2019 après la Chute de New York

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Attention, New York ne répond plus ! Après avoir accueilli le serpent borgne le plus cool de l’Histoire avec un grand H, la Grosse Pomme se fait croquer à pleines dents par Michael Sopkiw, envoyé sur place par un Sergio Martino qui a mangé de la sulfateuse au petit déjeuner !

 

 

On l’avoue la queue entre les guiboles : toutes les chroniques des bisseries ritales ont une légère tendance à se ressembler, ou tout du moins à débuter de la même manière. On vous ressort le couplet du plagiat/rip-off, les sentences imagées à base de vils margoulins romains remettant des seaux d’encre dans leurs photocopieuses, les duels au soleil entre l’original et la copie ; bref, on donne l’impression de ne pas se fouler et chanter toujours la même chansonnette. Mais en même temps, il faut aussi bien reconnaître que nos copains Italiens faisaient, eux aussi, toujours un peu la même chose dans les eighties, et même dans la deuxième moitié des seventies. C’est-à-dire passer un œil par-dessus l’épaule des Américains pour « s’inspirer » de leur travail et ensuite donner dans la contrefaçon, histoire d’offrir un nouveau tour de manège aux spectateurs n’en ayant jamais assez. Et tant pis si la peinture n’était pas toujours sèche et que la tapisserie se décollait… Etrangement, Sergio Martino n’avait jamais trop versé dans le délire du décalquage, de l’imitation pure et dure. Bien sûr, lui aussi, comme son copain Umberto Lenzi, avait ramassé les douilles laissées par Dirty Harry après ses exploits contre Scorpio ; et bien sûr encore, il se fendit d’un petit tour au pays des cannibales pour y abattre de l’animal (non sans regrets, d’ailleurs) via La Montagne du Dieu Cannibale, suivant justement les traces de Lenzi et de Deodato. Reste que globalement, même si l’on sentait dans son œuvre une inspiration yankee, le Sergio s’était toujours débrouillé pour fournir des Séries B ne ressemblant pas trop aux autres. Le Continent des Hommes-Poissons ne connaissait en effet guère de rivaux à son époque (sauf si l’on compte les zéderies absolues que sont Zaat et Slithis) et si Le Grand Alligator fut bien sûr monté pour profiter de la vague Jaws, il était bien difficile de confondre le plus célèbre des squales avec l’ancestral saurien. En somme, ça adaptait plus à une nouvelle sauce que ça ne reproduisait. Mais le marché du bis rital s’effondrant peu à peu, le brave Martino fut bien obligé de rentrer dans le rang et de découper du cheeseburger comme tout le monde, histoire de recoller les morceaux à domicile en ajoutant un peu de mozzarella, histoire de dire que… Atomic Cyborg reprit donc les boulons de Terminator tandis qu’avec 2019, après la Chute de New York, c’était bien évidemment le New York 1997 de vous-savez-qui que l’auteur de Torso balançait dans les micro-ondes. Pour nous sortir un plat réchauffé ? Affirmatif si l’on écoute Martino, le réalisateur avouant sans se faire prier que le but premier du métrage était de suivre le mouvement, de donner au public ce qu’il voulait. Soit revivre, à peu de choses près, les expériences désespérées offertes par Miller et Carpenter.

 

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Néanmoins loin d’être dupe, Sergio Martino ne cache pas que le budget rachitique alloué à l’entreprise ne lui permit jamais d’effleurer ses modèles. Tout comme il a conscience que l’énorme retard de l’Italie en matière d’effets spéciaux ne pouvait que jouer en défaveur de ses essais, ringardiser des tentatives rendues cheap en comparaison avec les originaux. Tant pis ! Ou tant mieux, même, puisque cela permettait généralement à l’ensemble d’obtenir une fragrance de douce naïveté, un côté enfantin apte à émouvoir les nostalgiques. Et puis, c’est bien souvent lorsque l’on a plus une thune que l’on se force à faire griller nos méninges. Martino et ses scénaristes Ernesto Gastaldi (Le Corps et le Fouet, La Sorcière Sanglante,…) et Gabriel Rossini (Ironmaster, la guerre du fer) savent également que trop coller aux basques de Snake Plissken est dangereux : personne ne voudrait se prendre un procès de la part de Big John… Demandez donc à Besson quel effet ça fait, tiens ! Alors ouais, 2019 va se dérouler à New York ; et ouais, un dur à cuire assez peu porté sur les soirées pyjama sera envoyé par des hauts gradés (Edmun Purdom de Pieces et Horrible) dans la Big Apple, sacrément pourrie puisque le tout se déroule évidemment dans un monde post-apocalyptique. Mais non, il ne devra pas revenir avec un président chauve auquel on aura coupé une phalange, Michael Sopkiw, héros du jour, étant plus chanceux que Kurt Russel en la matière. Sa mission à lui, c’est de récupérer la dernière femme féconde au monde, cachée quelque-part dans la ville, avant qu’une organisation nommée Eurak ne mette la main dessus. Et sa zigounette en elle, bien évidemment… Une variation bienvenue, car si les grandes lignes restent les mêmes, tout comme le but premier de proposer un film d’action dans des décors dévastés, cette touche presque chevaleresque permet à 2019 de prendre ses distances avec 1997. Car il y a définitivement un côté cavalier, une odeur de conte, dans l’affaire : d’une part parce que c’est une véritable belle au bois dormant que la petite équipée (Sopkiw ne partant pas seul) devra sauver des crocs du dragon Eurak. Ensuite parce que le personnage principal est nommé Parsifal, blase particulièrement ringard que l’on imaginerait plus facilement sur un homme en armure que sur un sous-Mel Gibson badass. Enfin, ultime clin d’œil aux histoires d’antan, Martino se fend d’une joute à l’ancienne, remplaçant juste les chevaux par de poussiéreuses voitures… et les nobles cavaliers par des punks crasseux ! Décidément à fleur de peau et décidé à tourner le dos à l’aspect nihiliste dans lequel pataugeait cet éternel déprimé de Carpenter, Martino verse à sa manière dans la poésie : aux froids synthétiseurs, il préfère la mélancolie d’un saxophone, joué par un vieux black assis sur de des ruines, observant avec amertume ce qu’il reste de la jadis belle cité.

 

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Les distances sont donc prises avec le sauvetage mené par Mr. Plissken, même si comme le soupçonne Martino les différences écraseront d’elles-mêmes l’écran… Un esprit plus candide, tout d’abord : là où Grumpy John créait un univers tangible, logique et sachant se tenir, Martino en fait quasiment trop, comme envahi par l’énergie d’un gosse. Alors que le monde semble s’être arrêté de tourner, que l’humanité, infectée et donc en proie à des mutations, ne fait que revenir en arrière, le réalisateur balance sans crier gare une technologie très avancée. Et très en décalage avec l’aspect très crasseux du reste du monde, ces rayons lasers s’accordant assez mal avec un univers à la Mad Max ! Un peu bizarre, il faut bien l’avouer, mais pas dérangeant. D’autant que l’on sait que le bis rital a toujours eu à cœur d’en proposer un maximum, même s’il ne dispose que du minimum pour le faire. Cela se repère d’ailleurs lors de la scène d’introduction, les maquettes ressemblant bien à ce qu’elles sont, soit des morceaux de carton. Le décorateur Antonello Geleng – par ailleurs venu montrer ses plus beaux clichés pour expliquer ses méthodes dans les bonus du Blu-Ray de 88 Films – fera mieux par la suite, offrant quelques beaux arrière-plans de buildings sans chair. De toute façon, le gros problème de cette chute new-yorkaise se trouve ailleurs, soit dans son interprète principal. Bon, c’est pas sur Toxic Crypt que vous trouverez de quoi cracher sur Sopkiw, sans doute un brave gars, et dans le coin on a toujours une certaine tendresse pour ces types devenus acteurs par erreur. Pour ces mecs embauchés pour concurrencer les Schwazy, Sly et compagnie alors qu’ils n’ont de toute évidence pas la carrure requise. Mais il faut bien se rendre à l’évidence : le pauvre Michael n’a pas le moindre gramme de charisme, ce qui est d’autant plus évident qu’il est censé incarner un Snake-like. Autant dire que la prestance n’est pas du tout, mais alors pas du tout, la même que celle du bon Kurt… Il se fait même un peu voler la vedette par l’épais Romano Puppo (Robowar, Le Grand Alligator), montagne l’accompagnant dans son périple et combattant leurs ennemis avec des espèces de billes d’acier. Et ne parlons pas de George Eastman, Sopkiw se sentirait sans doute tout petit…

 

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Ou plutôt si, parlons-en, tant la star d’Horrible et Anthropophagous fait ici des merveilles, au point de trouver l’un de ses meilleurs rôles. Incarnant Big Ape (« grand singe » donc), le grand copain de Joe D’Amato se retrouve donc dans les frusques d’un être infecté, redevenu un semi-primate, brutal et vivant avec quelques autres hommes-gorilles dans les égouts. Obsédé et terrifié à l’idée de disparaître totalement de ce monde, ce sauvage voit une chance de persister à travers d’autres lorsqu’il apprend l’existence d’une demoiselle non-stérile. Ca tombe bien, lui ne tire pas à blanc ! Et le poilu de s’attacher à la jeune fille cryogénisée, jurant de la protéger quoiqu’il arrive dans un remake bien branque de La Belle et la Bête. Rigolez pas, c’est sans doute mieux que le Gans et moins sucré que la version live de Disney ! Au vu du charisme de Big Ape, on en vient à regretter que ce soit sur le fade Parsifal que les projecteurs se voient braqués… D’ailleurs, on ne peut pas dire que les Euraks soient particulièrement mieux traités, n’étant guère que de banals badguys montés sur étalons, jamais personnifiés par des leaders charismatiques. Désolé Anna Kanakis (Les Nouveaux Barbares) et Serge Feuillard (13 Tzameti), vous avez sans doute fait de votre mieux, mais on n’est pas prêts d’oublier le Duc et sa bagnole clinquante ! D’ailleurs, en Asiatique velu et grimaçant, ce bon vieux Hal Yamanouchi (le seul mec que l’on croise aussi bien dans Le Gladiateur du Futur que Wolverine : Le combat de l’immortel) fait d’ailleurs du meilleur taf en matière de potentiel salopard ! Pas de bol, il se fera dessouder quelques minutes à peine après être apparu. Faut dire que ça ne traîne pas trop dans le coin, les séquences d’action se suivant en file indienne : on se rentre dedans avec les vieilles cylindrées, on se poursuit sur des bus dans des états lamentables, on se bastonne dans les égouts, on se mitraille dans le QG des méchants et, bien évidemment, on nous ressort la scène de fin de New York 97. Encore une fois, autant pour éviter de voir débarquer des cars remplis d’avocats que pour des raisons de fric, on remplace le pont par un tunnel et les mines par des pics, comme ça on ne risque pas de se faire taper sur les doigts… D’ailleurs, Martino n’étant pas le dernier à renverser la bolognaise sur la nappe, il se fend bien évidemment de quelques fulgurances gore bienvenues. Ainsi lorsque Big Ape jette son épée comme un boomerang, c’est pour décapiter 4 ou 5 soldats d’Eurak d’un coup. Et quand de pauvres types se font tirer dessus, c’est toujours pour que leur visage éclate d’un coup d’un seul. Et en gros plan, s’il vous plaît !

 

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Martino étant l’artisan que l’on sait, personne ne sera donc surpris de découvrir que l’on ne s’ennuie à aucun moment devant 2019, qui se hisse sans problème parmi les plus beau sous-Mad Max/sous-Escape from New York un jour dégainés. Un indispensable pour tout amoureux du B Movie européen, malheureusement toujours en attente d’une sortie en bonne et due forme par chez nous. Pas grave puisque les Anglais de 88 Films veillent au grain, via une galette disponible à un prix attractif, le label n’étant pas du genre à balancer des prix exorbitants pour une qualité pourtant tip top (les screenshots ici présent ont été pris sur youtube, mon modeste pc ne me permettant pas de lire les BR, les images ne reflètent donc pas la qualité du produit). Certains se plaindront que peu de bonus se trouvent dans le beau boitier, et il est vrai que seul un entretien de 30 minutes avec le père Sergio et un avec Geleng s’y trouvent, en plus d’un livret d’entretien avec le réalisateur. Mais c’est là largement suffisant, les acteurs n’ayant, pour une large majorité, aucun souvenir (et quand ils en ont, c’est pour dire que tout était parfait) des tournages de l’époque. Pas la peine de les convoquer, donc, et vous pouvez placer cette belle édition dans le panier sans attendre !

Rigs Mordo

PS : big merci au brother Jérôme !

 

 

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  • Réalisation : Sergio Martino
  • Scénario : Ernesto Gastaldi, Sergio Martino et Gabriel Rossini
  • Producteur: Luciano Martino
  • Titres: 2019 – Dopo la caduta di New York
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Michael Sopkiw, Valentine Monnier, George Eastman, Romano Puppo
  • Année: 1983

2 comments to 2019 après la Chute de New York

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Je l’aime bien le Martino, il fait du bien divertissant généralement. Même dans ses trucs mineurs comme Hands of Steel tu y retrouves des éléments sympa.
    Celui-ci dans le genre post-apo/sous NY 97, il a sa propre identité. Le Black au saxo par exemple, je trouve ça vraiment génial.J’aime bien la team Parsifal et sa diversité (le nain, le géant), même la conclusion avec toute l’affaire de la nana fertile. Ca change.

    Après c’est c’est quand même l’histoire d’un méchant qu’a pas de bol, et ça fait bien rigoler. Mais le Martino il est super généreux, les persos existent un peu plus que dans certains films de ce genre (Eastman il est clairement plus écrit ici que dans les Nouveaux Barbares) et t’as des coups de folie comme effectivement l’épée boomerang et tout. Ca va quand même plus loin que des trucs de Cirio Santiago tourné aux Philipines, ou même que les Guerriers du Bronx.

    PS. Les fusils lasers bizarres, faut savoir que c’est un hommage au film Barbarella. Pourquoi, comment, je sais pas, mais c’était apparemment volontaire de leur part.

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