Video Violence

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Video Violence ! Toute la vie des loups radioactifs que nous sommes résumés en deux mots par Gary P. Cohen, ancien employé d’un vidéoclub qui s’est dit en 1987 que le boom de la VHS pourrait lui être aussi profitable en tant qu’artiste que derrière une caisse. Le résultat ? Du Torture-Porn avant que Jigsaw ne pousse les gens à se scier les guiboles et une plongée dans le snuff autrement plus graphique que celle que fera Nic’ Cage une dizaine d’années plus tard…

 

 

 

Si l’on schématisait grossièrement, on dirait que le petit monde du septième art se divise en deux catégories, avec d’un côté les plein aux as qui n’ont pas le plus petit début d’une idée et songent qu’il serait judicieux de renvoyer Sarah Connor dans les pattes du Terminator (non, les gars, ce n’est pas judicieux…), et de l’autre les types qui ont un sujet en or mais ont le larfeuille si troué qu’ils ne pourront jamais lui faire honneur. Avec un tournage à vitesse grand V et un montage fait en huit petites heures dans une station télévisée, avec comme épée de Damoclès le risque de se faire virer par un directeur de la chaîne peu heureux de découvrir que c’est un film d’horreur que l’on charcute à la va-vite sur son équipement, Video Violence appartient bien évidemment à la deuxième catégorie. Logique puisque Gary P. Cohen a, comme beaucoup de ses confrères de l’époque, tout simplement décidé de passer le pas sans plus de bagages que cela, se réveillant un beau matin en se disant « Moi aussi je peux le faire » avant de se procurer du matos et réunir ses connaissances pour tourner son petit Z rien qu’à lui. Ayant gagné son pain quotidien entre des étagères débordant de cassettes horrifiques, le mecton sait d’ailleurs fort bien qu’en ces saintes eighties, il n’est pas bien difficile de vendre tout et n’importe quoi à un public affamé au point de payer le prix fort pour de minuscules productions, aux frontières de l’amateurisme. Pas bien riche mais pas trop con non plus, Cohen estime qu’une petite mise en abyme du milieu permettra à son low budget (pour ne pas dire no budget) de se frayer un chemin jusqu’à la distribution professionnelle. Pas de bol, sur les huit distributeurs contactés, seuls deux montreront un intérêt pour Video Violence, dont la petite boîte Camp Video, qui soumettra tout de même au public Slime City et l’Evil Spawn de Fred Olen Ray. C’est pas la Paramount, mais pour un petit délire entre potes, c’est plus que suffisant…

 

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Se souvenant qu’une mère de famille lui demanda si le drame horrifique Poor Albert and Little Annie (1972) contenait des scènes de nudité avant de l’emporter en claironnant « Alors s’il n’y a pas de sexe mais juste de la violence, mes enfants peuvent le voir ! », Cohen décide de faire de cet attrait pour la brutalité la base de son méfait pelliculé. Ainsi, le pauvre Steven, gérant d’un vidéoclub d’une petite bourgade, se demande avec son employé pourquoi les habitants de ce petit patelin ne louent que des slasher bien gore. Et encore, si ce n’était que ça ! Un matin, en ouvrant boutique, les deux hommes découvrent qu’un de leurs membres a remis par erreur une VHS contenant… un snuff movie ! Stupeur et tremblement, voire carrément horreur lorsque Steven découvre le lendemain une nouvelle bande magnétique contenant cette fois le meurtre de son subordonné, étranglé dans le vidéoclub… Pas la peine de porter la gaine de Miss Marple pour tirer l’atroce conclusion : la population de ce petit coin paumé d’Amérique est constituée des cinéastes d’un genre nouveau. Lassé d’avoir la trouille en allant relever le courrier, préférant presque recevoir une facture salée à une nouvelle boucherie couchée sur bande, Steven décide de mettre sa femme dans la confidence et la pousse à enquêter à ses côtés…

 

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Disons-le tout net : s’il avait bénéficié de moyens décents, et par extension d’un casting et d’une réalisation professionnels, Video Violence aurait eu toutes les chances de devenir un petit classique des années 80, dans la même veine qu’un Dead and Buried par exemple. Mais voilà, avec cette dégaine de péloche de vacances tournée au caméscope, cette bande-son au clavier bontempi ou aux violons fatigués, et ces interprètes bien évidemment jamais passés par quelque cours de comédie que ce soit, la bataille était perdue d’avance et Sophie Marceau n’allait jamais monter sur scène pour dévoiler un téton avant de remettre une statuette dorée à Cohen. Le destin de Video Violence restera donc confiné à celui d’un carton humide débordant d’autres gros Z à la Cannibal Campout, dans lequel n’iront piocher que les nostalgiques du shot on video bien crado. Forcément un peu dommage tant Cohen passe à côté d’un vrai bon thriller tendu du slibard et potentiellement culte pour cause de misère absolue. Certes, en tournant dans un véritable vidéoclub, le bon Gary gagne quelques points en crédibilité, ce qui n’était pas gagné d’avance (surtout avec ce commissariat de deux pièces à peine). Mais il faut bien l’admettre : avec un peu plus de brouzoufs, le résultat aurait été tout autre, et il y a fort à parier que sa pessimiste conclusion aurait fait passer le 8mm de Schumacher pour un brave petit téléfilm à la Julie Lescaut. En même temps, il ne fait pas un pli que Cohen ne souhaitait pas franchement rejoindre les Hitchcock et autres maîtres du suspense, notre homme ayant de toute évidence moins échafaudé son histoire pour rendre hommage au cinéma paranoïaque que pour s’autoriser une visite aux abattoirs…

 

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Car en bon produit fait par un fan des Séries B pour des fans de Séries B, Video Violence sort le plat de viande saignante, se permettant des décapitations salissantes, des mains passant à la trancheuse, des bides éventrés et autres sévices du même ordre. Le plus souvent dans des caves, avec comme bouchers attitrés un rouquin hilare au rire agaçant et un moustachu ne manquant jamais de se montrer à la caméra… avec pour tout résultat un Steven partant dire à la police qu’on ne voit malheureusement jamais les visages des assassins ! Faut changer de lentilles, mon pote… C’est à la fois parce qu’il ne se rend pas compte que son œuvre pourrait viser plus haut, et par goût pour le trash qui laisse traces, que Cohen livre donc un Z supplémentaire, coincé quelque-part entre Snuff et 2000 Maniacs tout en disposant de sa personnalité propre. Prenante malgré des acteurs souvent à la rue (tout le monde joue comme des semelles mais le suspense fonctionne réellement), cette permission de retourner reluquer quelques jaquettes nucléaires parviendra à satisfaire les maniaques de l’exploitation sans le sou, heureux d’avoir leur petit fix de sang gluant et leurs têtes de mannequins roulant au sol. Pour ce qui est des autres, évidemment…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Gary P. Cohen
  • Scénario : Gary P. Cohen, Paul Kaye
  • Producteur: Ray Clark
  • Pays: USA
  • Acteurs: Art Neill, Jackie Neill, Bart Sumner, Uke
  • Année: 1987

 

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