Surgikill

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Le regretté Andy Milligan étant connu pour son humeur de doberman enragé et ses fréquentes maltraitances envers ses acteurs, à plus forte raison s’ils étaient de sexe féminin, on ne s’étonnera pas que le service laisse à désirer dans la clinique Surgikill, plus d’un patient s’y faisant écharper !

 

 

 

Si Andy Milligan était devenu une figure inoubliable du cinéma grindhouse, le vrai, avec ses fauchés et étranges Guru, The Mad Monk, The Ghastly Ones ou Torture Dungeon, il était aussi un petit filou. Du genre à empaqueter plus ou moins bien Surgikill, certes doté d’une cover torchée en cinq minutes par un élève manchot des Beaux-Arts, mais aussi et surtout garni d’un titre sonnant si bien qu’il est de nos jours repris par le groupe de death metal de Billy Nocera, à qui l’on doit tout de même la revue Evilspeak. Seulement voilà, derrière ce blase promettant monts de mucus et merveilles goreuses se cache en vérité une comédie renvoyant autant à Benny Hill qu’aux pires épisodes de Police Academy. Pas vraiment une idée de Milligan lui-même d’ailleurs, ce bisseux pur-sang ayant été embauché par un producteur souhaitant offrir la célébrité à son épouse en lui offrant le premier rôle dans un long-métrage. Pour le coup, c’est raté de chez merdé, Surgikill n’étant connu d’à peu près personne, si ce n’est des fans du moustachu Andy. Et encore, ceux-ci reconnaissent généralement que le dernier film de leur idole est aussi son plus mauvais, la faute sans doute au fait qu’il ne fut qu’une pièce rapportée au projet, embauché pour placarder sur cette horrible affiche un nom à peu près connu (ce qui est diablement relatif lorsque l’on cause d’une personnalité comme Milligan, jamais sortie des marais du Z). Du coup, il ne scénarisa même pas cette virée aux urgences d’une clinique loufoque, le taf’ revenant à un Sherman Hirsh reconnaissant tout d’abord que Milligan fut le mauvais cheval pour une production prenant les formes d’une vaste blague, tout en ajoutant que son script initial fut largement réécrit et qu’il n’en reste plus grand-chose à l’écran…

 

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Il est d’ailleurs assez logique que Hirsh tente de prendre ses distances avec le film tel qu’il est désormais visible, de nous la jouer « j’avais monté une bombe et on l’a transformé en pétard mouillé » tant Surgikill se vautre lamentablement dans toutes ses tentatives. Ainsi, en tant que film d’horreur, il ne vaut pas un pet de dindon, ce petit slasher voyant un maniaque se déguiser en chirurgien pour liquider quelques patients ne pissant pas bien loin, faute de budget. Alors oui, un junkie perd ses intestins parce qu’il fut mal recousu, un docteur se fait démembrer, un type bedonnant se ramasse un hachoir dans le crâne et une bonne femme explose carrément, ses entrailles éclaboussant les blouses blanches l’entourant. Mais non seulement les effets ne dépassent jamais le stade du « Mon boucher m’a confié ses restes », mais en plus c’est bien tout, le reste des sévices se faisant sans effusion sanguine. Il faudra dès lors se contenter de pendaison, d’étouffement à l’oreiller, voire même de tueries se déroulant hors du cadre, comme un sexe tranché au rasoir. Heureusement que le bodycount nous pète tout même un score satisfaisant de 14, car sinon on était bon pour repartir à la pharmacie du Dr. Rictus pour avoir notre dose, le palliatif Surgikill ne faisant guère d’effets. Pas même de ceux de la catégorie indésirables, comme par exemple nous refiler soudainement un humour daubé, ce qui pourtant nous aiderait bien à passer outre un sens du comique aussi daté que pénible…

 

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On l’avait vu dans ses péloches précédentes, et ceux qui ont pu travailler à ses côtés comme Hirsh le confirment : Milligan n’y comprenait pas grand-chose à la comédie et ne devait sans doute pas rire souvent. Il faut dire que très malade (le sida…) et véritable survivant d’une existence tourmentée, le Andy n’avait pas de quoi se fendre la poire tous les jours. Du coup, lorsqu’il doit inventer quelques gags pour amuser la galerie, notre auteur ne sait trop que faire et se contente de pousser ses infirmiers à imiter Donald Duck, de les faire se rentrer dedans sans cesse alors qu’ils trimballent de l’urine, bien sûr renversée partout, et ordonne à tout ce beau monde, déjà pas franchement des acteurs de la trempe de Jack Nicholson, à verser dans le surjeu constant. En résulte une ambiance hystérique, renvoyant les films des ZAZ (pas la chanteuse au timbre insupportable hein, les potes de Leslie Nielsen) au grade de sinistres intellos. Point de recherches ici-bas, on en reste aux vieux pets des familles, à des gags éculés que même Laurel et Hardy auraient trouvés vieillots lors de leurs vertes années. D’ailleurs, un sosie de Hardy débarque à un moment donné, sans que l’on comprenne réellement en quoi cela est réellement fendard au-delà de l’évident clin d’œil…

 

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Rajoutez par-dessus ce marasme une réalisation inefficace et faite à la va-vite, dont les pervers dans notre genre loueront tout de même l’aspect cheap et vidéo rappelant les belles années de la VHS (c’est d’ailleurs le seul argument que Surgikill peut avoir en sa faveur). Difficile à reluquer sans soupirer et trop léger question horreur, ce pure accident industriel est peu recommandable et risque fort de vous paraître aussi ennuyeux qu’une véritable journée dans les froids couloirs d’un hôpital, à attendre qu’un médecin accepte de vous retirer vos hémorroïdes. Et il n’est pas dit que celles-ci soient plus douloureuses que Surgikill, triste fin de carrière d’un Milligan qui décédera deux ans plus tard et finira dans la fosse commune, ses proches n’ayant pas eu les moyens de lui offrir une fin décente…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Andy Milligan
  • Scénario : Sherman Hirsh, Andy Milligan, Sid Caplan
  • Producteur exécutif: John Van Harlingen
  • Pays: USA
  • Acteurs: Bouvier, Doug Eames, Dan Foster-Jones, Michael Lunsford
  • Année: 1989

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