The Witch’s Sabbath

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S’il y en a encore pour se demander pourquoi certains préfèrent Satan au petit Jésus, The Witch’s Sabbath de Jeff Leroy se chargera de leur exposer les (bonnes) raisons. Car aux vieilles biques endormies dans les froides églises, écoutant les sermons de vieillards rabâchant les mêmes mensonges à longueur d’année, le roi du Z préfère les stripteaseuses passant leur temps dans un simili manoir, les seins à l’air, à décapiter du pervers ! Cette fois c’est sûr, l’enfer a du bon !

 

 

Les gars d’Uncut Movies, on les aime beaucoup dans la crypte toxique. Et pas seulement parce qu’ils sont là depuis l’époque de la VHS (autant dire la préhistoire, pour certains) ou parce qu’ils n’ont de cesse de balancer dans nos tronches des pelloches pour nostalgiques, comme Graduation Day il y a peu. Non, ce qui rend le label précieux, c’est la faculté qu’ont ses deux géniteurs à n’en faire qu’à leur tête, à sortir du porno-gore teuton alors qu’une bonne partie des fantasticophiles ne veut pas en entendre parler, à dégainer les séries Z les moins vendeuses juste parce qu’eux les apprécient. Sans grand espoir d’en vendre, sans volonté de faire buzzer, juste pour avoir un catalogue représentant leurs goûts, ni plus ni moins. Car on devine bien qu’en sortant The Witch’s Sabbath (2005), le duo fou n’espérait pas gravir le podium des plus gros vendeurs à la Fnac ou sur Amazon, tout comme ils ne devaient pas attendre une cascade d’avis dithyrambiques. C’est que la fiche technique du film ne parlera sans doute pas à beaucoup de Français, les figures créatrices derrière le projet pataugeant dans l’indie le plus obscur, pour ne pas dire ignoré. Et les quelques curieux s’étant renseignés sur les zigotos derrière le métrage ne doivent sans doute pas être rassurés par la dream team ici à la barre. A la production ? David Sterling tout d’abord, petit bonhomme aux coiffures improbables, à la voix nasillarde et au cerveau tournant visiblement au ralenti, pourtant fort de plus de 100 bobines sorties de ses casiers. Dont les « déjà cultes » Aliens vs Titanic, la minable série slasheresque Camp Blood, les pas bien meilleurs et nombreux Witchcraft (16 opus, les trois derniers ayant été tournés en même temps !) ou encore le pas croyable The Amazing Bulk. Ensuite, toujours aux bourses, Darrin Ramage, connu (bien que le mot soit fort) pour la série de VHS Traces of Death, copies moins populaires du légendaire Faces of Death. A la réalisation ? Jeff Leroy. Jeff who ? Oui, le gus est aussi connu chez nous que Pio Marmaï l’est au Sri Lanka ; et au vu de l’accueil fait aux David DeCoteau et compagnie, on peut imaginer que Leroy, qui travaille avec encore moins de budget que le réalisateur de Creepozoids, ne trimballera jamais son plus beau costume à Cannes, ni même au PIFFF d’ailleurs. On lui doit pourtant de sacrés divertissements, Rat Scratch Fever (on en reparlera dans quelques mois… mais pas sur Toxic Crypt !) étant un modèle de Z généreux et totalement taré. Et son prometteur Giantess Attack !, hommage évident aux films de géants des années 50, semble du même moule… Devant la caméra ? Des habitués du loustic, des comédiens nuls à chier ou des pornstars, la présence des ouvrières du sexe posant d’ailleurs des problèmes à Leroy, certains coincés du derche lui claquant la porte au nez. Mais si par chez nous on regarde ces colibris avec sympathie et attendrissement, il n’en est pas de même pour tout le monde… Dommage, car les haters ne savent pas ce qu’ils ratent avec The Witch’s Sabbath, plus fun qu’une soirée passée à mater un concert Céline Dion à Las Vegas !

 

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Y’en a qui sont malignes ! Ainsi, lorsque la démone Auriana (Syn DeVil, gothique aux seins atrocement refaits, star d’une trentaine de films d’horreur sans budget à la Curse of Pirate Death) se voit chargée par son maître Satan de lui fournir des âmes, elle réunit quelques copines et monte un strip-club. Parfait pour rameuter les obsédé cherchant des courbes dans lesquelles perdre leurs regards, que l’on ira sacrifier à l’arrière de la boutique ou dans le manoir (ici une maison à peu près normale, budget oblige), les attirant en prétextant une petite orgie. Peu de chances que les zigs refusent… Et c’est tant mieux pour nos diablotines, forcées d’envoyer 666 âmes au grand cornu avant la nuit d’Halloween si elles veulent garder leur immortalité. La date approche d’ailleurs à grands pas de Pumpkinhead et il manque quelques esprits à envoyer en enfer, forçant Auriana à inviter la prude Eliza et ses amis pour remplir les quotas de Belzébuth. C’est tout pour l’histoire ? Oui, mais en même temps il n’est nul besoin d’en faire trop, Leroy n’étant pas du genre à trop compter sur ses récits, effacés par plus important. Soit le genre en lui-même, l’argument de vente étant de toute évidence ce mélange entre sexe et gore dont sont friands les barbares dans notre genre. Leroy ne trompe en tout cas pas sur la marchandise, ni dans un cas ni dans l’autre, surtout question hémoglobine. Malgré les moyens faméliques à sa disposition, le copain Jeff se fend tout de même de plusieurs arrachages de têtes, d’un crevage de globes oculaires (même si l’effet est ici réduit à des taches de sang autour des sourcils) et d’un retrait de colonne vertébrale sur une malheureuse encore en vie lors de l’extraction, dont il est si fier qu’il le passe à deux reprises ! Question nudité, cela semble moins évident néanmoins : s’il nous balance régulièrement des boobs dans les mirettes, permettant à ses actrices de se déhancher autour d’une barre de pole dance, on devine que toutes n’ont pas voulu d’une clause les obligeant à déballer les tétons. C’est du coup à Syn DeVil de faire tout le boulot, ainsi qu’à sa copine Lisa Sparxxx, pour qui se balader les mamelles dans le vent n’a rien d’un rôle de composition. Les jeunes érotomanes des années 2000 se souviennent d’ailleurs sans doute d’elle : véritable star du sous-genre pornographique de la MILF en chaleur, la belle Lisa trimballait ses formes aussi généreuses que naturelles dans une brouette de films X. Elle y tenait d’ailleurs souvent les mêmes rôles, devenant un coup la voisine peu farouche aux gros nichons, un autre une torride maman aux gros nichons, voire même la cliente aux gros nichons se faisant livrer un gros paquet. Bon ben ce coup-ci, elle pourra jouer le suppôt de Satan aux gros nichons, notre crémeuse demoiselle les libérant à chaque fois qu’un pauvre type va se faire exécuter. On le devine : la pornstar est venue pour faire monter la température dans nos calbutes, possiblement parce que le pauvre Leroy n’est pas parvenu à trouver une actrice, autre que DeVile, volontaire lorsqu’il s’agit de faire sauter le soutien-gorge… Grand bien lui en a pris, car comme le dit fréquemment Saint Jim Wynorski, la plastique avantageuse d’une comédienne est souvent l’effet spécial le plus réussi d’une Série B !

 

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D’ailleurs, la pauvreté se voit à tous les étages dans The Witch’s Sabbat, la messe noire ne bénéficiant pas des moyens du Vatican. Passe encore les effets gore, pas prêts de rivaliser avec ceux de Rob Bottin ou même de Tom Savini, mais néanmoins corrects pour une production de cet acabit. La misère, c’est plutôt dans certains décors que nous la ressentons, tel cette cave sacrificielle moins bien décorée que le plus nullard des clips de black metal. Rideaux pour cacher la dèche, pentagrammes sur les murs que l’on imagine dessinés à la craie par des enfants, éclairages bleutés ou rougeauds censés rendre le lieu plus diabolique mais le précipitant dans le kitsch,… C’est donc pas glorieux pour l’antre du diable, mais ce n’est encore rien face à la devanture du bar à strip de l’Auriana, que vous pouvez recréer chez vous. Prenez un abri de jardin ou un atelier collé à votre baraque si vous en avez un, accrochez une pancarte que vous aurez peinturlurée à la va-vite en y mettant le nom de votre buvette, n’oubliez surtout pas de la placer de sorte à ce qu’elle cache le toit de votre abris sinon ça fait con (dans le film, elle empêche aussi les clients de rentrer puisqu’elle coupe le passage vers la porte !) et faites quelques graffitis sur le mur, histoire d’avoir un côté « street ». Le tour est joué, vous avez votre bistrot sponsorisé par le Malin ! Heureusement que l’intérieur fait nettement plus illusion, ressemblant pour le coup à une véritable taverne, car l’extérieur est moins bien foutu que le premier camp de Roms aperçu sur le bord d’une nationale ou la cabane de vos petits cousins, pourtant faite avec trois branches d’arbre et un vieux trombone. Bon, en même temps, on s’en fout un peu de tout ça, tout comme on s’en branle complétement que les acteurs n’en sont pas vraiment, tous étant bien évidemment fins nuls, au point que c’est le hardeur Ron Jeremy qui s’en sort le mieux. Ca vous donne une idée… Leroy n’étant pas particulièrement crédule, il saisit bien vite que son affaire à tout intérêt à se draper d’un second degré salvateur s’il ne veut pas récolter les quolibets.

 

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Puisque son héroïne (Christine Cowden) a le charme d’une caisse en carton et que son boyfriend n’a aucun talent, et que par-dessus le marché personne n’en a rien à cirer de leur relation (elle est une emmerdeuse finie, lui aime passer du temps avec ses copains…) ; Leroy a la bonne idée de leur ajouter un autre couple, un peu plus amusant. Pas parce que les interprètes sont meilleurs, ils ne le sont bien évidemment pas, mais parce qu’ils reposent sur un duo comique mieux fichu, la demoiselle étant du genre à cheval sur la politesse alors que le garnement n’est qu’un rustre. Le genre à sentir le poulet frit, à dire à son rencart qu’elle est bonne en pensant que c’est un grand compliment, à scruter sa poitrine et à ne pas se cacher que tout ce qu’il cherche, c’est la culbuter dans un coin. Un grand franc assez marrant à suivre, d’autant que l’on pourrait presque imaginer une love story pas banale à l’arrivée. Dommage que Leroy ait préféré la blonde fadasse et sa moule de petit copain, pour leur part le petit ménage habituel du genre et donc pas franchement passionnants à suivre… Heureusement, on les voit relativement peu, l’accent étant plutôt mis, et à juste titre, sur les agissements des sorcières, dont on suit le petit quotidien. Arrachage de bras d’un flic tentant de faire tomber l’établissement pour proxénétisme, accueil d’un prêtre (Ron Jeremy, savoureuse ironie) vite fait prisonnier dans la cave et saucissonné comme un porc, licenciement par décapitation d’une employée laissée en dehors de la confidence,… Le tout entrecoupé de danses sensuelles non loin du comptoir et d’un final permettant au réalisateur de sortir le grand jeu. Non seulement il en profite pour parfaire le maquillage de la DeVil, de plus en plus démoniaque, mais il requiert également la présence de Satan, venu passer le coucou parce que ses noires paroissiennes n’ont pas tenu leur promesse de lui faire gober 666 âmes. Leroy se permet d’ailleurs de nous proposer une version toute personnelle de l’ange déchu, ici bien loin du bouc rougeaud trimballant un trident tel qu’on se l’imagine fréquemment. D’un mur sort plutôt une créature lovecraftienne, boutonneuse, dotée de tentacules et résolument old-school puisque faite en latex. Etonnant d’ailleurs de la part de Leroy, dont l’art est depuis quelques années intimement lié à Photoshop, outil lui permettant toute les incrustations possibles et imaginables. Il reste sobre en la matière pour The Witch’s Sabbath, n’ajoutant qu’un orage dans le sombre ciel surplombant le manoir des infernales vengeresses, dont les éclairs viennent enflammer les têtes qu’elles viennent de décrocher d’innocentes épaules !

 

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Bien dingue tout cela… et donc bien fendard aussi ! Car on ne s’ennuie pas devant ce sabbat résolument Z, certes, mais aussi généreux et conscient de ses propres limites. Ca blague un peu (y compris sur les seins veineux de la DeVil, moqués lors d’un échange verbal), ça ne se prend jamais au sérieux et ça se réfère principalement aux pelloches des années 80, où de jolies gonzesses étaient emmerdées par goules, sorciers mal lunés et même toons diaboliques dans des maisons plus ou moins luxueuses. On n’est donc pas trop loin des Evil Toons et autres friandises de la période des Scream Queens, et Michelle Bauer ou Brinke Stevens auraient pu faire une apparition ici que la surprise n’en aurait été que limitée. Avec son majordome défiguré et grimaçant (Randal Malone, habitué des no-budget du Jeff puisque croisé dans Rat Scratch Fever, Creepies 2 ou Charlie’s Death Wish), ses gerbes de sirop d’érable à l’ancienne et ses stars plus choisies pour leur physique que pour leurs talents, Leroy donne naissance à une bande finalement assez référentielle, ce qui n’a rien de gênant dans le cas présent. C’est donc le sourire aux lèvres que l’on s’approche de ce buffet bien garni, disposant de sa grosse louchée de cul, de son assortiment de tueries trash et d’un second degré apportant la touche sucrée nécessaire. Et à peine avons-nous digéré le tout qu’on se retrouve déjà dans la file, l’assiette en main, pour un deuxième service, tiens !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Jeff Leroy
  • Scénario : Jeremiah Campbell
  • Producteur: David S. Sterling, Brandy W. Johnston
  • Pays: USA
  • Acteurs: Syn DeVil, Christine Cowden, Eli James, Lisa Sparxxx,
  • Année: 2005

2 comments to The Witch’s Sabbath

  • Roggy  says:

    Ca m’a l’air bien lourd tout ça (et à tous les niveaux !) et je ne sais pas si je verrai le film. En revanche, ta chro m’a fait bien rire 🙂

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