Stage Fright

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Ne mentez pas, vous êtes tous un jour tombés sur un clip sirupeux, à base de jeunes adolescent(e)s chantant l’amour comme aux grandes heures des Boy’s et Girl’s Band. Et vous avez tous souhaité qu’un maniaque armé d’une scie circulaire déboule sur scène pour les faire hurler pour de bon ! Champagne, le Canadien Jerome Sable jouit des mêmes pulsions que nous et les a couchées sur pellicule avec Stage Fright !

 

 

 

Qu’est-ce qu’il pourrait bien se passer si l’on balançait Jason et sa grosse machette dans les coulisses de La Nouvelle Star ? Ou que l’on offrait un week-end à Cropsy de Carnage dans la villa de Star Academy ? Pour sûr qu’ils aideraient les apprentis Johnny Halliday à mieux connaître leur anatomie, à voir de quoi leurs cordes vocales sont faites. Mais tout cela en reste au stade de la supposition, du doux rêve… désormais réalité ! Car grâce à Jerome Sable, Canadien à la barre de plusieurs courts tournés entre 2006 et 2010, nous allons enfin savoir ce que donne le mélange entre une comédie musicale à la con et un bon vieux slasher des bois. Le mélange entre horreur et chansonnette n’est de toute façon pas étranger à Sable, déjà auteur d’un The Legend of Beaver Dam flottant dans les mêmes eaux musicales. On croisait en effet dans cette œuvre au format concis datée 2010, un petit campement de scouts, venus jouer de la gratte entre les connifères et réveillant du coup une sorte de cousin éloigné des dingos de Détour Mortel. Parler de répétition pour le présent Stage Fright (2014) ne serait pas exagérer… S’il remplace les louveteaux par des étudiants en gazouillis et en chorégraphies, et qu’il met de côté les sombres forêts pour un camp de vacances enjoué, le copain Jerome garde cependant le principe de l’aliéné venu dessouder du jeune con en rythme. Bonne chose, on aime tous ça par ici.

 

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Alors qu’elle vient de jouer la première de la pièce musicale The Haunting of The Opera, la diva Kylie Swanson (Minnie Driver) se fait brutalement assassiner dans sa loge par un tueur masqué, qui emprunte le déguisement du fameux fantôme de la pièce. Dix ans plus tard, ses deux enfants, les jumeaux Camilla (Allie MacDonald, logée dans La Maison au Bout de la Rue) et Buddy (Douglas Smith du premier Ouija), ont été confiés à son époux d’alors, le producteur Roger McCall (le chanteur Meat Loaf), depuis quelques années directeur d’un camp de vacances apprenant aux plus jeunes à imiter Garou et Hélène Ségara. Si les affaires ne semblent pas marcher trop mal pour McCall, il garde tout de même à l’esprit qu’il aurait pu devenir un grand producteur avec The Haunting of the Opera, et entreprend du coup de remonter le show avec l’aide de ses élèves. Bonne nouvelle pour la prude Camilla, qui a toujours rêvé de marcher sur les traces de talons hauts de sa défunte mère, et ce au grand désarroi d’un Buddy préférant que sa sœurette reste en dehors des spotlights. Il n’est d’ailleurs pas le seul à ne guerre aimer les ritournelles sucrées, un tueur plutôt branché heavy metal niché dans les sous-sols de la colonie se jurant de les faire taire à jamais ! Prenant la défroque du fantôme attendu sur les planches, il va s’assurer qu’aucune fausse note ne sorte des bouches qu’il s’en va démonter. Dans les faits, nous voilà plutôt face à un script assez peu avant-gardiste puisque nous y retrouvons tous les passages obligés du genre : la final girl est vierge et attend le bon moment pour se faire sauter l’abricot, les meurtres sont liés à un drame survenu une décennie plus tôt, le groupe d’ados à étriper est constitué des figures habituelles (le beau gosse qui se la joue, l’homosexuel, la pimbêche, la goth,…) et le furieux tuant tout ce beau monde va bien entendu varier les méthodes d’exécution. Rien de neuf, en somme, et le récit rappelle d’ailleurs fortement celui d’un autre neo-slasher canadien, Le Clown de l’Horreur. Sortie en 99 et un peu oubliée de nos jours, cette clownerie mettant en scène Margot Kidder et Christopher Plummer avait très exactement les mêmes prémices que Stage Fright : on y voyait une cantatrice se faire dézinguer dans ses quartiers privés, là aussi dans un vieil opéra, dans lequel sa fille retournait une décennie plus tard pour y croiser le meurtrier. Ressemblance troublante, mais que l’on devine assumée par Sable, pas le dernier à jouer au petit jeu citationnel via quelques clins d’œil à Hellraiser et Massacre à la Tronçonneuse.

 

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De toute façon, si la qualité d’un slasher se jugeait à son scénario, cela se saurait et Vendredi 13 n’aurait jamais connu 150 séquelles ; et c’est ce que le réalisateur fait du genre, du tonus qu’il parviendra à lui insuffler ou non, qui fera la différence. Conscient que le public a déjà bouffé du psychokiller comme DSK s’est empiffré de tarte aux poils, Jerome Sable décide de faire de Stage Fright (également le patronyme ricain de Bloody Bird, autre massacre situé dans les coulisses d’un théâtre) une comédie musicale. Après tout, c’est plus que raccord avec le sujet, non ? Mais comme dans comédie musicale, il y a le mot « comédie », notre réalisateur, également derrière les fichiers Word pour le scénar’, joue la carte du second degré. Pas tellement dans le but de rire gentiment du genre et des Séries B comme le faisait merveilleusement bien The Final Girls, mais plutôt pour se moquer des séries chantantes façon Glee et compagnie. Ainsi, dès que ces apprentis pop-stars desserrent les dents, c’est pour danser et miauler en chœurs, tous les sentiments des protagonistes passant par des compositions de Sable himself. Y compris ceux du tueur, forcément plus virulent dans sa musicalité que les naïfs qu’il s’apprête à découper en tranches : pour lui, ce sera de rudes accords de guitares électriques et des vocaux écorchés, accompagnateurs parfaits de lyrics enragés, notre homme en ayant assez d’avoir les oreilles qui saignent à force de se taper les romances symphoniques de ses voisins. On le comprend, et plutôt deux fois qu’une… Reste que s’il s’amuse de la nigauderie de la jeunesse qu’il filme, Sable se montrera nettement plus cinglant envers les professionnels du milieu du spectacle, guère épargnés par la critique acide que constitue Stage Fright. Ainsi les reporters venus couvrir l’évènement qu’est cette relecture du Fantôme de l’Opéra saisira surtout sa chance de sortir avec le premier rôle féminin, tandis que le producteur incarné par Meat Loaf se fout bien qu’un serial killer rôde et que ses ouailles courent un grave danger : tant qu’il peut redorer son blason et récolter les dollars, la pièce se fera. Et qu’importe les conditions et les menaces ! Pas bien meilleur, voire pire, le jeune metteur-en-scène engagé pour diriger la pièce, seulement venu pour s’infiltrer entre les cuisses de ses actrices. Et bien entendu, ce sera la plus décidée à tomber le plus vite la culotte qui obtiendra le premier rôle tant désiré…

 

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De quoi créer des rivalités et faire dévier les comédiennes de leur objectif premier, jouer de la voix devenant moins important que tacler sa concurrente (nouvelle référence, cette fois à Carrie, avec un seau de peinture rouge prévu pour la pauvre chanteuse) ou obtenir les faveurs du pervers chef de la troupe. Néanmoins, l’humeur générale ne sera pas réellement à l’accusation des pratiques peu valeureuses en vigueur dans les domaines artistiques, Stage Fright restant avant tout un divertissement pur et simple. Comprendre que la gaudriole sera de mise, et ce à chaque instant. Bien sûr que ça va charcler, et c’est même parfois assez gore pour tout dire : multiples coups de couteau de cuisine dans la gorge puis dans la bouche, ampoule allumée enfoncée dans le bec, bide ouvert à la scie circulaire, clous plantés dans la face,… Les meurtres sont donc brutaux, et les calvaires souvent longs, mais le principal semble être ailleurs, soit dans la détente, dans le gag. Souvent drôles, d’ailleurs, ces vannes, que ce soit lorsqu’un bellâtre précise, en chanson, qu’il n’est pas gay mais gai… et que l’un de ses camarades apparaît pour préciser que lui est gay, et juste gay ! Ou encore lorsque, pris d’une envie de se distinguer, l’artiste à la tête du projet théâtral décide de délocaliser l’intrigue au Japon… sans changer les noms des protagonistes ou des lieux, donnant aux échoppes des blases italiens alors que ne s’y trouvent que des êtres grimés façon kabuki ! Et on passe quelques passages tout aussi fendards, comme le fiasco que devient la pièce, dont le clou du spectacle se devra d’être improvisé sur le moment ; ou encore les danses volontairement stupides des marmots lorsqu’ils arrivent au camp de la mort.

 

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Bien sûr, l’évidence s’impose d’elle-même : Stage Fright et son assassin grimé à la mode du Soleil Levant ne vont pas entrer dans la légende. Mais au moins nous auront-ils divertis, et de fort belle manière qui plus est. Car techniquement, rien à reprocher au boulot fait par Jerome Sable : si le filmage en lui-même n’a rien de particulièrement étonnant, tout se chevauche toujours efficacement et la photographie est de toute beauté, un luxe devenu rare en matière de slasher, le style étant depuis quelques années abonné aux tournages plus Z que Z. Fait sérieusement mais avec pour seul objectif d’éclater la galerie, le premier long de Sable se présente donc comme une réussite, certes mineur, mais suffisamment sympathique pour nous donner envie de voir ce que nous proposera le bonhomme par la suite. Notre siège est déjà réservé au balcon, en tout cas !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Jerome Sable
  • Scénario : Jerome Sable
  • Producteur: Jonas Bell Pasht, Ari Lantos
  • Pays: Canada
  • Acteurs: Allie MacDonald, Douglas Smith, Meat Loaf, Kent Nolan
  • Année: 2014

2 comments to Stage Fright

  • Roggy  says:

    Je viens de mater le film et je suis globalement d’accord avec toi, même si le début du film est un peu long. Surtout qu’il faut se taper la comédie musicale et les chansons avec les ados (c’est vrai que les paroles sont assez drôles). Dommage aussi que les meurtres soient assez espacés et que la fin manque un peu de punch. Néanmoins, cela reste divertissant pour un tel film et pas très long en plus.

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