Resurrection

Category: Films Comments: No comments

resucteaser

Alors que toutes les fêtes ont droit à leur film d’horreur les tournant au macabre comme Halloween, Vendredi 13 et la Saint Valentin, Pâques ne possède pas de slasher qui lui est attribué. Un lapin tuant ses victimes à coup d’œufs en chocolat ça serait cool… Jusqu’à ce que quelqu’un s’y colle, on devra se contenter de l’ami Totophe.

 

Pauvres Christophe Lambert et Russel Mulcahy… Sacralisés dans les années 80 pour Highlander (le premier comme acteur principal, le second comme réalisateur), tous deux ont chutés d’années en années, perdant de leur superbe à chaque décennie qui passe. Si Lambert fut dans les années 80 une valeur sûre du cinéma via Greystoke ou Subway, les années 90 l’ont vu descendre dans la série B via des petites bandes tantôt sympathiques (Fortress), tantôt risibles (Beowulf). Les années 2000 ne seront pas plus tendres avec lui, Vercingétorix finissant de mettre l’acteur à genoux. Il rebondira quelques années plus tard, menant de front trois carrières assez différentes: celle d’acteur de film d’auteur (Janis and John), guest de luxe pour des grosses productions (Ghost Rider 2) et acteur dans des séries Z (Day of Wrath). Pareil pour Russel Mulcahy qui, après avoir offert un excellent film d’horreur animalier (Razorback) et connu le succès avec Highlander, il retournera très vite dans la série B (Ricochet, Tales of the Mummy) avant de faire le yo-yo dans les années 2000, passant de grosses productions (Resident Evil Extinction) à des direct-to-video (Le Roi Scorpion 2), sans oublier quelques téléfilms… De stars, l’un est devenu un acteur considéré comme has-been, l’autre un simple faiseur… Pourtant, les deux ont commis un petit thriller pas dégueu et aujourd’hui un peu oublié…

 

resuc1

 

Nous sommes en 1999 et le succès de Seven quelques années plus tôt laisse encore des traces. Les films tapant dans le même style « serial-killer dégueulasse » commencent à arriver, genre The Bone Collector. Christophe Lambert, qui n’est pas plus con qu’un autre malgré ce qu’on essaie de nous faire croire, se ramasse un jour une idée, qu’il s’empresse de coucher sur le papier. Cette idée c’est celle d’un tueur en série qui découpe les membres de ses victimes pour reconstituer le corps du Christ pour Pâques. Les œufs en chocolat planqués dans le jardin, c’est plus tendance, dorénavant il faut reconstituer le corps de Jésus pour être dans le coup. Une fois le scénario écrit, qui pour le réaliser ? Son vieux pote Russel Mulcahy, qui le fit entrer dans la légende dans Highlander, pardi. Le tournage ? Il se fera un peu partout, principalement à Toronto mais aussi à Chicago ou encore en Louisiane. Un tournage qui prend des bouts ici et là, un peu comme le Number Killer que le film met en scène, ce dernier laissant des chiffres romains sur le corps de ses victimes. L’inspecteur John Prudhomme (drôle de choix pour un nom), incarné par l’immortel Totophe, se charge de l’enquête et met un point d’honneur à arrêter ce cinglé, sachant qu’il n’a que trois semaines pour le stopper.

 

resuc2

 

On ne va pas se mentir, nous sommes clairement dans un décalque de Seven. Que ce soit les motivations et l’intelligence du tueur, le coté froid de Christophe Lambert qui contraste avec les vannes de son coéquipier (rappelant la relation entre Morgan Freeman et Brad Pitt par moment), le fait qu’il pleuve comme vache qui pisse et l’aspect résolument gore et craspec (on retrouve quand même un mec décapité alors qu’il est sur les chiottes), on est clairement face à une photocopie du chef d’œuvre de David Fincher. Et c’est bien connu, quand on photocopie, on y perd toujours un peu en qualité, en couleur. Il serait donc ridicule de tenter de comparer les deux films, ce serait peine perdue tant Seven surpasse son petit frère, des pieds à la tête.  D’autant que Resurrection est blindé de défauts qui vous sautent aux yeux les uns après les autres, faisant du film une cible facile pour les spectateurs, qui ne se gênent pas pour lui attribuer des notes pourries sur la plupart des sites permettant de aux internautes de donner leur avis.

 

resuc3

 

Et on peut comprendre, dans un sens, car Resurrection tend souvent le bâton pour se faire battre. Piquer tant d’éléments à Seven ne se fait pas sans heurt… Reprendre quelques idées, passe encore, mais la structure… Les dialogues de Totophe rappellent ceux de Morgan Freeman et la scène de poursuite entre le tueur et les flics n’est pas sans rappeler celle où le pauvre Brad Pitt manque de se faire tuer par John Doe. Difficile pour le spectateur de pardonner de telles décalcomanies. Et d’autres défauts viendront le conforter dans son sentiment… Christophe Lambert, par exemple. Il n’est pas réellement mauvais mais n’a pas énormément de mérite non plus puisque son personnage ne sourit jamais. Et lorsqu’il exprime des sentiments, difficile de ne pas rire. Ses « Nooon! Nooooon! Nooooooooon! » lorsque quelqu’un se fait tuer sont très drôles alors qu’ils devraient nous émouvoir un minimum. Même chose lorsqu’il pense à son fils mort en regardant un hamac, disant tout bas « Tu veux jouer mon bébé ? ». Comment vous voulez ne pas rire en voyant ça ? Car ouais, j’ai oublié de le préciser mais son fils est mort. Comme un con d’ailleurs. Alors qu’il faisait du vélo tranquillement, un mec à roller rentre dans Totophe, qui tombe au sol. Du coup le bambin continue sa course en direction de la route. Totophe se relève mais comme ce jour-là il a chaussé ses pompes en ciment, il n’arrive pas à le rattraper et fait même une chute (une peau de banane, sans doute). Bien entendu, le temps qu’il se relève, le bambin a déjà roulé une pelle au pare-choc d’une bagnole. Ce qui laisse notre Totophe dans la déprime et rend toute communication avec sa femme impossible.

 

resuc4

 

Le film verse donc dans une certaine déprime, déjà qu’il fait un temps de merde… Mais bizarrement, il y a dans ce film un grand nombre de blagues. Oui, des blagues, genre Carambar. Car le coéquipier du Highlander aime plaisanter, larguant des vannes qui ne font rire que lui. Mais personne n’est dupe, il est très clair que tout cela est une tentative de rendre le film plus complet. Assez court pour un film de serial-killer (1h40), le film essaie de se construire un monde tangible, complet, le plus rapidement possible. Car entre les meurtres, la relation de Totophe avec sa femme, celles avec ses coéquipiers et les questionnements sur sa foi (avec David Cronenberg en curé, en prime), il y a de quoi faire. Mais bizarrement, cela ne rend pas le film plus dense. Toutes ces intrigues cohabitent mais ne semblent se mêler que superficiellement, sans réelle harmonie. Idem pour la gestion du temps qui passe. Le film se déroule sur plus de trois semaines mais parait se dérouler en quatre ou cinq jours, tout au plus. La faute à un rythme très speedé, le film tentant de caser tout ses éléments en un temps record. Seven prenait le temps de ne rien montrer, de nous faire ressentir la solitude de Morgan Freeman, permettant au film de redescendre un moment, en finesse, et de nous faire prendre conscience du temps qui s’écoule. Ici, même les scènes mettant Prudhomme dans sa vie de tous les jours semblent très factices et ne changent pas le rythme du film, qui semble rester de tout son long sur la même ligne de tension. Ne variant pas assez les sentiments qu’il nous offre, le scénario manque clairement de subtilité, de contraste. Et malheureusement, Russel Mulcahy n’élève pas particulièrement le propos avec sa réalisation. Si certaines scènes sont très réussies (le meurtre à la bâche), le reste ne propose rien de très marquant au niveau formel. Ce n’est pas raté, certainement pas, même si certains effets de caméra sont discutables (la découverte du gars décapité), mais il n’y a rien non plus de réellement exceptionnel.

 

resuc5

 

Mais malgré cette pluie de défauts, Resurrection est un film attachant. Oui, c’est une copie de Seven, oui il y a moins de qualités que de défauts, mais non le film n’est pas forcément mauvais. Car il y a des couilles dans ce film, qui n’a pas peur d’aller loin dans le répugnant. Il faut voir ce Jésus fait de bric et de broc, réellement marquant, suintant la mort alors qu’il est censé représenter la vie. Ces jambes coupées pissant le sang ne sont pas dénuées de charme non plus, faisant entrer le long-métrage dans le genre horrifique, son tueur étant d’ailleurs masqué, comme dans un slasher. Bon, il a un masque assez moche mais on fera comme si… Tout cela ne change pas le bronze en or mais il faut bien avouer que ça aide à apprécier un film qui n’ennuie jamais. Aller vite à bien sûr ses défauts mais cela a aussi l’avantage de ne pas emmerder le spectateur. Resurrection est une petite série B bien torchée, qu’il faut voir comme un bonus à Seven, pas comme une alternative ou un concurrent. Bref, c’est la version bis du film de Fincher, dénuée du génie, mais qui y gagne en vulgarité et en gore. Et par ici on a rien contre ces deux éléments…

Rigs Mordo

 

resurrectionposter

 

  • Réalisation: Russel Mulcahy
  • Scénario: Brad Mirma, Christophe Lambert
  • Production: Christophe Lambert
  • Pays: USA, Australie
  • Acteurs: Christophe Lambert, Robert Joy, Leland Orser, Barbara Tyson
  • Année: 1999

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>