Mort de Peur

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Bela Lugosi, on y revient toujours, même si l’on sait qu’il y a peu de chances que l’on tombe à nouveau sur une œuvre de la trempe de White Zombie ou Le Corbeau. Mais que voulez-vous, on est fleurs bleues dans la crypte aux thermes toxiques, du coup on ne parvient jamais à résister au regard de lover de l’ancien Dracula…

 

 

 

Hollywood, ton monde impitoyable ! Surtout pour les petites boîtes du « poverty row », soit « l’allée de la pauvreté » en français, terme forcément péjoratif regroupant sous ses ailes déplumées toutes les maisons de productions incapables de rivaliser avec la Universal ou la MGM. De celles qui sortaient de tout petits westerns ou de microscopiques péloches d’épouvante/suspense en misant leur petite épargne. Si certaines parvenaient plus ou moins à maintenir la tronche hors de l’eau, ce ne fut pas le cas de l’éphémère Golden Gate Pictures, qui débuta sa carrière en 1946 avec le western Death Valley pour y mettre fin dès 1947 avec Scared To Death. Alias Mort de Peur pour qui chercherait le métrage en DVD par chez nous, sorti chez Bach Films voilà plus de dix piges, dans leur collection d’antan les voyant offrir des couvertures abominables à toutes les bandes tombées dans leurs griffes à cette époque. Bon, il est vrai que le produit n’aurait pas été plus alléchant si la jaquette avait arboré l’affiche d’origine, pas forcément plus sexy, celle-ci laissant perplexe quant à sa capacité à attirer le chaland. Car si une Série B des 40’s n’a même pas un poster dans lequel perdre nos pupilles, qu’est-ce qu’elle a ? Son indisensable Bela Lugosi, bien sûr, et même un George Zucco appelé en renfort suite au décès du Lionel Atwill initialement prévu, ces anciens héros de la Universal acceptant tous les petits boulots qui leur sont proposés depuis qu’ils ne rentrent plus dans la « maison des monstres » que par la porte de derrière, pour des rôles de figuration la plupart du temps. S’ils ne valent plus un kopek aux yeux des géants, les petits studios sont donc bien contents d’acceuillir ces vieilles gloires dans leurs petits thrillers, dont Scared to Death fait bien évidemment partie. Et tant qu’à rameuter les talents fanés de la Universal, autant embaucher comme réalisateur Christy Cabanne, boulimique de travail (166 réalisations, 59 crédits comme comédien, 46 comme scénariste) auquel on doit le franchement sympathique La Main de la Momie (1940). Lugosi, Zucco, un metteur en scène sorti du tombeau des pharaons : Mort de Peur devrait largement faire l’affaire et nous offrir notre petite dose mensuelle de frissons surannés, non ? Malheureusement, ce n’est pas aussi simple…

 

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Scénarisé par un Walter Abbott à la carrière des plus courtes (le thriller comique Stop that Cab en 51 et puis y’a plus rien !), Scared To Death est adapté d’une pièce de théâtre – elle-même basée sur un fait-divers à base de docteur assassin – et cela se sent. Allergiques aux allées et venues ininterrompue dans une vieille bicoque, aux infinies descentes d’escaliers et aux huis contenant une bonne dizaine de personnes qui n’auront de cesse de se croiser, chaussez vos baskets à languettes et préparez-vous à fuir, car c’est très précisément ce qui vous attend dans cette nébuleuse histoire d’homicide à venir. En effet, depuis qu’elle ne s’entend plus avec son époux, la brune Laura Van Ee (Molly Lamont) se sent persécutée par celui-ci et son beau-père, le médecin Joseph Van Ee (Zucco), recevant même un étrange colis contenant un masque effrayant. Une menace ? Elle le pense, et ce n’est pas la venue du bizarroïde Professeur Leonid (Lugosi) et de son assistant nain Indigo qui vont la rassurer, pas plus que la présence d’un policier raté (Nat Pendleton), persuadé qu’un drame aura bientôt lieu sur place et que l’élucider lui apportera les bonnes grâces de sa hiérarchie. Autant dire que le Vaudeville n’est pas toujours très loin, d’autant que Cabanne ne semblait pas disposé à verser dans l’effroi aux sourcils froncés, misant plutôt sur un second degré constant. Grand bien lui en a pris, d’ailleurs, son B Movie étant nettement plus convaincant lorsqu’il tente de faire sourire que lorsqu’il s’essaie, sans grandes convictions, à faire bondir le chaland hors de son siège. Car si ce n’est en envoyant à la fenêtre un être portant un masque verdâtre, aucun effort n’est réellement fait pour faire monter la pression, tandis que la bande-son se montre si clichée et ininspirée qu’elle semble échappée d’un pastiche horrifique des Looney Tunes. Il n’est du coup point interdit de préférer les divagations d’un flic en mal de reconnaissance et au QI aussi élevé que celui de la bande à Hanouna, ou encore les piques bien épicées que lance un reporter à son idiote de fiancée. Reste que si l’on voulait rire, on ferait comme tout le monde et on irait chercher des vidéos de chatons gaffeurs sur Youtube plutôt que d’enfourner un DVD avec le vieux Bela dans notre lecteur…

 

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Le constat n’est donc pas des plus positifs, Scared To Death n’ayant pour lui que deux réelles qualités, la première étant malheureusement relative. A savoir celle d’anticiper le surestimé giallo Je Suis Vivant ! en débutant son marathon de rencontres entre suspects par une visite à la morgue, la pauvre Laura y étant envoyée, morte, tandis que son esprit nous contera son histoire via le procédé du flashback. Plutôt cool pour l’époque, même si le résultat à l’écran est franchement ringard, chaque scène étant ponctuée d’un flou ramenant à la froide Laura, allongée sur sa table d’autopsie, dont la voix off se fendra d’une courte réplique avant de repartir dans un nouveau flou nous ramenant au film. La deuxième bonne chose trouvable dans Mort de Peur sera la possibilité de profiter d’un Lugosi coloré, plaisir rare jusque-là puisque seulement offert par Viennese Night (1930) dans lequel il avait un petit rôle même pas crédité, et un court sur la guerre dans lequel on le voyait donner de son sang. Oui, on doit se satisfaire de peu, et à part la découverte d’une fausse tête à l’effigie de Laura dans une boîte, Scared To Death ne délivre de toute façon pas grand-chose, si occupé qu’il est à brouiller les pistes quant à son mystère qu’il en oublie d’être divertissant. Pas de quoi sauter sur le DVD de Bach Films, qui comme à son habitude a fourni le minimum pour son édition à la qualité médiocre (mais il en va ainsi des films tombés dans le domaine public, et l’on saura s’en contenter), mais le but est de toute façon de permettre aux collectionneurs de ranger une nouvelle galette Lugosienne dans leurs étagères. Pas sûr que celle-ci en sorte souvent pour retrouver le chemin de nos téléviseurs, cependant…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Christy Cabanne
  • Scénario : W.J. Abbott
  • Producteur: William B. David
  • Titres: Scared to Death
  • Pays: USA
  • Acteurs: Bela Lugosi, George Zucco, Nat Pendleton, Molly Lamont
  • Année: 1947

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