Comtesse Dracula

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La Hammer, c’est pas tout à fait comme Jacquie et Michel, du coup lorsqu’ils filment une demoiselle aux gros obus en train de prendre son bain, celle-ci est bien évidemment une aristocrate démente se shampouinant dans le sang de jeunes vierges. C’est sûr, c’est autre-chose que de se branler avec le pommeau d’une douche de chez Formule 1

 

 

 

C’est pas que l’envie de taper dans la psychologie de comptoir soit forte dans le coin, et vous connaissez d’ailleurs la maison : on est plutôt du genre à s’allonger dans une montagne de canettes vides que sur le fauteuil d’un toubib du cervelet. N’empêche qu’il est bien dur de ne pas jouer les psychiatres du dimanche lorsque l’on découvre que c’est précisément sur le cas de la Comtesse Bathory – connue pour avoir combattu ses rides à l’aide de l’hémoglobine de de jouvencelle – que se pencha la Hammer alors qu’elle tentait, elle-même, de retarder son admission à l’hospice du fantastique. Sans aller jusqu’à dire que la firme anglaise était ringardisée par l’arrivée des Romero et consorts, force est de reconnaître que les petits jeunes poussaient le studio à prendre sa retraite. Une riposte était donc plus que nécessaire, et pas dupe du changement des mœurs et des envies de son public, l’antre gothique se devait donc un recalibrage, misant dès lors plus sur le gore que par le passé, tout en arrachant les robes de ses comédiennes pour soulever quelques caleçons. D’ailleurs, puisque les Peter Cushing et Christopher Lee ont déjà été trop utilisés et n’ont plus grand-chose de neuf à apporter, tout le monde est bien d’accord pour miser sur un premier rôle féminin : non seulement ça change, mais en plus ça fera monter la température et aidera à remplir les salles. La James Bond Girl Diana Rigg préférant éviter les tombes poussiéreuses, c’est Ingrid Pitt qui ira se baigner dans un bassin plein de caillots pour le bien de Comtesse Dracula (1971), sur lequel Alexander Paal jette son dévolu en tant que producteur et scénariste. Et ce après avoir découvert un article revenant sur le cas Bathory, un texte ayant eu son petit effet auprès de ses lecteurs. Eh oui, pour s’assurer d’être en phase avec son époque, la Hammer n’hésitait pas à aller déterrer l’inspiration dans les journaux, leur Dracula 72 étant lui aussi tiré d’une rumeur voulant qu’un vampire rôdait dans les rues londoniennes…

 

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Reste que si c’est dans les faits historiques que partent puiser les Anglais, les Hongrois Peter Sasdy et Paal voyant d’ailleurs là une bonne occasion de se pencher sur les légendes de leur terre d’origine, ils ne tiennent pas non plus à transformer leur petit film d’horreur en une fidèle biographie de la plus célèbre des meurtrières slovaques. On reprend le principe, certes, mais on brode le reste, faisant d’Elizabeth Bathory (Ingrid Pitt donc) une vieille dame en plein veuvage, accueillant dans son château tous les héritiers de son défunt mari. Dont un certain Imre Toth (Sandor Elès de L’Empreinte de Frankenstein), jeune et fringuant fils de l’un des meilleurs amis de son époux, auquel sera légué tous ses chevaux. Séduisant et galant, le bel homme tape dans l’œil d’une Elizabeth se sentant soudainement des envies de cougar affamée. Mais avec son air de pomme pourrie et son évidente méchanceté (plus tôt, elle a laissé son attelage passer sur un paysan, tué sur le coup), la noble n’a guère de chances de tirer l’éphèbe dans son lit à baldaquin, la forçant à se contenter de son amant de toujours, le Capitaine Dobi (Nigel Green du Masque de la Mort Rouge). Mais dans une habituelle poussée de cruauté, la vioque brule la main de l’une de ses bonnes et lui lacère la joue, laissant le sang gicler sur sa propre face. Et surprise, le contact entre l’épiderme et les globules rouges font l’effet d’une bonne crème Diadermine, donnant à Bathory l’idée de plonger son corps entier dans la sève écarlate des prostituées, gitanes et souillons de la région. Et pour justifier son corps lisse, elle se fait tout simplement passer pour sa fille Ilona, que personne n’a vue depuis une bonne dizaine d’années, en l’enfermant dans la cabane d’un garde-chasse simplet. Parvenant à séduire Imre, elle s’attire également les foudres de la jalousie de Dobi…

 

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En somme, nous voilà conviés à un triangle amoureux aux angles écharpés, le naïf soldat Toth tombant dans les fils de l’araignée Bathory tandis la tarentule Dobi rumine dans son coin, apportant à sa maîtresse, dans tous les sens du terme, quelques ribaudes loin d’imaginer qu’elles étaient payées pour faire un don du sang. Oubliez donc les suceurs de nuque sortant de leur caveau une fois la lune au firmament : si Countess Dracula a bien évidemment un pied dans le fantastique suite à la capacité qu’à son premier rôle à revenir dans ses vertes années, la Hammer tournait pour le coup le dos à ses thèmes typiques. Alors évidemment, le décorum reste le même, les murs étant toujours enlacés par le lierre tandis que les corbeaux croassent dans les vieux cimetières lors des enterrements. Mais si les ornements gardent ce goût de vieille pierre usée, Peter Sasdy (Une Messe pour Dracula, La Fille de Jack l’Eventreur) quitte progressivement la couchette de l’épouvante pour mieux se glisser sous la couette du drame glauque et malsain. Guère d’efforts sont en effet consentis pour tenter de faire de la comtesse une figure iconique et démoniaque comme Dracula ou la créature de Frankenstein en leur temps, d’une part parce que contrairement à ces légendes qui n’apparaissent généralement qu’aux moments les plus propices, elle est omniprésente et le spectateur s’habitue immédiatement à sa présence. D’une autre parce que Sasdy ne compte pas trop en faire au niveau des meurtres : s’il scrute tout de même l’enfoncement d’une aiguille dans une jugulaire dont l’ouverture occasionne une giclée de sang sur l’objectif, il s’accommodera, du reste, de découvertes de cadavres planqués derrière des barils et ou dans les commodes. En somme, les gros effets restent à la niche pour que l’accent soit mis sur un suspense reposant entièrement sur l’humain et non plus sur une menace paranormale se penchant sur des demoiselles en peine. Trop absente d’un récit dans lequel elle n’écope que d’un rôle utilitaire, Ilona ne peut en effet guère prétendre au statut de princesse en détresse, tandis que si Imre doit faire face à un monstre, c’est l’un des plus faibles du cinoche gothique, d’autant qu’il en pince pour sa petite gueule.

 

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L’intérêt est donc ailleurs, à savoir comment Elizabeth pourra bien faire pour ne pas attirer les soupçons sur elle quant aux disparitions de jeunes demoiselles, elle qui vit au milieu du village, à tous les yeux scrutés sur elle et dont les domestiques commencent à se poser des questions. Plutôt atypique au sein de la Hammer, qui nous avait de plus habitués à des récits plus binaires, avec d’un côté le Bien (les bons croyants, des savants ou archéologues en quête de connaissances) et de l’autre le Mal (vampires, démons et autres saletés échappées de l’enfer). Bathory contient pour sa part les deux en elle, étant aussi bien capable d’être une cruelle vipère plantant ses crocs dans autrui pour en extraire toute vitalité, que d’être une vieille femme profondément peinée par son entrée dans le troisième âge, ainsi qu’une amoureuse transie se sentant comme une adolescente lorsqu’elle retrouve son bien-aimé. Difficilement détestable (sa fragilité lorsqu’elle est une vieille dame usée la rend touchante), impossible à aimer (la voir toute guillerette pour quelques heures de jeunesse alors qu’elle réduit en miettes des existences entières rend bien évidemment mal à l’aise), le personnage d’Ingrid Pitt trouble et se hisse dès lors parmi les plus marquants de la Hammer. Merci l’actrice ? Oui, mais les lauriers iront surtout aux comédiennes la doublant, principalement sa voix de vieille mégère, au timbre parfait et permettant justement de faire passer des émotions que l’on n’aurait pas perçues chez la belle Ingrid. Et tant pis si celle-ci n’apprécia pas l’outrage, au point de ne plus vouloir adresser la parole à Sasdy : c’est pour le bien d’un Comtesse Dracula qui peut également compter sur un Nigel Green impeccable. Au point que l’on comprend que Sasdy se désintéresse de Sandor Elès, bellâtre comme le cinéma n’en a que trop vu, pour se pencher sur la psyché de cet étonnant capitaine, à la fois fou amoureux d’une Bathory dont il accepte le teint cassé, mais suffisamment fier pour ne pas se venger de ses infidélités en manigançant dans son dos. Le film aurait d’ailleurs fort bien pu se passer des seconds rôles, seulement là pour rallonger la durée du film, tant seuls comptent réellement les amants maudits Dobi et Bathory, faits l’un pour l’autre mais incapables d’être ensembles.

 

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Rajoutez à l’affaire une réalisation particulièrement élégante (ces plans dans la bibliothèque !) d’un Peter Sasdy qui ne méritait pas de rester dans l’ombre d’un Terence Fisher contre lequel il n’aurait pourtant pas été perdant d’avance, et vous avez une œuvre injustement sous-estimée de la Hammer. Difficile il est vrai de profiter en 71 du même engouement que celui qui fut offert à des œuvres datant de la fin des années 50, et Comtesse Dracula vient poser ses canons sur le champ de bataille alors que l’ennemi s’est carapaté depuis belle lurette. Mais que ce retard ne vous aveugle pas quant à la réelle qualité de cette romance lugubre : elle mérite bien de se placer au même niveau que certains indispensables de la firme, et vaut même mieux que certains… Du coup, aucune raison de ne pas mettre son bonnet de douche et plonger aux côtés de la belle Ingrid pour lui frotter un peu le dos avec le combo Blu-Ray/DVD, sorti voilà une paire d’années chez Elephant Films !

Rigs Mordo

Merci à Pascal !

 

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  • Réalisation : Peter Sasdy
  • Scénario : Jeremy Paul, Alexander Paal
  • Producteur: Alexander Paal
  • Titre: Countess Dracula
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Ingrid Pitt, Nigel Green, Sandor Elès, Maurice Denham
  • Année: 1971

6 comments to Comtesse Dracula

  • Roggy  says:

    Excellent chro l’ami (et notamment ton intro qui m’a fait bien rire) pour cet Hammer qui change un peu des canons de la firme. Faudrait d’ailleurs que je le revoie…

  • Pascal GILLON  says:

    Top chro, as usual, pour un film trop sous estimé et auquel tu rends justice comme il se doit. Bon, tu viens me frotter le dos ?

  • Pascal GILLON  says:

    Euh…J’ai piscine…

  • freudstein  says:

    bon film, mais je préfère « vampire lovers »beaucoup plus,comment dire,érotique….

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