Dark Waters

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The Ecstasy of Films, plus exalté que jamais avec Dark Waters ! Et il y a de quoi, la petite bisserie du discret Mariano Baino faisant partie de ces œuvres d’art capables de vous faire voir la lumière. Mais plutôt que de tomber du ciel, elle semble surgir des profondeurs d’un océan noirâtre…

 

 

 

On l’a vu au fil des visions des Séries B italiennes tardives, soit celles sorties entre, disons, 1987 et 1993 : ça n’allait pas fort pour le bis transalpin à cette époque. Pas bien étonnant, dès lors, de voir certains jeunes réalisateurs mettre les voiles pour tenter leur chance à l’étranger, tel Mariano Baino. Ainsi, après avoir tourné le court Dream Car à domicile pour la télé ritale, le jeune homme quitta la Botte pour donner vie à Caruncula en Angleterre, sans imaginer que cet essai datant de 1990 serait aussi son ticket vers un projet plus ambitieux. Plus ambitieux mais toujours situé dans la zone du low budget quand même, puisque le producteur frappant à sa porte n’est autre que le Russe Victor Zuev, certes riche, mais pas non plus au point de lui permettre de tourner un nouveau Cléopâtre. Pas bien grave, Baino ayant le sens de l’adaptation : parti pour tourner un film à la Lovecraft convoquant mutants et êtres démoniaques dont le souhaite est de contrôler la terre et les mers, il finira par rayer de son script initial ces éléments trop chers à poser sur pellicule, optant finalement pour une version moins ambitieuse de son projet, nommé Dark Waters. Les être difformes et monstrueux ont beau être jetés à la corbeille, cela n’empêche pas le récit d’être tourné vers une menace intrigante, à savoir des nonnes maléfiques vénérant une « Bête », monstruosité répugnante cachée dans les catacombes de leur couvent. C’est dans cet enfer aux airs pieux que déboule la pauvre Elizabeth (Louise Salter), Londonienne ignorant tout de ces lieux maudits, forcée de rendre visite à cette communauté nichée sur une falaise en bordure d’océan parce que son père avait pour habitude de lui faire de nombreux legs. Non seulement cela lui permettra de découvrir pourquoi son père crachait tant de flouze dans les poches des nonnes, mais en plus cela lui permettra de revoir son amie Theresa, rentrée dans les ordres. Les retrouvailles n’auront cependant jamais lieu, Elizabeth découvrant bien vite que les bonnes sœurs ont commis l’assassinat de son amie. Persuadée d’être en danger elle aussi, elle tentera de s’échapper avec l’aide de Sarah (Venera Simmons), non sans découvrir ce que ces lieux sinistres cachent comme atroce vérité…

 

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Si pour vous « cinéma horrifique » rime avec « quelqu’un se ramasse un coup de hache derrière l’oreille toutes les cinq minutes », vous risquez de souffrir sérieusement devant Dark Waters, très loin de prétendre au statut de divertissement fendard et débordant d’énergie. D’ailleurs, lorsque la team derrière le métrage est interrogée sur ses ambitions, c’est sans se faire prier qu’elle avoue que son but premier était de s’éloigner autant que possible des lois entrées en vigueur. Exit, donc, les meurtres à répétition assurant un rythme semblable à celui d’un métronome, et à la benne l’humour omniprésent dans le genre en ce début des nineties. Son plongeon dans les eaux sales d’une île perdue au milieu de nulle-part, Mariano Baino le veut charbonneux et ne souhaite visiblement pas que le public en sorte comme il sortirait de Bad Taste, avec du popcorn coincé entre les molaires. Le but n’est donc pas de s’éclater, ni même de frissonner, mais plutôt d’être dérangé, mis mal à l’aise par un climat délétère. Inutile dès lors de traquer la scène gore gerbante ou la jumpscare faite pour vous coller le front au plafond, Dark Waters est un film d’ambiance, ni plus ni moins. Une descente aux enfers progressives vécues des yeux d’Elizabeth, contre laquelle la caméra se colle pour s’assurer de n’avoir qu’un seul point de vue de tout le métrage. Si ce n’est lors d’une belle et obscure introduction plantant le décor, et tenant plus du montage subliminal puisqu’alignant les séquences impossibles à appréhender à ce stade de la bobine, nous tiendrons donc constamment la main à la jolie Elizabeth, partie découvrir son passé (elle y est née et sa mère y serait morte) et son futur dans la froide muraille du couvent.

 

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Parfait pour provoquer l’immersion, puisque le cinéphile découvrira dès lors les moindres recoins de ces tristes terres en même temps que le protagoniste principal, vivra chaque rencontre ou découverte à travers ses yeux. Et puisque nous ne sommes pas face à une Ripley dégommant de la chrétienne au lance-flamme ou à la sulfateuse, le tempo global sera plutôt celui d’une version ankylosée de Fort Boyard, sans les nains et le vieux barbu mais avec une chimère nichée dans sa grotte. Toujours plus dangereux que Felindra et ses foutus chatons… Certes, Elizabeth combat quelques catholiques déchues, venues la lame au poing pour percer leur curieuse invitée, mais elle passe surtout le plus clair de son temps à errer. Et nous avec. On se balade sur la plage, on part à la pêche aux infos, on écoute des seconds rôles parler mollement, on parcourt des grottes éclairée à la bougie, on se cache dans une pièce secrète,… On vadrouille, en somme, découvrant de nouveaux détails macabres, de nouveaux cadavres, de nouvelles croix renversées ou des Jésus décrochés de leur crucifix par les eaux, et tout cela en s’excitant aussi peu que possible. D’ailleurs, si l’on devait définir le premier, et unique, long-métrage de Baino, on parlerait de Nom de la Rose réalisé par un Richard Stanley (Hardware, The Dust Devil) qui aurait trop lu Lovecraft les jours précédant sa saisie de sa steadycam. Car tout est là, du vénérable Jorge aveugle, et donc féminisé pour les besoins de l’univers, a ce groupuscule vénérant une sale bestiole venue du fond des temps, assassinant les bavards capables de donner trop d’informations à leur sujet. Et le tout sous un filmage lent, préférant capter un climat à la fois sec (les poussiéreuse catacombes) et humide (le dehors et ses pluies torrentielles) plutôt que l’action, et choisissant de plonger un public aventureux dans la pénombre la plus totale. J’espère d’ailleurs que vous avez 10 à chaque œil, les loulous, car si vous êtes du genre à ne plus retrouver votre zob dès que vous pissez dans le noir, vous risquez fort de vous mouiller les pompes dans Dark Waters. A peine illuminé par quelques cierges, le film prend des airs de soirées sans électricité (rassurez-vous, tout est parfaitement lisible, le master étant ici de qualité), et c’est rien de le dire que de préciser que cela aide bien à nous mettre dans nos petits souliers… Une expérience à faire, assurément !

 

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Véritable feel bad movie, le goudronneux Dark Waters ne plaira donc pas à tous, et risque de laisser sur les berges quelques nageurs ne se sentant pas de piquer une tête dans son tumultueux océan. Ils auraient cependant bien tort, car si l’eau y est gelée et que l’on n’y voit pas à trois mètres, le beau DVD proposé par Ecstasy of Films offre des bonus qui feront office de phare dans la nuit. Outre un bêtisier et un toujours utile commentaire audio, les fans déjà acquis à la cause ou en devenir pourront se blottir contre un beau documentaire de cinquante minutes nous permettant de tout savoir sur la production agitée de la péloche. Car si le voyage d’Elizabeth sur un îlot qu’on s’imagine loué par Dagon n’était pas joyeux, le tournage en lui-même ne fut pas de tout repos non plus pour nos zouaves. Non seulement les Ukrainiens qui les accueillent n’ont pas grand-chose à leur offrir pour aider la production (peu d’accessoires, bouffe visiblement particulière,…), mais ils ne sont en plus pas toujours des plus sympathiques, les gardes du studio les enfermant sur place une fois les horaires dépassés, tandis que les dirigeants coupaient le courant quand bon leur semblait. Et c’était sans compter sur les retards des uns et des autres, des conditions peu sécurisées durant lesquelles les comédiens faisaient leurs cascades, la perte du costume du monstre, le colis ayant été échangé avec des instruments de musiques destinés à un concert. Certes Baino a reçu les trompettes et en fut bien surpris, mais on aurait aimé voir la gueule des zikos qui se sont retrouvés avec une grosse gloumoute sous les yeux en ouvrant leur boîte ! On se marre donc régulièrement au fil des centaines d’anecdotes, et l’on se rend compte que tourner un petit film indépendant dans les pays de l’est n’avait rien d’une sinécure, surtout lorsqu’une révolution éclatait au moment du tournage… Un document précieux, qui nous prouve encore qu’un listing sans fin de bonus n’a pas lieu d’être si vous avez un bon docu bien foutu et sincère. C’est le cas ici et si le film ne suffisait pas à vous convaincre de passer à la caisse, ce Deep into Dark Waters devrait le faire !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Mariano Baino
  • Scénario : Mariano Baino, Andy Bark
  • Producteur: Victor Zuev
  • Pays: Italie, Grande-Bretagne, Russie
  • Acteurs: Louise Salter, Venera Simmons, Mariya Kapnist, Lubov Snegur
  • Année: 1993

2 comments to Dark Waters

  • Roggy  says:

    Merci pour la découverte car je ne connaissais pas ce film qui me semble assez étrange et à ne pas mettre entre les mains d’un dépressif ! Sinon, comment ça Félindra ne fait pas peur ? 🙂

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