RIP Tobe Hooper

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A priori, je ne vous apprendrai rien via la présente news, le décès de Tobe Hooper ce 26 aout ayant largement été commenté, et ce jusqu’aux chaînes télévisées qui n’ont, pour une fois, pas manqué de faire une petite place dans leurs programmes au papa de Leatherface (ce fut tout du moins le cas sur les JT espagnols). Et même si vous n’aviez pas votre téléviseur allumé, Facebook vous en aurait forcément averti, la vague de tristesse ne s’étant bien évidemment pas fait attendre, à juste titre. On ne sait pas s’ils ont le Wifi au paradis des goreux, mais si tel est le cas le bon Tobe doit sans doute être des plus touchés de voir ses milliers de fils spirituels lui rendre hommage… et être un peu dépité de découvrir que certains en profitent pour photographier toute leur collec de DVD estampillés Hooper, histoire de jouer à qui à la plus grosse. On ne va pas faire une tartine sur le sujet, histoire de ne pas déplacer le sujet de la tribune, mais ça fait rudement chier de découvrir que le petit milieu du « bis » n’est parfois pas loin d’adopter l’envie de surfer des maisons de disques, qui parviennent toujours à nous pondre en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire des best-of ou des DVD live d’artistes récemment décédés.

 

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Cela étant dit et même écrit, on peut désormais se concentrer sur Hooper en lui-même, personnalité comparable en bien des points à un George Romero avec lequel il partageait cette aura de Grand Ancien de l’horreur moderne. On n’a pas fini de le dire, avec Massacre à la Tronçonneuse, le barbu a changé à jamais la face du cinéma que l’on aime tant, l’amenant jusqu’au point de non-retour en reléguant au rang de joyeuses plaisanteries les essais de la Hammer ou de la Amicus, tronçonnant le trône de l’effroi gothique pour le replacer dans une authenticité qui, quarante piges plus tard, fait toujours froid dans le dos des routiers traversant le désert américain. Alors non, Tobe ne fut pas le premier à ramener l’horreur sur le plancher des vaches (H.G. Lewis, Hitchcock ou Michael Powell ayant déjà semé quelques graines auparavant), mais il fut sans doute celui qui fit basculer l’épouvante à ce point. Mais si The Texas Chainsaw Massacre fut véritablement le coup de masse qui le fit entrer dans la légende, il serait malheureux qu’elle éclipse le reste de l’oeuvre de notre homme, d’autant que la visite de la casa Leatherface n’est pas nécessairement ce que notre auteur fit de mieux, le superbe slasher Massacres dans le Train Fantôme lui étant supérieur de plusieurs têtes. Bref, n’oublions pas un Poltergeist plus Spielbergien et qui fait toujours débat, le méconnu Eggsghell, un Crocodile de la Mort parvenant fort bien à retrouver l’ambiance poisseuse de TCM, des Vampires de Salem un peu lents mais sympatoches, une poignée de divertissements loin d’être honteux (Lifeforce, L’Invasion vient de Mars, Spontaneus Combustion), une séquelle osée (Massacre à la Tronçonneuse 2), un bon segment de Body Bags, quelques séries B sur lesquelles on n’est pas toujours sûrs (The Mangler, Night Terrors), une commande sans saveur nommée Crocodile, un come-back plutôt satisfaisant à défaut d’être génial (Toolbox Murders), un avant-dernier méfait peu convaincant en la personne de Mortuary et un ultime métrage maudit que ce Djinn, terminé en 2013 et sorti en catimini en Allemagne et aux states trois ans plus tard… Rajoutons enfin quelques épisodes de séries TV, du clip et même un roman (Midnight Movie), tous placés sous le signe de la lune rouge sang. Alors non, la carrière de ce gros nom du genre n’était pas transpercée que de tueries que l’on se repasse chaque samedi soir en lavant notre collection de marteaux (et c’est en cela qu’elle est intéressante, car profondément humaine), et l’on peut estimer que l’ami Tobe ne nous aurait plus offert de grands films. Reste que sa perte, tout comme celle de Romero voilà peu, fait bien mal à la nostalgie, notre jeunesse prenant soudainement un sacré coup de vieux, tandis que se pose une question inquiétante: qui prendra la relève de ces mecs, celle-ci se faisant cruellement attendre, et qui allons-nous pleurer dans 30 ou 40 ans ? On peut se le demander, car si l’on trouve quelques personnalités talentueuses parmi les jeunes loups arrivés ces quinze dernières années, on peint toujours à trouver un équivalent à Tobe Hooper, dont la seule évocation nous donne encore l’impression d’avoir les doigts soudainement poussiéreux…

11 comments to RIP Tobe Hooper

  • Pascal GILLON  says:

    L’hommage le plus sincère et franc du collier que j’aie lu… A ton image donc le crypteux.
    Pour parler d’autre chose que de ses films, j’avais bcp aimé son Midnight Movie au père Hooper, un truc très sympa, du livre dans le film ou du film dans le livre…

  • Laurent  says:

    Du calme Rigs, je te sens énervé là 🙂
    Et depuis quand tu regardes les JT espagnols toi? mdr

  • Didier LEFEVRE  says:

    Les riperies sont à géométrie variable et c’est vrai que certains réagissent d’une drôle de manière (qui que soit le défunt, j’apprécie moyennement la récupération). Je le regrette mais je pense encore une fois que tout cela est à la fois vaniteux et vain. Le deuil et la tristesse sont tellement personnels et singuliers qu’ils ont, je le crois, rien à faire sur facebook ou autre réseau social. Qui peut se targuer de l’avoir connu personnellement ? A mon avis, hormis ses proches personne. Contentons nous d’apprécier ses films et ce sera le plus bel hommage.

  • jacques  says:

    A propos de la photo de collection, difficile pour ton serviteur de ne pas se sentir visé mais bon, j’ai passé l’âge de devoir me justifier. Justifier de quoi, d’ailleurs ? Montrer sa collec. Tobe Hooper = montrer qu’on en a une « plus grosse » ? Plutôt une manière de dire – autrement que par un besogneux verbiage – que le bonhomme avait fait bien autre chose que TCM et qu’il n’était pas apprécié que pour cela … même par les non « bisseux » comme bibi. Les bisseux sachant, c’est une évidence, tout mieux que tout le monde et ayant toujours l’âme pure quant quant à eux.

  • jacques  says:

    Pour Didier : bien d’accord avec ce que tu as écrit. C’est bien pour cela que j’avais envie de mettre ses films en avant et non pas ma collection. d’ailleurs loin d’être exhaustive quant à la filmographie du Monsieur. Mais comme certains voient le mal partout

  • David  says:

    Super hommage mec, qui rappelle bien que le bonhomme n’était pas le réal d’un seul film, aussi essentiel soit-il. Quant aux démonstrations lacrymales et aux riperies en tout genre, tu sais ce que j’en pense : comme le dit Didier, la peine et le deuil ont ceci de tellement personnel que je me vois mal poster ma douleur entre une photo de chaton mignon et la dernière couv’de Mad Movies… Et puis bon, mes vraies larmes, je les garde pour mes proches quoi (Tobe Hooper, je ne le connaissais pas), j’essaie de ne pas confondre tristesse de spectateur et douleur du deuil. Mais bon, on sait que FB est une grande foire qui aligne tout sur tout, un parfait espace d’impudeur dans ces moments-là.

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