Le Complexe de Frankenstein

Category: Documentaires Comments: 3 comments

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Après avoir emprunté ses pots de pâte à modeler à Ray Harryhausen, voilà que Gilles Penso (L’Ecran Fantastique) et Alexandre Poncet (Mad Movies) partent piquer les jouets de grands enfants comme Rick Baker, Steve Johnson, Phil Tippett ou Greg Nicotero. Autant dire qu’avec ces amis des monstres comme fournisseurs, on est loin de jouer à la Barbie…

 

 

 

Vous vous êtes toujours demandé quelle huile le Terminator se versait dans les articulations pour craquer un peu moins lorsqu’il course la famille Connors ? Quelle est la part de numérique et d’animatronique dans les gros reptiles que Spielberg lâche sur Sam Neil et Jeff Goldblum ? Rob Bottin s’était-il rasé pour fournir la fourrure utilisée pour créer les loups-garous de Joe Dante ? Cessez donc d’envoyer du courrier à tout le gratin d’Hollywood pour obtenir ces précieuses réponses à vos questions, elles se trouvent toutes, ou presque, dans Le Complexe de Frankenstein, documentaire faisant suite au Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux et laissant donc la plasticine et le papa des créatures de Jason et les Argonautes de côté pour se concentrer sur… ben à peu près tout le reste, en fait ! Après tout, pourquoi se contenter de passer à une nouvelle et unique technique lorsque l’on peut s’offrir 100 minutes d’artisanats divers et variés, passant de la stop-motion aux maquillages, de l’animatronique aux CGI ? C’est en tout cas le défi que se donnèrent Gilles Penso et Alexandre Poncet, qui profitèrent de la tournée faite pour montrer leur hommage à Harryhausen pour filmer, ça et là, quelques entretiens avec les acteurs les plus importants des effets spéciaux du cinéma fantastique. Et du beau monde fut bien évidemment convié, que ce soit via quelques réalisateur comme Joe Dante, cette pile électrique de John Landis, Guillermo Del Toro, Kevin Smith, Christophe Gans ou Mick Garris ; ou via une ribambelle de concepteurs de sfx, comme on dit. Soit, dans le désordre et sans volonté de citer tout le monde, un Steve Johnson (Ghostbusters) que l’on comparera volontiers au Tony Stark de Robert Downey Jr., Phil Tippett (Robocop), Greg Nicotero (The Walking Dead), Rick Baker (Le Loup-Garou de Londres), Tom Woodruff Jr. (la saga Alien), Chris Walas (Gremlins) ou encore les frères Chiodo (Killer Klowns from Outer Space). Dans le genre joli casting, ça se pose là…

 

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Et si tout ce beau monde est réuni dans un double-DVD désormais édité chez Carlotta, c’est avant toute chose pour se pencher sur leur fameuse tendance à jouer les baron Frankenstein en donnant vie à des bestioles que vous ne risquez pas de trouver au zoo de Vincennes. Un besoin de procréer que certains compareront d’ailleurs à une maternité au masculin, philosophant légèrement sur cette paternité monstrueuse, alors que d’autres seront plutôt dans le factuel et dresseront une historique de l’évolution de cet art. En partant bien évidemment des maquillages hallucinés de Lon Chaney ou du gros singe de Willis O’Brien, pour sauter jusqu’aux marionnettes des Gremlins et ensuite en venir à la révolution numérique. L’occasion pour certains d’essuyer quelques larmes sur leur sort, Tippett découvrant avec Jurassic Park qu’il faisait pour sa part partie des dinosaures, et pas de ceux qu’Hollywood se pressera à ressusciter à la mode John Hammond, tandis que Stan Winston (qui parle à travers les souvenirs de son fiston) regrette que l’énorme travail effectué sur les vélociraptors passe à la trappe face au boulot des animateurs coincés derrière leur clavier. Reste que si certains pleurent cette mode du « tout au pixel », d’autres tempèrent un peu et rappellent que ce sont eux aussi de véritables artistes, à l’œuvre à la souris pour donner vie à tout un nouveau bestiaire, et tous s’accordent à dire que le mélange des procédés est encore la meilleure des solutions. Ennemis du tout digital, ne cherchez donc pas ici une diabolisation, elle ne vient jamais, même si les vieux de la vieille ne sont bien évidemment pas venus pour faire de cadeaux et rappellent que le Yoda de la première trilogie des étoiles avait plus de gueule que son pendant sautillant des préquelles…

 

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Alors c’est sûr, ceux qui en ont lu et vu sur le sujet n’apprendront pas nécessairement grand-chose, les habitués des entretiens carrière de Mad Movies notamment, mais ils pourront au moins découvrir les ateliers de leurs idoles, tandis que les petits jeunes auront un guide quasiment parfait de la montée en puissance des effets à travers les âges. « Quasiment parfait » parce que l’on aurait tout de même aimé que ne soient pas oubliés les quelques artisans de la Série B des années 50 comme Paul Blaisdell, ou même quelques gaillards bossant sur des productions plus fauchées comme John Carl Buechler ou quelques Italiens, sacrifiés pour laisser plus de place à quelques personnalités certes plus connues, mais pas forcément plus intéressantes (Kevin Smith, notamment). Mais on pinaille : toute personne s’intéressant de près ou de loin à l’assemblage d’extra-terrestres à tête de zob ou au tressage de dreadlocks des Predators y trouvera son compte, d’autant plus qu’un DVD bonus fut ajouté permettant de nouvelles rencontres (Kevin Yagher et ses anecdotes, déjà présentes dans Mad Movies, sur les Freddy). Bref, Carlotta fournit, comme à l’accoutumée, du boulot qui ne laisse pas passer la fringale !

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Gilles Penso, Alexandre Poncet
  • Pays: France
  • Année: 2017

3 comments to Le Complexe de Frankenstein

  • Mighty Matt  says:

    T’as bien résumé la chose. Super intéressant sans être un coffre au trésor qui regorge d’infos ultra confidentielles… On sent aussi un peu un consensus forcé autour des CGI (certains « anciens » serrent quand même les dents dans leurs interviews). Sinon on est d’accord, John Carl Buechler grand absent du carnaval ! Surtout que le bougre, même s’il s’est calmé, est loin d’être inactif. Bref, on apprend en effet pas forcément des tonnes de trucs quand on est un monster maniac mais force est de constater que ce très joli documentaire (moins touchant que celui sur Harryhausen tout de même) tape là où il faut et que chaque visionnage me donne envie de tout plaquer pour m’inscrire à l’EI Makeup School, La Makeup Academy ou la Cinema Makeup School…

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