Le Cri de la Mort

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On connaissait le gothique à la britannique via les bons soins de la Hammer, on se vautrait dans celui à la bolognaise avec la clique des Bava, Freda et compagnie, et on ne niait certainement pas celui à l’américaine forgé par ce bon vieux Roger Corman. Par contre, on oublie souvent qu’au Mexique aussi on sait marcher sur les traces de Terence Fisher, ce que ce perçant Cri de la Mort vient rappeler à dos de canasson.

 

 

Fernando Méndez fait partie des secrets les mieux gardés du cinéma fantastique : malgré une filmographie conséquente, le Mexicain reste coincé dans le parterre du méconnu, comme tout un pan du septième art local. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir dragué les amoureux des monstres au fil de ses Le Monstre sans Visage (1956), Les Proies du Vampire (1957) ou Le Retour du Vampire (1957), mais il en est ainsi du bis exotique, voué à rester dans l’ombre de nations dotées de meilleures distributions. Pourtant, en livrant avec Le Cri de la Mort (1958) l’un des premiers films d’horreur colorisés du pays, Méndez avait de quoi devenir une gloire autre que locale… Il n’en sera bien évidemment rien, et si Bach Films ne s’était pas intéressé à son cas via sa collection Les Films cultes du cinéma mexicain, il y a de grandes chances pour que toute une génération serait passée à côté de ce El Grito de la Muerte. Faut dire que contrairement aux Italiens qui eurent le flair d’embaucher quelques stars mondiales comme Boris Karloff ou Christopher Lee, le pauvre Fernando n’a pas franchement le larfeuille assez garni pour se permettre de faire appel à du Price ou du Cushing, et peut-être même pas à du John Carradine, forçant la production (Alameda Films) à se rabattre sur des vedettes latines souvent issues de milieux étrangers au cinoche. Comme la chanteuse de cabaret Maria Duval, plus tard à l’affiche de Superman contre les femmes vampires (1962), ou surtout Gaston Santos, fils d’un riche homme politique du coin et surtout l’un des meilleurs toreros (si l’on traduit en français, ça veut dire « trou du cul ») de sa génération, un temps passé devant les caméras pour également truster les grands écrans. Evidemment, c’est le bonhomme que l’on verra porter le chapeau du valeureux héros, parti chasser la morte-vivante pleureuse…

 

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Une revenante qui chiale ? Oui, et aussi bizarre que cela puisse paraître, cette figure fantomatique se lamentant sur son triste sort fait partie des légendes les plus connues de la région, étant aussi connue que les suceurs de sang dans les pays de l’Est. Evidemment, lorsque Gaston entend parler de meurtres étranges commis par le spectre hurlant d’une femme décédée parce que ses marmots se sont noyés dans un marécage, notre cowboy ne peut résister à l’envie de foutre son nez dans ce qui ne le regarde pas. Véritable Sherlock Holmes des plaines aux cactus, le bellâtre comprend bien vite que de créature fantasmagorique il n’y a point, tout ceci n’étant qu’une vaste arnaque visant à éliminer les membres d’une riche famille pour s’emparer du pactole et pouvoir sonder tranquillement des marais cachant peut-être un peu d’or… Du Scooby-Doo avant l’heure, en somme, et s’il n’y a ici pas de chien peureux, on a tout de même une fine équipe constituée du beau et courageux Gaston évidemment, de son Jolly Jumper plus malin qu’un homme et d’un side-kick moustachu aussi benêt que fainéant, le bonhomme n’aspirant qu’à passer une bonne nuit de sommeil sans interruptions. Et bien évidemment, il y a les monstres, soit des vieilles mères ou tantes sortant si souvent de leurs tombes que les locaux ont fini par placer des alarmes dans les cercueils de pierre (bonne trouvaille scénaristique que celle-ci, d’ailleurs). Bien sûr, petit budget oblige, nos zombiettes sont bien loin d’avoir des maquillages dignes des plus belles balafres de Tom Savini : un teint de ciment fatigué ou de vieux trottoir suffira bien pour faire frémir les foules en cette fin des années 50. Et s’il est évident que ce sont des actrices que l’on verra incarner ces mégères venues serrer quelques glottes, on nous fera tout de même croire en fin de parcours que tout cela n’était qu’un bête costume porté par un vrai bonhomme ! Une habitude pour ce fin limier de Gaston, lui qui prouvait déjà un an plus tôt qu’il n’y avait aucun cousin du Gillman mais bel et bien un imposteur dans Le Monstre du Marécage

 

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D’ailleurs, vrai monstre ou fausse gloumoute, peu importe puisque le résultat est le même : Méndez se fait plaisir en filmant ces sorcières en train d’arpenter des couloirs mal éclairés, et s’offre même quelques poussées gore via une paire de visages griffés et un cadavre judicieusement planqué dans une cheminée. Presque méchant pour une petite bisserie tentant du reste d’être aussi populaire que faire se peut, au point de bouffer un peu à tous les râteliers. Ainsi, en plus de l’humour bien évidemment distillé par le compagnon de notre héros, sans cesse dérangé alors qu’il tente de roupiller tranquille sur un ballot de paille, on aura les obligatoires rixes dans un bar et échanges de coups de feu près d’un cabanon, histoire que les amoureux de John Wayne retrouvent leurs petits aussi dans Le Cri de la Mort. Un peu trop fourre-tout, le bordel ? Pas vraiment, cette variété de tons apporte au contraire quelques changements de rythme bienvenus : ainsi, lorsque l’aspect épouvante s’embourbe un peu, une bonne petite bagarre entre types portant les santiags vient rompre la monotonie. Et lorsque le côté western devient un peu trop envahissant, on retourne fort logiquement à notre effroi des familles en assistant à de nouveaux étranglements d’innocentes victimes. Alors non, cette histoire de fantômes latins ne risque pas de faire changer d’avis Trump quant à son envie de bâtir son fameux mur, n’empêche qu’elle se trouve être un divertissement plus qu’honnête, parvenu à être dépaysant tout en suivant à la lettre les règles du gothique à l’anglaise. Belle performance, l’un dans l’autre, et quelques beaux moments à la clé. C’est déjà pas mal…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Fernando Méndez
  • Scénario : Ramon Obon
  • Producteur: Alameda Films
  • Titre: El Grito de la Muerte
  • Pays: Mexique
  • Acteurs: Gaston Santos, Maria Duval, Pedro de Aguillon, Carlos Ancira
  • Année: 1958

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