La Vengeance de Lady Morgan

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Mettez une laine, amis du gothique, car on retourne dans les froids donjons et les couloirs mal éclairés du château Artus. Et ce pour assister à La Vengeance de Lady Morgan, sensible colombe tombée dans un nid de corbeaux…

 

 

 

Dans le coin, on l’aime franchement bien le bon Massimo Pupillo, que la courte carrière (neuf films et c’est la quille !) aura empêché de rejoindre le podium des Bava, Freda et consorts. Alors c’est sûr qu’au milieu de la clique versant dans le gothique vétuste, il n’a pas trop l’air d’un gros bras avec ses courtes incursions dans le genre. Mais il n’est pas utile d’aligner 15 péloches du genre si l’on en a au moins deux bonnes à dégainer, ce qui est son cas. Outre un Le Cimetière des Morts-Vivants très classique mais si noir qu’il ne peut que faire vibrer nos petites âmes sombres, on retiendra surtout l’incroyable Des Vierges pour le Bourreau, séance de sadisme pop qui, en plus de garder les deux bottes dans le goth pur et dur tout en s’offrant une bande-son annonçant la liberté des seventies, préfigurait carrément du slasher en envoyant un dingo masqué dans les jupes d’un groupe de demoiselles égarées. En avance sur son temps, Pupillo ? Pour le coup oui, et plutôt deux fois qu’une ! Mais comme Le Cimetière… l’avait prouvé, le discret Massimo savait aussi prendre la vague sans tomber de sa planche, La Vengeance de Lady Morgan lui servant même d’irréfutable preuve quant à sa capacité à donner au peuple ce qu’il réclame. Sorti en 1965 comme ses deux œuvres précitées, et donc lors d’un sacré marathon horrifique, La vendetta di Lady Morgan laisse de prime abord les audaces de son bourreau écarlate derrière elle pour mieux épouser la forme de l’épouvante typique, se glissant dans les habituels mariages malheureux et les inavouables machinations. Et, bien entendu, dans la robe de nuit d’une demoiselle fantomatique en quête de vengeance…

 

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Susan Morgan (Barbara Nelli, déjà dans Des Vierges pour le Bourreau) a tout pour être heureuse : riche héritière, aimée par un oncle attentif, elle est en prime fort bien reçue lorsqu’elle annonce qu’elle n’épousera pas son promis Harald (Paul Muller des Amants d’Outre-Tombe, Vampyros Lesbos, Lady Frankenstein,…), lui préférant le Français Pierre (Michel Forrain, qui n’a rien fait d’autre de bien marquant). Mais vu que le bonheur, c’est le malheur qui dort, ce dernier est victime d’un mystérieux assassin, venu lui faire boire la tasse en le projetant par-dessus la rambarde d’un bateau. Si la victime est toujours en vie et se repose dans un lit d’hôpital, incapable de se souvenir de son identité, Susan l’ignore et se voit donc forcée d’épouser un Harald que l’on devine être un vil pourceau. Tout d’abord parce qu’il est incarné par le Suisse Muller, rompu aux rôles de salopards dans la production ritale de l’époque ; ensuite parce que tout film gothique qui se respecte se doit d’avoir son époux ou son épouse souhaitant la perdition de son conjoint, pour bien sûr s’emparer de son pactole. Perfide, celui que Columbo pointerait du doigt comme un vil meurtrier après l’avoir observé cinq secondes de son œil de verre entreprend donc de rendre Susan foldingue. Plus facile que ça en a l’air, puisqu’il dispose d’une domestique douée dans l’hypnose (Erika Blanc d’Opération Peur) et d’un majordome déjà coupable d’avoir poussé Pierre à la flotte (Gordon Mitchell, que l’on ne présente plus). Le plan étant bien rodé, ces ordures s’arrangent pour qu’une Susan sous emprise se suicide sous le nez d’un médecin, bien forcé de constater que notre héroïne s’est offerte à la mort… Bien malgré elle, évidemment, et la malheureuse n’a certainement pas dit son dernier mot, bien décidée à ce que les pourris ayant causé sa perte ne profitent pas longtemps de leur victoire.

 

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Dans les grandes lignes, rien n’est donc fait pour distinguer les tourments de la brune Lady Morgan des Crypte du Vampire et autres Effroyable Secret du Docteur Hichcock, d’autant que plusieurs passages obligés du genre se fraient un chemin jusqu’à la pellicule du Massimo. Prenez votre chandelier Louis XVI et n’oubliez pas d’en déloger les araignées qui y ont tissé leur toile, car on va avoir droit à la petite virée nocturne en robe de nuit, la belle Nelli passant entre les tombes et descendant même dans le donjon familial ! Rien de bien inédit, c’est certain, mais en même temps, avouons que nous serions bien tristounes si les balades ténébreuses, belles excuses pour aligner les cartes postales transylvaniennes, disparaissaient soudainement de nos beaux contes charbonneux. Néanmoins, Puppillo n’est pas de ces hommes à salir leurs godasses sur les sentiers battus, les chemins de traverses lui semblant sans doute plus agréables. Ainsi, alors qu’il pourrait se contenter d’envoyer une Lady Morgan translucide dans les basques de ses antagonistes pour les faire mourir de peur, il préfère plutôt miser sur une revanche lente et calculée. Susan va en effet retourner leurs techniques contre eux et les pousser à s’entretuer, immisçant dans leurs esprits sournois le doute quant à leur union. En changeant les pantoufles de place ou en susurrant quelques mots, notre fantomette joue sur les jalousies, sur les soupçons de trahison, et entraine donc ses cibles à la faute. Malin comme tout, et une bonne manière de se distancier du tout venant du genre, puisque cette fois le spectre n’est pas la source de la peur, le spectateur étant au contraire du côté de Lady Morgan, qui commente ses actes en tant que narratrice.

 

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Malheureusement, à cette saine idée de verser dans le vigilante d’outre-tombe et aux contours psychologiques, Puppillo ajoute quelques séquences plus visuelles, seulement présentes pour faire le show. Si cela part d’une bonne volonté de divertir, force est de constater que ces séquences tranchent sacrément avec l’ambiance du film, pesante comme un troupeau de diplodocus, ces explosions de verres et ces flammes sortant de nulle-part semblant un peu hors-sujets, semblables a un aveu de la part du réalisateur quant à sa peur que son public s’emmerde. On ne s’emmerdait pas, justement, et ces passages résolument too much font basculer l’ensemble dans un n’importe-quoi mal maîtrisé, et donc mal digéré. De même, ce final voyant plusieurs ectoplasmes tenter de sucer le sang du pauvre Pierre, de retour dans l’imposante forteresse des Morgan, est tout ce qu’il y a de plus divertissant, mais semble bien dissonant en regard de la première partie du métrage. La Vengeance de Lady Morgan déraille donc un peu, et l’on ne sait trop si l’on doit en profiter pour rabrouer Massimo et son scénariste Giovanni Grimaldi (Danse Macabre) ou les féliciter pour leur volonté de traquer l’originalité et le jamais-vu. A chacun de se faire son opinion, mais par chez nous on préférait largement la lenteur du piège se refermant peu à peu sur une Susan trop crédule aux artifices qui suivront. N’empêche que dans la discipline, on a rarement vu aussi cruel, le furieux Gordon Mitchell n’hésitant pas à fouetter et rouer de coups le vieil oncle de Susan (incarné par Karlo Kechler, vu dans Le Spectre du Professeur Hichcock), attaché comme un vulgaire prisonnier puis bientôt rabaissé au stade de garde-manger pour les fantômes… Franchement rude, tout comme une conclusion lors de laquelle ne chantent pas franchement les hirondelles : pessimiste, elle laisserait plutôt place aux opéras funestes de vieux vautours…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Massimo Pupillo
  • Scénario : Giovanni Grimaldi
  • Titres: La Vendetta di Lady Morgan (Italie)
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Barbara Nelli, Paul Muller, Gordon Mitchell, Erika Blanc
  • Année: 1965

A lire également la chronique du Petit cinéma de Stéphane !

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