The Fear (Terreur)

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La peur, on court tous après dans les parages, la traquant au détour de Séries B made in Italy ou de vieux pots anglais en espérant tomber sur la meilleure des soupes flippantes. Alors lorsqu’on nous vend un petit DTV nommé The Fear, qui plus est chapeauté par Wes Craven, le quidam se dit forcément qu’il va avoir un concert de castagnettes dans le falzar. Loupé ! Car si ce Terreur (nom français) est effrayant, c’est alors de nullité…

 

 

 

Pour un public mal informé, voir le blase de Craven plaqué sur une jaquette signifie souvent gage de qualité. Mais pour un vieux routard des autoroutes de l’horreur, c’est le plus souvent une cicatrice repoussante, le synonyme d’une soirée foirée et de quelques euros mal placés. C’est qu’en dehors de ses propres réalisations (et encore, le Wes réussissait son coup une fois sur deux ou trois, tâchons de ne pas l’oublier), le barbu qui forgea Les Griffes de la Nuit fut plutôt associé à de sombres navets en quête de légitimité. Alors on refilait quelques biftons au réalisateur de L’Amie Mortelle, perçu comme le véritable Master of Horror en ces années 90 pour le méga hit Scream, et on faisait croire au pauvre peuple qu’il avait beaucoup à voir avec telles ou telles Séries B, qu’il ne vit sans doute jamais et dont il avait à peine lu le scénario. Surprise, pour The Fear Craven n’est ni producteur, ni parrain, mais l’un des comédiens, bien que ce soit pour un petit rôle. Qu’est-ce qui poussa le papy Wes à monter sur les planches, d’ailleurs ? Aurait-il apprécié sa petite expérience d’acteur sur son Freddy sort de la Nuit ? L’un de ses potes aurait-il foutu quelques billes dans Terreur et lui aurait demandé de venir gonfler le casting ? A moins que ce soit le fait que le script prenne pour sujet la psychologie qui aurait attiré celui qui étudia justement la discipline à Baltimore dans ses jeunes années ? C’est sans doute plutôt ça, ouais, et la promesse d’avoir un petit chèque facilement gagné (Craven étant présent dans deux scènes tournées au même endroit, on suppute que sa présence ne dépassa pas la journée de tournage), car du reste, on patauge plutôt dans la merde que dans l’or avec ce DTV, que les bons trentenaires ont sans doute croisé dans leur vidéoclubs… et que les moins de vingt ans peuvent désormais choper pour quelques cents dans tous les bons Cash Converters de l’hexagone. Tant mieux, ça ne vaut pas plus.

 

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Ca ne débute pourtant pas trop mal : malgré une musique un peu cliché et une réalisation mollassonne, The Fear s’ouvre sur une intro pas dégueu montrant un marmot découvrant d’étranges êtres portant des masques en bois, tous en train de creuser des tombes dans la forêt. Pas mal pour ouvrir les hostilités, même si tout cela n’est bien évidemment qu’un mauvais rêve du pauvre Richard, étudiant en psycho (et vous le devinez, son prof n’est autre que Craven) tourmenté par ces horribles cauchemars. Une fois que Tonton Wes a fait son malin en sortant quelques répliques de grand penseur (« Tous ceux qui se lancent dans la psychiatrie le font car ils ont eux-mêmes besoin d’aide », ou une connerie dans le genre), il convainc Richard de retourner dans le chalet de son enfance pour y faire le point et découvrir quelles phobies se terrent en lui. Jugeant qu’il n’y a pas de raison qu’il soit le seul à souffrir et se fasse chier au milieu des épicéas, notre protagoniste principal invite sa petite copine et quelques-uns de ses potes à le suivre, histoire que tous puissent débattre sur leurs peurs les plus profondes. Vite rejoints par l’oncle de Richard et sa girlfriend nettement plus jeune que lui, tout ce beau monde découvre Morty, une marionnette en bois grandeur nature que la famille de Richard conserve depuis quelques générations et considère comme le gardien des lieux. Accessoirement, notre héros a une pétoche de tous les diables de son ami qui chie des copeaux… Il n’a peut-être pas tort, car plus le séjour avance, plus les évènements étranges s’enchaînent, et il n’est pas dit que Morty y soit étranger…

 

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S’il est bien un film qui part dans tous les sens pour ne jamais toucher la moindre cible, c’est bien The Fear, seule et unique réalisation d’un Vincent Robert par la suite scénariste de pépites de la télévision française comme Joséphine : Ange Gardien ou Diane, Femme Flic. De quoi poser un tâcheron et rendre moins étonnante la profonde médiocrité de ce petit direct-to-video, qu’il emballe de manière professionnelle mais auquel il n’insuffle aucun rythme. Faut dire qu’on peut le comprendre et que personne n’aurait pu faire mieux avec, sur les genoux, le scénario de Ron Ford (pour sa part un réalisateur de courts ou de séries Z, comme Dead Season avec Randal Malone). Car dans le genre « je suis si touffu et blindé d’intrigues parallèles que je ne sais plus quoi en faire », ça se pose-là, et outre les agissements de Morty, il faudra compter sur la présence d’un violeur en série, d’un type louche qui se révèlera être un arnaqueur et des traumas familiaux de Richard. C’est que coupable d’avoir vu sa daronne en train de coucher avec un autre (oh surprise, c’était son oncle !), le gus ira prévenir son père, qui réglera le souci en liquidant son épouse ! Alors on ne va pas se plaindre que le tout ait fait l’objet d’un certain brainstorming, d’autant qu’on n’est pas les derniers à chialer lorsque les personnages n’ont aucune épaisseur, mais encore faut-il que ce soit bien fait, maitrisé un minimum. Ici, vu qu’aucun (et je dis bien aucun) des zigotos n’a de charisme – quand il ne sont pas carrément agaçants, comme ce dreadlocké lourd comme un hippopotame qui aurait passé la journée chez Pizza Hut -, ben on a tendance à s’en foutre un peu de leurs angoisses, qui plus est peu originales. L’une a peur de vieillir, une autre de la flotte, l’un c’est les insectes, la jolie blackette a la trouille du vide et son copain c’est la religion, d’autres ça sera de se retrouver devant un film de merde… Oups, ça c’est nous et on est malheureusement dedans jusqu’au cou.

 

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Il y avait pourtant matière à faire quelque-chose de potable, voire de carrément creepy : l’ambiance est relativement pesante, Morty met mal à l’aise et l’on trouve même un petit village féérique aux êtres en bois, venu dispenser une aura de conte de fées pervers qui, si elle était bien utilisée, ferait sensation. Mais lorsque l’on se ramasse un réalisateur incapable de vous cuisiner autre-chose que des tartines au jambon Herta et un scénariste ne sachant visiblement pas où il va (les motivations de Morty restent tout de même très nébuleuses, et ne parlons même pas des réactions de personnages prenant systématiquement les pires décisions possibles)… Pire, le tout n’est pas gore ou même sanglant (allez, on sauvera le sort du pauvre gars crucifié et se retrouvant avec un pieu en forme de croix dans le cœur), et les nanas ne dégrafent jamais leurs soutifs, ne permettant même pas à The Fear d’aller se poser dans la catégorie « Ouais c’est naze, mais au moins on a ce qu’on est venu chercher. » A la place, on se retrouve avec une soi-disant étude des frousses de crétins lobotomisés, avec une toute petite production se rêvant grand pensum horrifique, alors qu’elle n’a de toute évidence aucune qualité lui permettant de se hisser au niveau de ses ambitions. Qu’est-ce qu’il reste alors au spectateur, si ce n’est un casting où l’on croise quelques gueules vaguement connues (Ann Turkel des Monstres de la Mer, Darin Heames de Night of the Demons 2, le vétéran Vince Edwards dont ce fut le dernier film) ? Pas grand-chose, si ce n’est la certitude que les looks des ados des années 90 se sont démodés peut-être encore plus vite que ceux des années 80, et que l’on n’arrivera jamais à rendre un film basé sur la psychologie flippant en lui collant dans les esgourdes du rap à base de bitchs et de pussy. Et vous savez la meilleure ? C’est que Terreur a eu une suite, La Nuit d’Halloween, et qu’elle nous permet d’ouvrir un marathon placé sous le signe de la citrouille ! Comme quoi, la jambe de bois de Morty aura tout de même servi à quelque-chose…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Vincent Robert
  • Scénario: Ron Ford
  • Production: Richard Brandes, Jacob Wellington
  • Pays: USA
  • Acteurs: Eddie Bowz, Heather Medway, Ann Turkel, Vince Edwards
  • Année: 1995

4 comments to The Fear (Terreur)

  • Nazku Nazku  says:

    Je crois me souvenir de la jaquette VHS dans le club vidéo où j’allais régulièrement quand j’étais ado. Contente de ne l’avoir jamais loué!

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