Curve

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Y’en a qui ne retiennent jamais la leçon, même lorsqu’elle est martelée depuis plus de quarante ans. Ainsi, on trouvera toujours quelques jeunes cons et connes pour ne tirer aucun enseignement de The Hitcher ou La Proie de l’Autostop et offrir un siège à un tueur en série. Evidemment, pour la blonde Julianne Hough, c’est la sortie de route assurée…

 

 

 

L’avantage avec Jason Blum et sa société Blumhouse, c’est que s’il voit en vous un valeureux guerrier prêt à fendre en deux le box-office d’un coup de hache bien placé, il vous filera un soutien de chaque instant et fera tout pour vous faire rencontrer le public. A l’inverse, s’il se met à douter de votre potentiel commercial et estime que votre œuvre ne sera pas déclinable en une infinie file de séquelles à la Insidious ou Paranormal Activity, vous l’aurez dans l’os. Suffit de voir les The Town that Dread Sundown et autres projets restés dans des tiroirs durant des plombes, faute d’être parvenus à motiver suffisamment le nabab pour qu’il daigne les lancer sur le marché. A ce niveau, s’il ne fut pas la mieux lotie des prods. du Blum puisque sortant directement en vidéo par chez nous, Curve (2015) bénéficia au moins d’une sortie en bonne et due forme. Mais pour les multiplex et la promotion coup de poing, le faiseur Ian Softley (K-Pax avec Kevin Spacey, La Porte des Secrets avec Kate Hudson) pourra toujours se brosser… En même temps, faut comprendre le pauvre Blum : non seulement Curve est un projet qui traine depuis 2007, mais en plus les stars jadis attachées à cette petite Série B sans prétention ont toutes finies par se faire la malle. Soit une Eva Mendez censée tenir le premier rôle féminin et un Matthieu Kassovitz un temps prévu à la réalisation et à l’interprétation. Mais le temps passant et les intérêts s’effritant, c’est donc à une nettement plus méconnue Julianne Hough, surtout populaire dans le milieu de la danse puisque juge dans Danse avec les stars en version ricaine et comédienne dans le Footloose de 2011, que reviendra l’envié statut de tête d’affiche.

 

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Et la Julianne, elle nous joue Mallory, jolie jeune fille parcourant les routes pour ramener à son époux sa voiture, le gaillard étant si occupé par son boulot qu’il n’a même pas pris la peine d’offrir à sa mariée une lune de miel digne de son nom. Le mariage prend donc l’eau et n’est pas loin de boire la tasse, au point que lorsque Mallory a quelques problèmes de moteur au milieu de nulle-part et se retrouve aidée par le beau et musculeux Christian (Teddy Sears, vu dans American Horror Story), elle se dit qu’elle pourrait bien le prendre en stop et aller s’offrir du bon temps avec le bellâtre dans un motel. Elle n’aura cependant pas le temps de sauter les pieds joints dans l’adultère, son futur amant étant bien évidemment un bon gros psycho des familles : d’abord poli et séduisant comme un ange tombé d’une romance avec Meg Ryan, le mecton se met soudainement à parler le Marc Dorcel en lui assurant qu’il a une bite si grosse qu’elle ne pourra jamais la caser dans sa petite bouche. Ca jette un froid, oui… Comprenant qu’elle a plutôt écopé d’un David Hess en puissance que d’un Hugh Grant au sourire charmeur, Mallory décide de balancer la bagnole dans le décor pour se débarrasser de son vil agresseur, devenu menaçant au point de sortir son petit canif. Mais alors que Christian est propulsé hors de la carlingue sans plus de dégâts que cela, Mallory se retrouve la tête en bas, la jambe calée entre la portière et le tableau de bord. Alors qu’il pourrait l’assassiner sans plus d’efforts, son agresseur décide de la laisser se démerder par elle-même, sans nourriture et bientôt sans eau…

 

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Si vous pensez avoir déjà vu Curve à de nombreuses reprises, avec tout de même quelques données différentes d’un film à l’autre, et bien vous avez foutrement raison ! Rien ne distingue en effet le travail de Softley de tous les survival/thrillers nous montrant quelques héros coincés dans un lieu anxiogène, avec quelquefois une menace extérieur les empêchant de mettre les voiles. Cujo, Buried, Frozen, Black Water, Instinct de Survie, 127 heures,… Les exemples ne manquent pas, et c’est encore pire lorsque l’on rajoute dans la barque les films d’auto-stoppeurs pas sympas comme The Hitcher, La Proie de l’Autostop ou le Hitcher in the Dark de la Filmirage, derniers clous dans le cercueil de l’originalité pour Curve. En gros, voilà un voyage dont on connait déjà tous les paysages et arrêts obligatoires : on va tenter de récupérer de l’eau de pluie, on va boire sa propre pisse, essayer de se nourrir avec les bébêtes nous passant sous la main, tenter de se couper un membre pour survivre, faire beaucoup de bruit dans l’espoir de se faire remarquer et, surtout, ruser pour ne pas se faire dézinguer par la menace au dehors. Du banal, oui, pour un script tenant tout de même plus du téléfilm de l’aprem que du long-métrage prévu pour casser la baraque. On se demande d’ailleurs ce qui a bien pu attirer Kassovitz dans un pitch au potentiel si faible (et pourquoi Jaume Collet-Serra s’est lancé dans sa production), car déjà trop élagué par une multitude de péloches aux principes similaires. Maintenant, cela ne signifie bien évidemment pas que ces 80 minutes passées la tête à l’envers avec la Miss Hough sont désagréables, et le temps passe d’ailleurs plutôt vite en sa compagnie.

 

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Mais voilà, ça ne va pas beaucoup plus loin malheureusement, et cette volonté de soudainement verser dans le home-invasion plus ou moins méchant (un type crucifié et torturé à la cloueuse, des vieux étouffés dans des sacs en plastoc) ne change pas grand-chose à l’affaire puisque, là aussi, on a la sensation d’avoir déjà assisté à tout ce cirque un bon paquet de fois. Bref, Curve, bien que plutôt bien shooté et assez sympatoche dans son genre, ne dépassera jamais le statut du « vu une fois et oublié deux semaines plus tard », la faute à une imagination en berne. Du coup, le DVD balancé chez nous par Universal, il vous sera plutôt conseillé de le choper à vil prix, voire en occasion, car il y a peu de chances qu’il revienne dans votre lecteur tous les mois… Notons tout de même un bonus intéressant puisque dévoilant un déroulement des évènements alternatifs, Mallory refusant de prendre Christian en route pour retomber dans ses filets d’une autre manière. Intéressant, mais toujours aussi tristement commun…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Ian Softley
  • Scénario: Lee Patterson, Kimberly Lofstrom Johnson
  • Production: Jason Blum, Jaume Collet-Serra
  • Pays: USA
  • Acteurs: Julianne Hough, Teddy Sears, Penelope Mitchell
  • Année: 2015

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