Dead Sushi

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Quand bien même son aventure fut des plus éphémères, la boîte de prod. Sushi Typhoon marqua les esprits des amateurs de délices délurés grâce à son alliance entre gore cracra et humour d’ado attardé, au fil des jolis Helldriver (pas celui avec Nic’ Cage, hein) ou Alien vs Ninjas. Serait-ce d’ailleurs en la mémoire de la firme que Noboru Iguchi, qui y passa pour ses Mutant Girls Squad et Karate Robo Zaborgar, décida avec Dead Sushi de se fendre d’une invasion de sushis carnassier ? Sans doute et grand bien lui en a pris !

 

 

De poisson barbotant encore dans ses eaux salées à simple morceau cru allongé sur un lit de riz vinaigré, il n’y a qu’un coup de nageoire. Ainsi, lorsqu’il se rendit compte que le Piranha 3D d’Alexandre Aja rameutait la jeunesse nippone dans les salles, le réalisateur à tête de geek pervers qu’est Noboru Iguchi se dit qu’il pouvait se mettre, lui aussi, aux fourneaux et livrer au public du Soleil Levant sa dose de poiscaille. Mais ne sachant rien faire comme tout le monde et ayant visiblement le cerveau monté à l’envers, notre ami tourne le dos à l’aquarium saturé de barracudas vicieux et de squales mutants pour plutôt se jeter dans le frigidaire d’où sont sorties les juteuses Tomates Tueuses. Il en ressortira avec des sushis dentés et lassés de servir de boustifaille à des hommes d’affaires en kimono, qu’ils goberont à leur tour lors de séquences espérées aussi sanglantes qu’hilarantes. Par quelle malédiction le saumon fumé se met-il à planer dans les couloirs d’un restaurant, d’ailleurs ? Point de paranormal derrière Dead Sushi, en vérité je vous le dis, mais un incroyable sérum réveillant les chairs mortes de quelques scientifiques donnant dans la pharmaceutique, qu’un savant trahi par les siens viendra verser sur les plateaux repas aux crevettes roses pour assouvir sa vengeance. Et à la maladroite mais bien vaillante Keiko (Rina Takeda, abonnée aux Séries B lui demandant de distribuer des high-kicks) de devoir endosser le difficile rôle d’héroïne pour repousser cette invasion à la sauce soja !

 

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Pas la peine de vous faire de longs discours ou d’essayer de vous faire avaler que Dead Sushi est une critique acide sur le commerce maritime et la désaffection progressive de nos océans, le propos d’Iguchi étant bien évidemment résumable en deux mots : fun et gore ! Tout le reste n’est que superflu, et c’est à un enchainement sanguinolent ne prenant jamais d’entracte que nous sommes conviés, bien assis que nous sommes sur le tatami. Qui est déjà tombé sur l’une des œuvres précédentes de ce pro du budget dérisoire sait d’ailleurs fort bien à quoi s’attendre : à du gag scato (ça prout dans tous les sens), à de l’érotisme tourné en dérision, à de la bagarre un peu mal foutue mais généreuse, à un monster movie que la Universal ne risque pas de prendre sous licence et, surtout, à du splatter déjanté et trash. On le sait, il n’y a que chez ce doux dingue, aux airs d’otaku passant toutes ses soirées à lustrer ses figurines de personnages de manga en petit culotte, et son vieux poto Yoshihiro Nishimura (réalisateur de Tokyo Gore Police et Vampire Girl vs Frankenstein Girl), d’ailleurs venu lui prêter main forte en s’occupant des effets spéciaux « en dur », que l’on peut encore de nos jours trouver un tel festival de têtes coupées, de calamars arrachant des joues, de serveuses rongées jusqu’aux os, d’épiderme dont s’échappe des rāmen ou de nez tranché net. Le Peter Jackson des débuts, celui qui n’était pas encore perdu dans le village des nains aux pieds poilus, serait fier, c’est une évidence. D’autant que le second degré au goût de mucus de ses Bad Taste et Braindead a lui aussi déménagé dans le dojo d’Iguchi. D’ailleurs, c’était là le but premier du metteur en scène : faire rire un max’ son audience.

 

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Vu que ses The Machine Girl, Robogeisha et Zaborgar n’étaient déjà pas le genre de galettes (toutes éditées chez Elephant Films, en passant, tout comme Dead Sushi) que l’on ira ranger aux côtés de La Leçon de Piano, on devine que le malicieux cinéase aura mis les bouchées doubles. Et c’est bien évidemment le cas, la gaudriole étant ici au centre de tout, que ce soit au travers de petites danses (la géniale imitation du robot par une Asami que l’on a souvent croisée dans ce type de métrages) ou de bastons visant systématiquement sous la ceinture. C’est aussi et surtout une bonne occasion de resserrer un peu son intrigue et donc son film, les précédentes productions d’Iguchi frôlant souvent les deux heures. Ce qui était plutôt excessif pour des gros Z festifs, il faut bien l’avoue… Mais point de drames se souhaitant poignants comme dans Robogeisha ici, pas plus que des peines engendrées par la perte de toute une famille à la Machine Girl : Dead Sushi va droit au but et se garde bien de s’engouffrer dans un récit prétendument épique. S’il continue de garder quelques éléments clairement tirés du monde du manga pour jeunes gens (combat contre un boss final avec une tête de saumon), Iguchi laisse derrière-lui toute grandiloquence, et grand bien lui en a pris puisque cette cuvée 2012 est aussi la plus fluide du lot. Du coup, puisque l’on ne voit pas le temps passer, on pardonne aussi plus facilement les petites bévues, comme des CGI souvent dégueulasses (puisque les sfx « classiques » sont excellents, pourquoi ne pas s’y tenir ?) et le fait que lorsque la jolie et candide Keiko distribue des mandales, elle s’arrange toujours pour que ce soit à deux mètres des autres acteurs. Rien à foutre dès lors que tout cela soit boiteux (on le savait d’entrée), car l’énergie survoltée rattrape le tout.

 

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Car en plus, ce n’est certainement pas réalisé avec des pieds palmés, les rixes étant dynamiques dans le filmage et le montage, là encore faits pour tenter de donner une impression de manga live. De sorte que malgré un budget sans doute moins élevé que la note que vous pourriez avoir dans un resto spécialisé dans le thon cru, le tout se présente comme l’une des plus belles récréations de la décennie, figurant dans le haut du panier de la Japan Trashy Connection. On n’en attendait d’ailleurs pas moins et, comme prévu, Dead Sushi fait honneur au plat qu’il vicie en s’ingurgitant d’une traite.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Noboru Iguchi
  • Scénario: Noboru Iguchi, Makiko Iguchi, Jun Tsugita
  • Production: Yoichi Sakai, Mana Fukui, Motohisa Nagata
  • Titre: Deddo Sushi
  • Pays: Japon
  • Acteurs: Rina Takeda, Kentarô Shimazu, Asami, Takamasa Suga
  • Année: 2012

2 comments to Dead Sushi

  • Roggy  says:

    Je n’ai pas encore vu ce « Dead sushi » et je ne suis pas toujours convaincu par l’ensemble de l’écurie « Sushi Typhoon ». Mais si tu dis que c’est bien 🙂

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