laquelle on ne peut que lever le pouce, évidemment, mais qui reste bien évidemment coincée dans un carcan, celui des « shot on video qui ne seront jamais le film préféré de personne ». Trick or Treats, c’est un peu ça : une micro-production que l’on aimerait tant apprécier, mais dont le manque flagrant d’originalité et de talent laissera toujours sur le carreau.

 

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Car en se frottant au Halloween de Big John, le brave Gary se met immédiatement dans une position d’inconfort, et ce même si son script essaie de prendre ses distances avec les agissements de ce satané Michael Myers. Ainsi, point de sale gamin faisant office de mal incarné dans les parages, mais un pauvre mari auquel sa femme, Madame O’Keefe, offre un petit séjour dans un asile psy, sans trop que l’on sache si c’est parce que le gaillard a véritablement un neurone de coincé ou si c’est pour pouvoir refaire sa vie avec son nouveau jules plus facilement. Dans tous les cas, depuis qu’il est entré dans la division « une case en moins », le bon époux est réellement devenu dingue et songe sérieusement à se faire la malle le soir du 31 octobre, jugeant qu’une soirée où tout le monde est déguisé est le moment propice pour approcher son ex-femme sans se faire remarquer et croquer une vengeance tant attendue. Puisque film doit se faire, ce grand costaud parvient à ses fins en assommant une infirmière et en reprenant ses frusques, se dirigeant vers son ancienne demeure, où se trouve justement l’actrice ratée Linda. Ayant du mal à trouver des réalisateurs prêts à lui dénicher le rôle de sa vie, la cocotte met du beurre dans les épinards en enchaînant les petits boulots, et elle se doit en cette belle soirée costumée de surveiller le fils O’Keefe. Pas facile d’ailleurs, car ce sale garnement pas loin de flirter avec le surpoids n’a qu’une passion dans la vie : la magie. Et le petit salaud d’enchaîner les vilaines blagues, faisant semblant de se noyer ou de se couper un doigt, quand il ne se fait pas passer pour un assaillant ou qu’il ne balance pas des souris dans la chevelure de se blonde gardienne. Et évidemment, à force d’avoir un plaisantin à ses côtés, cette dernière finit par tout prendre comme une vanne et ne se rend pas compte que la menace rôde véritablement…

 

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Comme déjà sous-entendu, ce n’est pas Trick or Treats qui aurait forcé Big John à prendre une retraite anticipée à l’époque, tant on tient là un B Movie ayant toutes les peines du monde à passionner son audience. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir quelques atouts, comme un casting très loin de refiler la nausée et évitant les amateurs ne voyant que par le surjeu. Ce sont même quelques roublards expérimentés, ou en passe de le devenir, que l’on croise dans ce champ de citrouilles. On passera rapidement sur la présence de David Carradine, caméo inutile d’une scène, seulement engagé pour gonfler un peu les chances que pourrait avoir le film d’être loué. Et nous féliciterons plutôt une Jacqueline Giroux connaissant bien le cinoch’ grindhouse (Drive-In Massacre, Ilsa : She Wolf of the SS,…) et très à son aise dans les soutifs d’une petite comédienne sans réel talent, forcée de donner la bectée à un jeune emmerdeur en attendant de pouvoir montrer sa culotte aux MTV Movie Awards. Très bon aussi ce vieux roublard qu’est Peter Jason, grand habitué de Carpenter justement (Invasion Los Angeles, Prince des Ténèbres, L’Antre de la Folie, Le Village des Damnés, Los Angeles 2013, Ghost of Mars), ici dans sous la camisole de force et rendant crédible ce psychopathe à la fois flippant (lorsqu’il parle de ses futurs méfaits d’un large sourire, il fait froid dans le dos) et attristant (la scène du début, où de costauds infirmiers viennent l’embarquer et lors de laquelle il pleure en implorant sa froide épouse). Niveau seconds rôles, encore du beau monde : Steve Railsback (Lifeforce, Les Traqués de l’An 2000, le Ed Gein de 2000), Carrie Snodgress (Pale Rider avec Clint, Furie de De Palma, Sexcrimes,…), la belle Jillian Kesner (Firecracker, Special Force,…) et même, dans le petit rôle d’un clodo qu’attaquera le vil fugitif, ce bon vieux Paul Bartel, réalisateur de La Course à la Mort de l’An 2000 comme vous le savez déjà. Pas un line-up de petits bras, quoi, mais malheureusement, tous ces talents relevant le niveau ne parviennent pas à rendre palpitante une entreprise du reste assez fainéante…

 

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Au niveau formel tout d’abord, Graver n’étant pas franchement de ces fiers artistes vous offrant des toiles de maître toutes les cinq minutes. Certes, le boulot est plutôt bien fait et nous ne pouvons certainement pas accuser Trick or Treats d’être une vilainie amateur. N’empêche que pour le génie, on repassera… Pas étonnant que la carrière du zig, malheureusement décédé en 2006, ira se coincer dans le giron du porno (Double Penetration 4 et 5, à priori regardables sans avoir maté les trois premiers) ou s’occupant de la photographie pour d’autres vieux loups de la Série B cheesy (Leeches pour DeCoteau, Tomb of the Werewolf pour Fred Olen Ray, Sorceress pour Wynorski), quand il ne leur propose pas ses talents de tragédien. Bref, c’était pas avec sa maîtrise de la caméra que notre homme allait un jour rentrer dans le bureau d’Harvey Weinstein pour lui tailler une pipounette, le tout sous le regard taiseux d’un Tarantino qui n’ira rien dire pour préserver sa carrière (ah ? Y’a quelque-chose de bien à préserver là-dedans ?). Mais à dire vrai, le Gary pourrait encore avoir l’œil de Kubrick et la méticulosité de Fincher que cela n’y changerait rien, le scénario, écrit par lui-même (il produit et photographie aussi, tant qu’il y est…) étant d’une mollesse à faire peur. Ainsi, le vieil O’Keefe met 30 bonnes minutes à s’enfouir de son lit clinique, et encore 30 à rejoindre son ancienne maisonnée, donnant l’impression qu’il doit traverser cinq états pour enfin pouvoir planter sa lame dans une chair innocente. N’empêche qu’une bonne heure de film est déjà derrière nous et que rien ne s’est passé, d’autant que peu courageux, Graver décide de filmer l’unique meurtre du métrage dans le noir ! Autant dire que ça fait peu, trop peu…

 

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On s’emmerde, alors ? Ben pas vraiment quand même, car elle n’est pas si mal foutue, la relation entre Linda et le poupin farceur, qui semblent se détester cordialement mais seront forcés d’utiliser les trucs et astuces du petit pour se débarrasser de la brute épaisse désirant limer son couteau sur leurs colonne vertébrale. Et puis le final vaut son pesant de crânes de bébés (Attention, Spoiler en vue) puisque le gosse prendra goût au meurtre après décapité son daron et décidera de supprimer Linda, en ultime gag de mauvais goût. On sait, on sait, le coup du gosse (Chris Graver, sans doute fiston du réal…) se retrouvant avec le cervelet à l’envers car il en a vu des trop saignantes, on nous l’a fait dans les quatrièmes Halloween et Vendredi 13, mais l’idée est ici assumée pleinement et vu qu’il n’existe aucune séquelle à Trick or Treats, on ne nous fera pas le coup du « tout cela n’était qu’un rêve, en fait le gosse n’a zigouillé personne » comme c’est le cas chez les Myers et les Voorhees. Un bon point, donc. (Fin des spoilers) Et puis on ne va pas se mentir : une petite bobine se déroulant à Halloween, même si elle tient du home-invasion ramolli, ça fait toujours plaisir. Car il est toujours agréable de voir des gnomes déguisés en fantômes venir quémander du Haribo, et on ne crache jamais sur quelques décorations à la fois lugubres et pop. Le film de Gary Graver n’est peut-être pas le meilleur cheval sur lequel miser en cette fin d’octobre, c’est un fait, mais au moins assure-t-il l’essentiel : ses aisselles ne sont peut-être pas aussi velues qu’on l’espérait mais elles ont le bon goût de sentir la soupe au potiron !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Gary Graver
  • Scénario: Gary Graver
  • Production: Gary Graver, Glen Jacobson
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jacqueline Giroux, Peter Jason, Chris Graver, Steve Railsback
  • Année: 1982

2 comments to Trick or Treats

  • Roggy  says:

    Je connaissais pas cette version, restant coincé à celle de 2007. J’imagine qu’elle n’est pas forcément facile à trouver.

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