Frère de Sang

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Family is forever ! Surtout quand vous avez votre frangin, semblable à un gros mollard ou à un amas de chair sans structure osseuse digne de ce nom, collé à votre flanc. Un petit coup de bistouri et le tour est réglé ? Pas pour les chirurgiens, dès lors traqués par les frères Bradley, toujours aussi soudés malgré les apparences…

 

 

 

Jadis l’un des secrets les mieux gardés du cinoche grindhouse, Frank Henenlotter commence enfin à se faire une petite place au soleil dans nos contrées, jusque-là assez peu branchées à l’idée de le célébrer. Certes, ses films sortaient en VHS à la grande époque, et certains trouvaient même le chemin jusqu’au DVD, mais notre gros copain coiffé à la mode boule de bowling peinait un peu à se voir cité parmi d’autres fiers artisans du B Movie, façon William Lustig par exemple. Mais tout vient à point à qui sait attendre, et le retour des fanzines permit de redécouvrir le bonhomme (voir La Fraicheur des Cafards numéro 5), tout comme quelques blogs de passionnés nourris à Elmer, le remue-méninges (Scopophilia, notamment), quand ce ne furent pas carrément les festivals qui invitèrent le gros bonhomme pour parler de son taf’ et de ses copains les freaks (le gaillard était à l’Offscreen de Bruxelles en 2016). Et comme il est sur une belle lancée, Henenlotter finit par voir le prestigieux éditeur Carlotta se pencher sur le panier en osier de son tas de viande Belial, histoire de sortir la trilogie Basket Case au format DVD et Blu-Ray. On ne va pas se mentir, la haute-définition n’est pas forcément nécessaire pour une œuvre telle que Frère de Sang premier du nom (1982), qui ne sent pas vraiment l’eau javel…

 

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Rien de bien étonnant venant de la part de Frank Henenlotter, d’ailleurs, cet ancien chat de gouttière passant son enfance dans les plus sales quartiers de New York à la recherche de films indépendants chtarbés. De quoi poser son homme, et expliquer pourquoi il n’a eu de cesse, au fil de sa carrière cinématographique, de partir s’allonger sur des matelas troués  et tâchés du vieux sperme de clodos en compagnie de losers, magnifiques ou non. La lose, Duane et Belial Bradley l’ont tous les deux, ces anciens siamois heureux d’être scotchés l’un à l’autre dans leur adolescence se voyant séparés de force par leur père, désireux de se débarrasser de l’immonde Belial, simple tête difforme munie de deux bras répugnants. Désormais plus vieux de quelques années, les frangins cherchent les trois médecins coupable de leur séparation pour les trancher en deux, se planquant dans un hôtel miteux entre deux attaques. Mais coincé en pleine ville et dans un habitat faisant office de maison de repos pour paumés, l’improbable duo prend le risque de se faire repérer, d’autant que les relations s’effritent lorsque Duane tombe amoureux de la secrétaire de l’une de leurs proies… Pas de doute, en bon metteur en scène se lançant dans une œuvre de jeunesse, Henenlotter prend le soin d’y balancer tout ce qu’il aime. Et ce en faisant de Basket Case un film d’horreur tragi-comique alternant fulgurances gore (visages mortellement griffés, tronche dans laquelle sont plantés des bistouris,…), sexe déviant (Belial se paye un viol… alors qu’il lui manque le service trois-pièces nécessaire à son méfait !), second degré de quasiment tous les instants (les autres locataires forment un ramassis d’originaux souvent amusants) et même une pincée de kung-fu, Francky s’assurant un lien avec les coups de coudes made in Asia en installant sa paire devant un film d’art-martiaux de la 42ème rue.

 

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En somme, un peu à la manière d’un Don Dohler placardant sur pellicules son amour pour le fantastique et la science-fiction, Henenlotter tente de faire rentrer ses genres préférés dans l’étroit placard Basket Case. Etroit de par les moyens, bien évidemment (une maigre liasse pour tout budget, abandon de certaines scènes à effets spéciaux car trop difficiles à mettre au point), mais certainement pas d’esprit. Bien qu’étant de prime abord un B Movie bas de plafond, portant sa bêtise et sa méchanceté en étendard en alignant les séquences de pur creature feature (Belial casse la gueule à un voleur aux chiottes, Belial saccage sa chambre (hilarante séquence, par ailleurs), Belial se planque dans les chiottes, Belial casse un tiroir en stop-motion,…), Frère de Sang séduit également de par ses contours plus psychologiques, et par extension dramatiques. Le fort du métrage n’est donc pas nécessaire ces gros plans sur des faces explosées par les gros doigts boudinés de notre pelote de muscles mais plutôt la peine de cet être privé de toute vie, forcé de scruter un frangin avec lequel il entretient des liens télépathiques. Pas plus heureux d’ailleurs, le frérot, forcé de trimballer un petit démon au caractère difficile avec lui, de perpétuer une vengeance alors qu’il aspire de plus en plus à trouver un amour que Belial ne pourra jamais accepter. Comme on le dit dans les télé-réalités ou sur les plateaux de ce con de Cyril Hanouna : clash en vue, les fanzouzes ! Malin, le vieux Franck d’ailleurs : puisqu’il n’a pas assez de dollars en poche pour s’offrir une séquence voyant Belial tracer sa route dans les rues sales de New York et Manhattan, il rectifie le tir et mise plutôt sur une vue subjective déroutante (si vous avez toujours rêvé de devenir un violeur de la taille d’un gros roti de porc, c’est maintenant ou jamais…) et le drame sentimental. Bien vu puisque cela apporte une nouvelle couche à son mille-feuille, déjà aussi drôle que répugnant, et donc désormais touchant. On n’ira pas jusqu’à verser une larme trop salée sur le sort de ces pauvres hères, que le destin n’aura jamais choyés, mais on ressortira de l’affaire avec un joli petit blues…

 

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On en viendrait presque à regretter que le père Henenlotter se laissa prendre au petit jeu des séquelles, et ce même s’il est évident que l’on retrouvera avec un grand plaisir notre belle fratrie, tant ce premier épisode se conclut de manière marquante. Mais bon, combien de simili-navets ont eu droit à leur lot de suites non-méritées ? Aucune raison que Basket Case ne profite pas lui aussi des joies de la sérialisation, dès lors, d’autant que même une réalisation manquant de génie et des acteurs forcément un peu à la ramasse n’ont pu entacher le capital sympathie de cette belle et grosse boule de crasse. Car si ce premier opus a bien une qualité, c’est son odeur de vieux calbar porté trop longtemps, totalement assumée et revendiquée par un auteur parti faire ce que tous considèrent comme les poubelles du septième art… pour en revenir avec l’un des plus beaux déchets tombé de la benne du cinoche Grindhouse. Indispensable.

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Frank Henenlotter
  • Scénario: Frank Henenlotter
  • Production: Edgar Ievins
  • Titre: Basket Case
  • Pays: USA
  • Acteurs: Kevin Van Hentenryck, Terry Susan Smith, Beverly Bonner, Robert Vogel
  • Année: 1982

7 comments to Frère de Sang

  • Stephane ERBISTI  says:

    Malsain, glauque, avec une histoire touchante et un monstre emblématique. Budget au ras des pâquerettes mais bourré d’idées et d’inventivité !

  • Stephane ERBISTI  says:

    quand j’étais ado en 1986 / 1987, j’avais demandé au patron du vidéo-club ou j’étais inscrit de me conseiller un film d’horreur; Il m’avait désigné « Horrible » et puis ensuite, il m’a dit « sinon, y’a Frere de Sang aussi qui est très bien et en plus, y’a une belle histoire, c’est vraiment un film d’horreur différent » ! 😉

  • Val le bond  says:

    Cool chronique, comme d’hab. Et merci pour la casse-dédie, monsieur Mordo.

  • Didier Lefèvre  says:

    Revu à l’Offscreen il y a deux ans avec l’ami vidéotopsieur et en présence de Frank Henenlotter. Un chouette film qui supporte bien le poids des ans !

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