Nail Gun Massacre

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Fiché par les chasseurs de nanars, moqué par les cinéphiles se voulant exigeants, majoritairement nié par le petit cercle des fans de slashers, Nail Gun Massacre avait le mot « désastre » gravé sur la gueule. La surprise n’en est que plus grande, ce petit massacre de bricoleur étant loin de ne pas valoir un clou…

 

 

 

S’il l’on devait réunir pour un pot amical tous les réalisateurs ayant versé dans le slasher eighties à une ou deux occasions avant de repartir vaquer à des occupations plus communes, il nous faudrait sans doute un porte-avion. Et pas un petit ! C’est qu’ils étaient nombreux, à cette glorieuse époque, à s’être acheté un peu de matos et avoir réuni quelques potes disposant d’un peu trop de temps libre pour s’essayer, eux aussi, à cette formule imparable : un tueur masqué en ayant gros sur la patate, quelques jeunes cons au QI partant dans le négatif, un lieu unique souvent forestier, une arme à peu près originale pour se démarquer de la concurrence, et en voiture Jason ! Des types comme George Dugdale (Slaughter High), Ota Richter (le frappadingue Skullduggery) ou Ken Meyer (Terror at Tenkiller), il suffit en effet de se baisser pour les ramasser, le petit monde du psychokiller movie débordant de ces espoirs d’un temps, repartis aussi vite qu’ils sont arrivés dans le milieu, faute d’avoir marqué les esprits avec ce qui était parfois des divertissements très honnêtes (Slaughter High fait même partie des très bonnes pioches, dans le genre). A cette troupe de débutants incapables de transformer le tir, on se doit d’ajouter Bill Leslie et Terry Lofton, eux aussi de bons gars ayant trop siroté la ratatouille de globes oculaires mijotée par la famille Voorhees et qui se sont dit, un beau matin sans doute passé à regarder Madman ou Survivance, « nous aussi, on peut le faire ! » Sans grand succès, malheureusement, puisque leur première tentative sera aussi la dernière, le regretté Lofton (décédé en 2011) réalisant en cours de route que sa participation au genre le plus tranchant du septième art n’allait jamais être prise au sérieux. La faute à un budget comparable à l’argent de poche d’un ado du Kosovo, autant qu’à une équipe tellement réduite qu’elle ne peut à aucun moment espérer être considérée comme professionnelle.

 

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C’est d’ailleurs à l’armée d’un seul homme que l’on avait à faire, Lofton se chargeant de la réalisation, de l’écriture, du casting, des cascades, des effets spéciaux, de la production et même de l’interprétation lorsqu’il ne trouve aucun figurant prêt à devenir la risée du métier en se compromettant dans Nail Gun Massacre, finalement sorti en catimini en vidéo en 86. Du tout petit boulot, donc, faisant le grand écart entre deux systèmes, avec une fesse dans le marché pro (l’affiche est splendide, la distribution est correcte puisque le film est sorti chez nous sous le titre ô combien original de Carnage) et l’autre dans le Système D chéri par les amateurs. La preuve : alors qu’une actrice oublie de se pointer sur le set, situé dans une épicerie tenue par Grandma Lofton, Terry et Bill décident de la remplacer par la tenancière en chef. Et la brave grand-mère de s’exécuter, lisant le script de manière évidente à k’écran, et finissant par regretter sa participation à une œuvre n’hésitant jamais à déboutonner les chemisiers de ces dames. Autant dire que le cinéphile vérifiant en premier lieu les comptes de la péloche qu’il s’apprête à reluquer aura tôt fait de partir en pas chassés, et sans doute sans se retourner, car c’est ici la misère à tous les étages. Mais voilà, au risque de paraître peu regardants, on a dans la crypte toxique vite fait de se méfier du qu’en-dira-t-on, à plus forte raison lorsque des sites de fins gourmets (hum…) comme Rottentomatoes ou Allociné pètent au nez et au casque d’une petite production par contre célébrée par des death métalleux des Pays-Bas. Eh oui, on fera plus vite confiance aux Hollandais chevelus de Nailgun Massacre – d’une part parce que leur zik grasse comme les tifs de Johnny Depp nous met de grande humeur, d’une autre parce des types qui foutent le George Eastman d’Anthropophagous sur les visuels de leurs disques ne peuvent pas se tromper – qu’aux cliqueurs compulsifs passant d’un film à un autre pour les dézinguer en bonne et due forme. Et grand bien nous en a pris !

 

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Pourtant, de prime abord, rien ne prédispose réellement Nailgun Massascre à avoir une carrosserie plus rutilante que celles de ses petits copains de la promotion 85-86. La faute à un duo de réalisateurs connaissant un peu trop bien leur leçon, d’ailleurs, qu’ils appliquent presque trop mécaniquement, apposant à leur délit une structure binaire, seulement constituée de parlottes entre les futures victimes et de leur trépas. En plus, en misant sur un look de motard pour leur tueur, Leslie et Lofton perdent encore trois points d’originalité, Nue pour l’Assassin et Les Yeux de la Terreur s’étant chargé d’assurer l’obligation du port du casque dans le milieu. Et la pratique de nos zoziaux laissant à désirer (longs plans fixes, meurtres mollassons, bande-son que le conservatoire de Paris n’est pas prêt de faire répéter à ses ouailles), on voyait déjà la machine à clous ne pas passer le contrôle technique… Mais voilà, contrairement à beaucoup de ses petits camarades, la présente entreprise de cloutage n’oublie jamais d’avoir un sacré feeling, misant tout sur son caractère de sale gosse. Déjà, en débutant sur un viol en bande, Nail Gun Massacre a la bonne idée de saupoudrer son petit slasher routinier et bas du front d’une pincée de rape and revenge, épice parfaite si vous voulez rajouter un piquant tenant bien à l’écart les mères de familles. Ensuite, en prenant le parti de rire de lui-même en plaçant quelques vannes de mauvais goût dans la bouche de son agité du bocal (alors que l’une des victimes se vide la vessie sur ses pompes, l’assassin lance un joli « Well, you just pissed me off ! »), Leslie et Lofton rendent franchement amusantes ces longues plages de vide, simplement constituées de quelques loustics causant de tout et de rien. En effet, jugeant qu’un script de 80 pages était excessif pour une série Z comme la leur – qui fera tout de même 85 minutes au final ! -, ils ont décidé d’en balancer plus de la moitié au feu pour ne garder que 20 feuillets. Un peu court, et l’on devine dès lors que l’improvisation et le recadrage vers le second degré permirent de meubler avec de sacrées répliques (une demoiselle en chaleur : « It’s time for the organ transplant and you’re the donor and I’m the recipient. »). Alors c’est sûr qu’on est pas là face à un spectacle de calembours super fins façon Raymond Devos (tant mieux, c’est pas drôle Devos), l’humour de la paire étant plutôt comparable à celui de deux imbéciles se tapant sur la cuisse après avoir vu une vieille dame se faire écraser le pied par un semi-remorque (vrai que c’est déjà mieux !). Reste que cela colle d’enfer avec un petit divertissement sachant battre ses œufs en neige (16 meurtres, quand même) et ne se cherchant jamais d’excuse pour envoyer du plomb dans tous les sens.

 

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Alors tant pis si l’on m’accusera encore de monter en épingle une obscure zéderie qui n’en demandait pas tant ; tomber sur un slasher se sachant tout petit et décidant d’en jouer, sans pour autant remiser au placard ses ambitions de divertissement sentant bon les ovaires avariées, ça fait plaisir. Au diable l’élégance et les bonnes manières, dès lors, en alignant les meurtres pourfendus de gros plans de clous plantés dans la chair humaine et de scènes de cul aussi vulgaires que celles trouvables dans le premier porno allemand venu, Nail Gun Massacre pousse la grossièreté au stade d’art déviant. Et de toute façon, vu le titre, il n’y a que ceux qui espèrent encore de Macron une politique de gauche pour encore penser qu’ils allaient se manger une bisserie subtile… C’est d’ailleurs sans doute pour ça qu’elle a tapé dans l’œil de Robert Hall, forgeron à la base des deux Laid to Rest qui nous promet de ramener la cloueuse sur nos établis, via un remake que l’on aurait tendance à attendre avec l’excitation d’un architecte sur son premier chantier. Le tout étant prévu pour 2018, on n’a plus qu’à limer nos tournevis en attendant le grand jour…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Bill Leslie, Terry Lofton
  • Scénario : Terry Lofton
  • Titres: Carnage (France)
  • Pays: USA
  • Acteurs: Rocky Patterson, Ron Queen, Beau Leland, Michelle Meyer
  • Année: 1985
Tags:  , ,

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