Massacre au Camp d’été

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Les grandes vacances, c’est plus cool pour les morveux que pour leurs parents, qui se demandent bien souvent comment ils vont faire pour être tranquilles pendant deux mois. Qu’ils se rassurent, le Camp Arawak rouvre ses bungalows, et avec un peu de bol, les papounets et mômans seront débarrassés à tout jamais de leurs rejetons !

 

 

 

On me faisait la remarque il y a peu : le slasher constitue le genre estival par excellence. Pas faux, voire même carrément vrai, car si l’on n’ira pas forcément s’empiffrer de Douce Nuit, Sanglante Nuit ou Black Christmas un 15 aout, il est évident que les Vendredi 13, Carnage et autres Nightmare Beach sentent bon les vacances au soleil et le bermuda trempé. Logique donc que l’on se sente en condition pour en enchaîner quelques-uns sous le zénith, même si les habitués de Toxic Crypt savent depuis longtemps qu’on n’attend jamais les ambiances balnéaires pour retrouver nos tueurs masqués. Reste qu’il est toujours préférable de s’envoyer Halloween en octobre et Massacre au Camp d’été… ben en été. Non pas que cela transforme la merde en Nutella, mais ça aide tout de même à se caler dans l’ambiance, faut le reconnaître. N’empêche que Sleepaway Camp, devenu culte au fil des décennies, n’a pas forcément besoin d’être vu alors le mercure part dans le rouge ou les pieds dans le sable, le premier film de Robert Hiltzik (sur une filmographie réduite à deux œuvres, la seconde n’étant autre que Return to Sleepaway Camp, quatrième opus de 2008) étant loin de sentir la vieille bouse de mulot.

 

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N’empêche que sur la seule base du scénario, il n’y a pas de quoi distinguer grandement Sleepaway Camp du reste de la horde des slashers forestiers. C’est que le synopsis imaginé par Hiltzik, qui fondera toute sa carrière sur la saga, se reporte pas mal au premier Vendredi 13, comme nous le savons tous l’un des succès surprises du début des eighties. Sorti en 1983, soit lors de la ruée des tarés casqués sur les écrans, Massacre… semble balayer toute possibilité d’originalité et préfère immédiatement planter son public en terrain connu. Peu de différences entre Crystal Lake et le Camp Arawak au final, même si les origines du drame varient évidemment pour éviter que Madame Voorhees juge bon de prendre un avocat. Pas de déficient mental noyé par ici, mais un père et ses deux enfants qui se font passer dessus par un bateau piloté par des jeunots, visiblement en proie à des troubles du déficit de l’attention. Le daron et l’un des marmots clamsent, tandis que la survivante, la petite Angela, est confiée à sa tante. Huit années passent et désormais âgée d’environ 14 ans, la demoiselle (Felissa Rose) est envoyée avec son cousin Ricky (Jonathan Tiersten) au camp Arawak. Si le garçonnet est plutôt heureux d’y retrouver ses copains et, surtout, sa copine de l’an passé Judy, il n’en va pas de même pour la taiseuse fillette, bien décidée à ne pas ouvrir la bouche de tout le séjour et de ne participer à aucune activité. Autant dire que la cocotte a vite fait de se fabriquer une réputation de weirdo, et donc de se foutre à dos ses camarades : alors que les mecs se foutent joyeusement de sa tronche en multipliant les blagues et moqueries à son encontre, les plus garces la harcèlent et développent une haine farouche envers elle, y compris certaines animatrices plus âgées. Et comme de par hasard, à chaque fois qu’un malotru s’en prend à la p’tite dame, il se fait assassiner de manière atroce dans la journée. Angela punirait-elle les salauds dont le passe-temps est de la malmener ? A moins que ce ne soit son trop protecteur cousin Ricky ? Ou peut-être que le jeune Paul, visiblement amoureux d’Angela, n’aime pas trop que l’on se foute de son flirt ?

 

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La rengaine habituelle, en somme, avec son lot d’ados crétins, de jeux de séduction pré-pubères, de nymphes partant se savonner les cuisses sous la douche, de vanneurs lourds comme une lasagne au parpaing,… Et son meurtrier secret bien sûr, que personne ne repère alors qu’ils sont une bonne cinquantaine à loger au bord de l’eau, dernière épice indispensable pour créer les pires congés imaginables. Bref, tout ça, on connait déjà et l’on se demande bien ce que Hiltzik pourra apporter à l’équation, ce qu’il a de neuf dans ses poches. Certainement pas du gore cra-cra en tout cas ! Que ce soit pour rester dans les limites d’un budget sans doute pas bien élevé, ou parce qu’il n’aime pas trop les effusions sanguines, le réalisateur ne marche pas trop sur les traces de ses modèles sur ce plan, laissant Tom Savini à Jason Voorhees. Mais alors que cela pourrait poser problème à tout slasher, dont on espère généralement une bonne dose de maquillages dégueulasses, cela joue plutôt en faveur de Massacre au Camp d’été, dont tous les meurtres se déroulent soit en hors-champ, soit dans la pénombre, pour ensuite dévoiler le résultat du massacre. De quoi créer un véritable suspense, une montée en puissance dont le sommet n’est plus la tuerie proprement dite, mais la découverte d’un cadavre en mauvais état. Dommage que Hiltzik ne soit plus repassé derrière une caméra par la suite, si ce n’est pour le quatrième opus de sa propre franchise, car si les séquences d’exposition et de causeries n’ont absolument rien de notable (comprendre que c’est du boulot correctement fait mais sans plus), on le sent soudainement plus inspiré lors des meurtres. Un découpage plus précis et l’utilisation de la vue subjective augmentent la tension d’un cran, tandis que la volonté de détourner le regard de l’assassinat laisse travailler l’imagination, pas déçue lorsque l’on retrouvera les corps.

 

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Il faut dire qu’en la matière, le sagouin venu dégommer du mouflet ne manque pas d’idées, renversant de la soupe brulante sur un cuistot un peu trop porté sur la pédophilie (on ne peut que trop l’être, remarquez), lacérant le dos d’une monitrice désagréable, ou balançant une ruche dans les chiottes alors qu’un salopard y déposait autre-chose que des billets. Pire encore, le voilà qui étouffe une gamine avec son oreiller avant de lui enfoncer un fer à friser dans l’intimité ! Si l’on ne verra pas le résultat de cette chaude insertion, la MPAA jugeant le plan tourné comme beaucoup trop atroce pour ne pas le censurer, les autres feront leur petit effet, que ce soit les retrouvailles avec un campeur noyé et de la bouche duquel sort un serpent, ou celles avec un type au visage envahi par les abeilles. Et c’est sans parler du cuisinier trop entreprenant avec les fillettes, son tourment, mérité, étant l’un des plus douloureux vu dans le genre… Pas gore à proprement parler donc, tout cela, mais nettement dérangeant. C’est d’ailleurs dans le glauque que la Série B se développe le mieux, d’une part en tuant des gamins qui, pour une fois, en sont vraiment (on évite les teenagers censés avoir 15-16 ans incarnés par de braves adultes de plus de 25 piges), d’une autre en imaginant un final tatoué à jamais dans le cortex des chanceux un jour passé devant la péloche. Attention, ça va SPOILER sévère, donc si le film vous est toujours inconnu, vous pouvez passer directement au paragraphe suivant. Le fait est cependant bien connu et il suffit de taper le titre du métrage sur Google Images pour être soudainement matraqué par les photos révélant l’identité du serial killer. A savoir Angela. Bon, on s’en doutait un peu, à vrai dire, même si Hiltzike ne se débrouillait pas trop mal pour brouiller les pistes et laisser sous-entendre que Ricky était le furieux de service. D’ailleurs, pour les besoins du tournage, c’était lui qui commettait les meurtres, la mère de Felissa Rose ayant refusé que sa fille participe à ce genre de scènes. Ce qui ne l’empêchera pas d’entrer dans la légende via le dernier plan de Massacre au Camp d’été, montrant la pucelle en train de tenir la tête de Paul – le seul qui fut attentionné envers elle – totalement nue et avec un zboub entre les jambes ! Eh oui, la petite est en fait un petit, que sa tante, visiblement bien cinglée, a forcé à se travestir parce qu’elle avait déjà un petit garçon et qu’elle ne désirait pas en avoir un deuxième. Inutile de préciser que la manière qu’à le metteur en scène de révéler l’insoupçonnable a tôt fait de modifier totalement l’image que l’on a de la bande, qui mérite d’ailleurs une seconde vision puisque l’on ne verra de toute évidence plus l’héroïne de la même manière… FIN DES SPOILERS

 

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Sans forcément aller jusqu’à prétendre que Sleepaway Camp est l’un des meilleurs essais de sa catégorie, on claironnera tout de même qu’il fait partie des plus marquants. Et globalement des mieux foutus, car si quelques actrices font tomber le tout dans le cheesy (certaines libellules en font des tonnes) et que le vétéran Mike Kellin (Midnight Express, L’Etrangleur de Boston, dont c’est ici le dernier film, l’homme décédant peu après d’un cancer du poumon) ne fournit pas la meilleur prestation de sa carrière, l’interprétation est globalement satisfaisante et crédible. Ne manquait plus qu’un score mémorable, ce que celui d’Edward Bilous n’est malheureusement pas, et c’était le carton plein, en somme. Bien dommage que tout cela soit toujours inédit chez nous en DVD, alors que le site Oh My Gore eut la bonne idée d’éditer les deuxième et troisième opus. Ce serait dommage de les laisser seuls sur l’étagère, non ? D’autant que la VHS du père Mordo n’est plus très loin de rendre l’âme… Si un pourvoyeur de galettes sanglantes me lit, il sait ce qu’il lui reste à faire.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Robert Hiltzik
  • Scénario : Robert Hiltzik
  • Producteur: Robert Hiltzik, Michele Tatosian, Jerry Silva
  • Titre original: Sleepaway Camp
  • Pays: USA
  • Acteurs: Felissa Rose, Jonathan Tiersten, Karen Fields, Mike Kellin
  • Année: 1983

2 comments to Massacre au Camp d’été

  • Roggy  says:

    J’ai bien lu ta chronique en enjambant tous les spoilers car je n’ai pas encore vu le film. J’espère que tu pourras récupéré les suites pour nous concocter de belles chros dont tu as le secret 🙂

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