The Killing Kind

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L’amour c’est beau et le sexe c’est chouette, cela parait évident. Si ce n’est pour le pauvre Terry, impuissant trop choyé par sa mère développant peu à peu une véritable haine pour la gent féminine. Dommage, il s’en est fallu de peu pour que The Killing Kind se change en une jolie pub pour le viagra…

 

 

 

Curtis Harrington, le cinoche d’exploitation, il connait plus que bien. Lorsqu’il sort de ses fourneaux The Killing Kind en 73, il en est déjà à une bonne trentaine d’années d’expériences, même si les vingt premières furent uniquement constituées de courts-métrages. Un départ en douceur pour mieux tenir la distance sur la longueur, puisqu’il enchaînera tout de même Night Tide, Voyage to the Prehistoric Planet et Queen of Blood dans les sixties, autant de Monsters Movies ou de virées dans la science-fiction qui lui permettront de devenir une personnalité appréciée des cinéphiles rêveurs. Mais les couleurs des sixties et leur bestiaire réjouissant, cela ne dure qu’un temps, Harrington profitant du retour sur Terre occasionné par les années 70 pour verser dans le grindhouse vériste. Si ce n’est le téléfilm The Cat Creature lui servant de rechute dans le fantastique, via une histoire de bijoux dérobés à une momie qui se transformera en chat pour assouvir sa vengeance, c’est vers le faits-divers que braque le bon Curtis. Ainsi, dans What’s The Matter with Ellen ?, la mère d’un assassin ouvre une école de danse mais se sent très vite épiée, tandis que Mais qui a tué Tante Roo ? se penchera sur le cas d’une brave dame offrant aux marmots de son patelin de drôles de fêtes de Noël, puisqu’elle finit par enfermer une gamine dans son grenier. C’est pas du Faites Entrer l’Accusé, mais ça pourrait presque… Et l’on imaginerait presque ce dingo d’Hondelatte remettre sa veste en cuir et quitter son bureau après avoir traité le cas du jeune Terry Lambert (John Savage du Parrain 3, La Ligne Rouge, Voyage au Bout de l’Enfer et, pour les fins gourmets, Carnosaur 2), accusé d’avoir violé la jeune Tina (Susan Bernard de Faster, Pussycat! Kill! Kill!). Malgré lui, d’ailleurs, puisqu’il fut entrainé dans un viol en bande auquel il ne voulait et ne pouvait pas participer, le jeune homme étant du genre à être équipé d’une asperge plutôt que d’une carotte. Mais rien n’y fait, flanqué d’une avocate pathétique, le jeune part pour deux années derrière les barreaux, laissant seule sa mère Thelma (Ann Sothern, célèbre pour son rôle de Maisie) pour gérer la pension dont elle s’occupe. Vingt-quatre mois plus tard, Terry sort enfin, retrouvant son doux foyer avec dans sa valise une sacrée rage envers le beau sexe. Et l’éphèbe d’entreprendre une vengeance envers celles à l’origine de sa perte…

 

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Spectateurs en quête d’un feel good movie, tournez les talons et piquez un sprint comme si vous aviez un DSK en rut dans le dos ; si ce n’est une déprime d’enfer, vous ne trouverez rien pour vous dans la sombre destinée de Terry. Oubliez donc la SF pop et bariolée dans laquelle se complaisait Harrington, cette fois ça ne joue plus, The Killing Kind étant l’un des plus beaux exemples de l’exploitation grisâtre et morose. Et du psychokiller movie, aussi, branche moins amusante du slasher visant à développer la psychologie félée du tueur plutôt que de remplir les frigos de la morgue. Non pas que cela se tourne les crocs de boucher sous le pavillon de Terry et Thelma, au contraire même puisque le minot foncera avec son véhicule dans une autre carlingue pour l’envoyer dans le décor (et sa conductrice par la même occasion, sinon c’est pas drôle), étranglera de la nénette sous la douche, menacera une madame avec son opinel et lui lacérera la joue, et ce quand il ne fout carrément pas le feu aux habitations. Heureusement qu’il s’en prend de temps en temps aux chats ou aux rats trottant dans la pension de sa reum, sinon on penserait presque qu’il est misogyne, le mec. Reste que le principal pour Harrington n’est certainement pas de faire dans le sensationnel en repeignant des habitats complets aux couleurs de la bolognaise, la mission étant plutôt de plonger dans le quotidien d’un adolescent si mal dans sa peau, et sa sexualité, que le seul rapport qu’il peut avoir avec les femmes se trouve dans le meurtre. Si ce n’est vis-à-vis de sa génitrice, évidemment, même si les rapports avec celle-ci n’arrangent certainement pas les choses : en le couvant trop, elle le garde dans une bulle de savon toute enfantine, créant forcément un décalage avec le monde extérieur, particulièrement torride. Car ça s’enflamme dans son périmètre ; outre la violée Tina qui lui sourit étrangement lors l’agression et semble d’ordinaire multiplier les partenaires, Terry devra résister aux avances insistantes de Lori, jeunette logée dans la pension. Et pour couronner le tout, l’une de ses voisines matures le soupçonnant de plus en plus d’être ce qu’il est réellement, soit un dangereux détraqué, devient soudainement attirée par lui pour cette même raison…

 

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Autant dire qu’avoir tant de chattes en chaleur qui lui tourne autour (y compris sa mère, avec laquelle il a une relation plus qu’ambiguë) alors qu’il est incapable de leur renifler le derrière ou de lever la queue, a tôt fait de rendre Terry de plus en plus instable. Et l’ennui du quotidien ne le dévie certainement pas de ses problématiques, notre jeune gaillard dont le job est de réparer la plomberie défaillante dans les chambres des locataires ou les débarrasser de la vermine galopant sous le plancher, n’a tout simplement rien à faire si ce n’est rester allongé les yeux dans le vague, à polir ses idées noires. Musicien incapable de composer une chanson entière (symbole de son impuissance), rien ne semble pouvoir sortir Terry de son marasme, et aucun avenir brillant ne semble se profiler devant lui. Et ce malgré une mère photographe amateur n’hésitant jamais à lui rappeler, au détour de quelques clichés, qu’il pourrait être une véritable star. Las, il restera un employé engagé pour ses liens familiaux avec le bailleur, entouré de vieilles femmes qui le regardent comme le gamin qu’il est resté… Pas étonnant qu’il se cauchemarde dans un berceau, enfermé avec sa Némésis Tina, alors que le scrutent toutes les rombières comme s’il était un nouveau-né. Ce morne quotidien, le copain Curtis semble vouloir le capturer dans tout ce qu’il a de froid et pénible, usant d’un filmage volontairement sobre ou ankylosé, allant au même rythme que les longues journées de Terry et Thelma. Et puis, soudainement, la folie s’échappe de la caméra du réalisateur en même temps qu’elle éclot chez son protagoniste principal, Harrington expérimentant en tapant dans l’art glauque (les séquences de rêves) ou avec son montage, freinant subitement pour des arrêts sur images sur Terry, pris d’une démence soudaine. Aussi malin qu’efficace puisque rompant la relative quiétude de l’ensemble sur les deux plans, scénaristique et formel.

 

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The Killing Kind constitue donc une fameuse descente dans le puits de l’aliénation, Terry n’étant pas le seul à laisser perplexe. On peut en effet se poser de sérieuses questions sur Louise (Luana Anders), bibliothécaire bien sous tous rapports qui semble avoir très envie de plonger sa main dans les flammes de l’enfer. S’étant rendue compte que son jeune voisin s’abandonne fréquemment à ses pulsions meurtrières, elle décide de se rapprocher de lui, soit pour se confier sur son envie de tuer son vieux père, soit pour le draguer. Et pas avec une grande finesse puisqu’elle lui annonce tout de go que cela doit être formidable de se faire violer… Pas de quoi rendre plus stable Terry, dont l’image de la femme s’effrite au fil des rencontres, sa mère (qui ne connait pas son père, cette ancienne beauté ayant visiblement accueilli trop de monde sous ses draps pour juger du grand vainqueur) elle-même ne cessant de l’embrasser sur la bouche, rendant encore un peu plus floues les frontières entre l’attirance et l’affection. Passionnant, mais surtout imprévisible, puisqu’un récit piloté par les sautes d’humeur d’êtres tordus ne peut être saisi. Expérience à faire donc que le film de Curtis Harrington, qu’Artus eut la bonne idée de sortir dans leur collection Horreur US 70’s, voilà quelques années. Les grands romantiques que vous êtes savent ce qu’ils leur reste à faire…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Curtis Harrington
  • Scénario : Tony Crechales, George Edwards
  • Producteur: George Edwards, Sal Grasso, Leon Mirell
  • Pays: USA
  • Acteurs: John Savage, Ann Sothern, Ruth Roman, Luana Anders
  • Année: 1973

2 comments to The Killing Kind

  • Roggy  says:

    Encore un film que tu dissèques fort bien et que j’ai hâte de mater du coup. Heureusement, je l’ai choppé au dernier Bloody week-end. Un bon achat donc 😉

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