Demonic Toys

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Pas le genre à fermer son coffre à jouets à double tour, ce vieux grigou de Charles Band. Faut dire qu’il retourne y plonger les pattes si souvent qu’il n’a pas de temps à perdre à jongler avec les cadenas, et après avoir envoyé à la face du monde ses Puppet Master, c’est les Demonic Toys qu’il sort de leur emballage !

 

 

Il faudra un jour se pencher sérieusement sur le passé de Charles Band, qui pour sortir autant de B Movies à base de jouets maléfiques (Puppet Master, Demonic Toys, Blood Dolls, Doll Graveyard, Ragdoll, Devildolls…) devait sans doute être enfermé par ses vieux dans un grenier avec, pour tout divertissement, deux clous rouillés, une caisse en carton humide et un ballon crevé. Bon, on fait dans la psychologie de comptoir pour s’offrir une petite intro, car en vérité tout le monde sait pourquoi le Charlie Boy n’a de cesse de taper dans le sous-genre de la poupée diabolique : parce que ça fait tourner sa boîte, Full Moon. En plus vous imaginez bien, ça lui permet de démouler du produit dérivé comme s’il en pleuvait, avec bien évidemment les obligatoires action figures ou les comics offrant de nouvelles mésaventures à tout ce petit monde de plastoc. Du coup, les usines tournent à plein tube pour assembler de la figurine, et puisque les Puppet Master ont largement contribué à mettre la firme sur de bons rails, on va leur offrir un petit repos bien mérité en faisant appel à leurs remplaçants officiels, les Demonic Toys. Pour ce faire, Band refile le guidon à un vieux de la vieille avec lequel il bossait déjà du temps d’Empire, Peter Manoogian (Arena, Eliminators, l’un des segments de The Dungeonmaster), le tout sur base d’un script de David S. Goyer (ouep, celui qui scénarisa les Batman de Nolan, les deux derniers Superman, les Blade et Dark City), initialement prévu pour mettre en scène tout le bazar. Sans doute que le père Band jugea plus sûr de laisser les ficelles de ses nouvelles marionnettes à un vieux briscard ayant déjà fait ses preuves…

 

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Alors évidemment, le spectateur attendant de Demonic Toys autre-chose qu’un petit B alignant les attaques de pantins rase-mottes dans un lieu unique se sera trompé de crémerie, la formule de la maison n’étant pas prête d’être réécrite. Point de thriller psychologique avec son twist remettant tout en cause cinq minutes avant le générique, pas plus qu’une soudaine poussée vers le drame social à base d’ouvriers au chômedu, la pleine lune a parlé et c’est une fois de plus dans le film de monstres bête et méchant que l’on va plonger. Néanmoins, on devine ici-bas une volonté de s’écarter un tantinet de la bande à Blade, Jester et Leech Woman, sans doute dans le but de ne pas se faire accuser de toujours ressortir le même plat (une critique légitime à laquelle Full Moon n’échappera finalement pas). Ainsi, par rapport à un Puppet Master relativement ambitieux – puisque passant d’une époque à l’autre – et se voulant assez sensible, Demonic Toys joue plutôt la carte du coup de bélier et ne se pose pas 12 000 questions. Pas encore le scénariste auquel on doit des épopées plus étirées comme Man of Steel ou Batman vs Superman, Goyer opte pour son troisième boulot derrière le clavier (après le Coups pour Coups avec JCVD et Kickboxer 2 : The Road Back) pour une intrigue allant droit au but. Pas ou peu de background encombrant ici, le fond de l’affaire se résumant à l’antéchrist, symbolisé par un mouflet, qui tente de prendre le contrôle de l’enfant d’une policière (Tracy Scoggins, star de Babylon 5) tout juste tombée enceinte. Rajoutez sur ce départ des plus basiques quelques jouets vraiment pas sympas contrôlés par le démon et des trafiquants d’armes avec lesquels la Tracy doit composer, et vous aurez un bon petit huis-clos, situé dans un entrepôt de jouets, évidemment. De quoi créer une dynamique simple, basée sur plusieurs groupes de personnages aux points de vue opposés, dans les jambes desquels on enverra quelques nouvelles peluches qui donneront des idées de liste de Noël auprès des enfants de serial-killers.

 

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Reste que le clou du spectacle, le petit élément sur lequel Band miserait toutes ses mottes de beurre, c’est clairement ces petits salopiauds que Mattel ne se pressera jamais de commercialiser. Evidemment, leur look fut relativement travaillé, en vue de marquer un maximum de mémoires : on croisera donc un « Jack in the Box » clownesque appréciant mordre ses proies jusqu’au sang, un robot cracheur de lasers bleutés, une poupée de bébé vanneuse et sadique, et enfin un ourson se transformant en un grizzly furieux comme un Jean-Luc Mélenchon un soir de défaite électorale. Bref, ça ne va pas rigoler dans le camp des gentils, où l’on croisera notamment Bentley Shark Attack Mitchum (fils de Chris Mitchum des Prédateurs de la Nuit), alors que leurs opposants eux vont bien évidement se gausser à chaque scène gore. En la matière, pas de tromperie sur la marchandise, Demonic Toys se la jouant même assez vicieux en crevant l’œil d’une pauvre clocharde à répétition, quand il ne fait pas rouler les têtes d’un bon coup de crosse, gerbe de sang partant en l’air à l’appui ! Venant de la Full Moon, pas toujours très généreuse lorsqu’il s’agit de percer quelques poches d’hémoglobine, cela fait plutôt plaisir et montre cette envie d’en découdre qu’avait Manoogian, capable d’emballer son petit métrage dans la grande tradition « Bandienne ». Comprendre que la photographie sera plus ou moins la même que celle des petits copains (il y a toujours un aspect un peu vaporeux qui ressort des prods. Full Moon), que les trucages vont du foireux au bon (chouette stop-motion d’un soldat en bois), que c’est parfois un peu trop bavard, que c’est toujours le moyennement inspiré Richard Band aux platines, que les acteurs ne sont ni bons ni mauvais et que le tout suit les rails précédemment établis en profitant de son petit rythme de croisière. Ce qui n’empêche pas quelques jolies idées d’apparaître, comme ces gamines fantomatiques portant des masques à gaz qui déboulent de nulle-part, ou encore la scène bien virile voyant l’ourson prendre une taille humaine et montrer ses plus belles prises de catch au fils Mitchum, pour sa part un employé de fast-food fan de thrash metal.

 

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Confortable, donc, que ce Demonic Toys certainement pas forgé pour bouleverser le petit monde du cinéma horrifique, mais dans tous les cas plus que qualifié pour vous vider le cervelet durant 80 minutes filant à vitesse grand V. Vu que Band a désormais tout le mal du monde à atteindre ne serait-ce que le quart de la qualité de cette nuit dans le hangar aux vilains joujous, on peut dire qu’on en apprécie d’autant plus la qualité. Evidemment, fidèle à lui-même et surtout à son compte en banque, le prince Charles n’en resta pas là avec ses nouveaux amis, les confrontant au Tim Thomerson miniature de Dollman puis à leurs rivaux des Puppet Master. A se demander d’ailleurs si, plutôt que de rebooter et remaker les petits potes de Toulon chaque année, il ne devrait pas retourner dans sa salle de jeux pour voir si les Demonic Toys ont toujours des piles encastrées dans le derrière. Sait-on jamais, la surprise pourrait, une nouvelle fois, venir d’eux…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Peter Manoogian
  • Scénario : David S. Goyer
  • Producteur: Charles Band, Anne Kelly
  • Pays: USA
  • Acteurs: Tracy Scoggins, Bentley Mitchum, Michael Russo, Ellen Dunning
  • Année: 1988

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