Critters

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Tout ce qui est petit n’est pas mignon, et il y a peu de chances que ce boules de poils tombées du ciel que sont les Critters deviennent un jour aussi populaires que les chatons maladroits qui envahissent Youtube et réjouissent vos petites sœurs. Heureusement, l’Horror Addict est un ami des animaux prêt à accueillir toute race déposée sur le pas de sa porte, même lorsqu’elle a la fâcheuse tendance à becter vos doigts jusqu’au sang…

 

 

 

La taille, ça ne fait pas tout, les micropénis vous le diront. Ainsi, après des années de fantastique placé sous le signe du gigantisme, le genre a peu à peu revu ses ambitions à la baisse. Non pas par difficultés techniques – après tout Bert I. Gordon, Ray Harryhausen et un escadron de Japonais avaient largement prouvé qu’il était possible de balancer d’énormes gloumoutes dans les cités, parfois à moindre frais -, mais sans doute par lassitude du public. Certes, les menaces aux proportions divines sont depuis redevenues à la mode au fil des Cloverfield, Pacific Rim, remakes de Godzilla et King Kong, ou encore dans le petit monde du manga avec le très populaire L’Attaque des Titans ; n’empêche qu’à l’arrivée des eighties les géants ne payaient plus. On préférait la menace à carrure humaine des slashers d’une part, les petites bébêtes de l’autre. Les araignées, piranhas, serpents et autres fourmis reprenaient leurs mesures classiques, signe d’un changement des temps que Joe Dante viendra entériner en distribuant des Gremlins dans les cheminées, un soir de Noël. Révolution en marche dans le petit monde de l’horreur, dès lors, le public craignant moins de se faire piétiner par un lézard atomique que de retrouver une armée de créatures microscopiques sous son lit. Ainsi, lorsque les jouets ne se rebellaient pas au gré des Dolls, Puppet Master, Chucky et autres Dolly, c’étaient des démons en modèles réduits qui sortaient d’un trou diabolique dans The Gate ou ces satanés Ghoulies que l’on retrouvait au fond de nos cuvettes. Autant dire qu’un producteur avisé comme Robert Shaye, déjà heureux pour avoir sorti Freddy Krueger des fours de New Line Cinema, ne pouvait passer à côté de cet intérêt pour les monstres aux dimensions d’avortons. N’allez cependant pas dire au réalisateur/scénariste Stephen Herek que son Critters sorti en 86, soit deux ans après Gremlins, n’est qu’une tentative de récolter la laine tombée du pauvre petit Guizmo, vous risqueriez de le mettre en rogne. Selon ce brave homme à la filmographie étonnante (après Critters, il est devenu culte via Bill & Ted Excellent Adventures, puis enchaina avec la version live des 101 Dalmatiens, Rock Star avec Wahlberg et est désormais tombé dans la série télévisée), cette invasion de vilaines bêtes venues d’une autre galaxie, il l’a imaginée bien avant que le Mogwaï ne se fasse renverser un verre de flotte sur l’épine dorsale. Il précise même que cet arrivage d’hérissons maléfiques dans une petite ferme du Kansas, il la cauchemarda bien des années avant que Dante ne crée le succès surprise… S’il le dit, pourquoi ne pas le croire ?

 

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D’autant qu’à dire vrai, on s’en fout un peu, les zigs dans nos genres n’étant pas du style à tourner les talons lorsqu’ils se retrouvent face à une copie carbone, nos étagères débordant de La Mort au Large, Starcrash et autres 2019 après la Chute de New York, que l’on préfère quelquefois aux originaux. Préférer Caroline Munro à Mark Hamill, c’est pas sale hein. De toute façon, nous sommes plus intéressés par la présence des frères Chiodo (spécialistes des sfx, également réalisateurs du légendaire Killer Klowns from Outer Space) à la construction des Critters que par la question de l’originalité du script. On fait d’ailleurs bien, tant le premier métrage de Herek ne montre aucune envie de se distinguer du tout-venant du genre « monstre affamé », et ces fameux Krites ou autre-chose, c’était quasiment du pareil au même au niveau de la charpente du récit. On retrouve en effet les situations habituelles (les protagonistes n’osent plus sortir de chez eux ou se font happer sous leur bagnole) et le petit casting classique de la Série B (père sévère, sœur chaudasse, gamin fan de SF et véritable amoureux des explosifs), New Line poussant le vice jusqu’à embaucher Dee Wallace, éternelle maman des années 80, dans le rôle de la fermière aimante offrant de bons petits repas à base de maïs à sa progéniture. C’est d’ailleurs évident : Robert Shaye, en produisant Critters, ne souhaitait sans doute pas fournir un Horror Movie trop virulent ou trop gore, visant plutôt le carcan nettement plus sûr du film fantastique quasiment tous publics. Inutile de traquer les chutes d’organes au sol ou les décapitations faites pour repeindre le plafond, rien de tout cela ne se glisse sous la caméra du sobre Herek. Une vache boulottée et quelques morsures sur les deux pauvres malheureux qui périront des crocs de ces hérissons, et ce sera tout ! Sans aller jusqu’à dire que ce point de départ de la franchise est family friendly, force est donc de reconnaître qu’il ne risque à aucun moment de refiler un haut le cœur à vos petits cousins, qui en ont certainement vu des plus gratinés sur leurs consoles ou sur Pornhub en cherchant des Asiatiques en train de se vomir dans la chatte.

 

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Mais comme déjà sous-entendu plus haut, ce que l’on retiendra de Critters, ce ne sera pas le plaisir de voir Billy Zane se faire becter (cent fois moins chiant que de le voir essayer de cueillir sa Rose dans les cabines du Titanic) ou de découvrir une Lin Shaye (sœur de Robert, ce qui explique sa présence), alors seulement âgée de la quarantaine et fringuée n’importe-comment. Pas plus que ces deux aliens engagés pour ramener les Krites dans la prison dont ils  se sont échappés, les zigotos ne servant pour ainsi dire à rien puisque c’est le jeune Brad (Scott Grimes), aidé d’un employé benêt de son daron, qui finira par faire sauter le vaisseau des petits évadés. Non, l’attrait marquant du métrage, c’est définitivement la personnalité des monstres, perfides comme pas deux et visiblement fiers de l’être ; voir pour s’en convaincre cette séquence les montrant en train d’envoyer un rayon laser sur une bicoque, totalement détruite suite à cela. Et les vilainies de ricaner après leur méfait, purement gratuit puisque personne ne séjournait dans la maison au moment du tir ! Si les Critters sont méchants, c’est du coup avec la même réjouissante méchanceté que Herek va les dessouder, laissant les canons les faire voler en éclats, quand ils ne se prennent pas des ventilateurs sur le crâne ou qu’on ne les défonce pas au marteau. On félicitera d’ailleurs le sens du spectacle du réalisateur, qui offre à l’ensemble un rythme plus que satisfaisant, les temps morts ne se trouvant que dans l’exposition du métrage. Par la suite, ça déménage sans arrêt, sans pause, sans respiration. Et sans ambitions démesurées, le but de l’entreprise étant de détendre durant 80 minutes, de celles qui filent comme un seul homme, sans chercher à renouveler le septième art branché épouvante ou apporter une mythologie particulièrement détaillée. Tout ce que l’on sait, c’est que les Krytes sont de sacrées ordures et que la moitié de l’univers aimerait les voir sous les verrous, et c’est bien suffisant ! Bon, on apprend aussi que dans les eighties, seul le clip d’un certain John Steele, hardos ringard inventé pour les besoins de la péloche, était diffusé en boucle sur tous les téléviseurs. Mais c’était ça aussi, l’époque : de l’inutile soudainement devenu indispensable ! Un peu comme Critters, en fait…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Stephen Herek
  • Scénario : Stephen Herek, Domonic Muir
  • Producteur: Rupert Harvey, Robert Shaye, Barry Opper
  • Pays: USA
  • Acteurs: Scott Grimes, Dee Wallace, M. Emmet Walsh, Billy Green Bush
  • Année: 1986

One comment to Critters

  • Didier LEFEVRE  says:

    Ado j’avais l’affiche au dessus de mon lit. Ce film cristallise parfaitement l’époque bénie que nous vivions alors.

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