La Tour de Londres

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Hier, le 25 octobre, était la date anniversaire de la mort de Vincent Price, très probablement le plus grand acteur américain à avoir officié dans le registre de l’épouvante. Un homme au charisme certain et doté d’un magnétisme que peu d’acteurs ont. Bref, tu nous manques, Vincent, et hommage doit t’être rendu, cette fois avec ton premier film horrifique…

 

On a beau tenter d’effrayer son monde en créant des fresques horrifiques, on peut le faire dans la bonne humeur, voire la camaraderie. Car il semblerait que les choses se soient plutôt bien passées sur Le Fils de Frankenstein au vu du casting de La Tour de Londres. Rowland V. Lee, réalisateur des deux films, a probablement apprécié la présence de Basil Rathbone et Boris Karloff sur le premier puisqu’ils furent conviés sur les plateaux du second. On ne change pas une équipe qui gagne, d’autant que le dernier épisode du baron Frankenstein a très bien marché. Puisque tout ce beau monde est encore dans les parages, autant reformer la bande et sortir un nouveau succès dans la catégorie du cinéma de l’effroi. Universal, qui avait délaissé le genre horrifique depuis quelques années, commence à reprendre goût au macabre, entrant dans ce qu’on appelle « sa phase 2 », ramenant à la vie des valeurs sûres (le monstre de Frankenstein, la momie) tout en en créant de nouvelles (Le Loup-garou). Au milieu de ce bestiaire fantastique, La Tour de Londres a souvent fait figure de grand oublié de la troupe. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir des monstres marquants… La différence c’est que ceux qui habitent la sinistre tourelle n’ont ni canines ni poils mais des visages humains…

 

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Richard de Gloucester (Basil Rathbone) n’en peut plus ! Devenir roi d’Angleterre est son rêve absolu, celui de toute une vie et personne ne désire la précieuse couronne plus que lui. Mais mal placé dans l’arbre généalogique, Richard ne risque pas de la toucher du doigt. Placé sixième, il lui faudrait plus d’un coup du destin pour pouvoir s’asseoir un jour sur le trône. Mais le destin, Richard a pour habitude de le provoquer, bien aidé par son dévoué Mord (Boris Karloff), un bourreau qui passe son temps à torturer et décapiter les anglais et qui est un habitué des manigances de son maître. Richard compte bien se servir de lui, Mord lui permettant de faire tomber ses ennemis dont les corps deviennent un escalier jusqu’au trône. Un chemin tracé à la force du mal, sans retenue, Richard comptant bien éliminer sa famille si elle s’oppose à lui. Que ce soit son frère Edouard (Ian Hunter, vu dans le Dr Jekyll et Mr Hyde de 1941), actuel roi, ses neveux ou son deuxième frère, le Duc de Clarence (Vincent Price), qui commence à soupçonner Richard de biens mauvaises intentions.

 

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La Tour de Londres est donc un film historique retraçant la sanglante ascension au pouvoir de Richard III, déjà croquée par Shakespeare dans sa pièce. Le scénariste Robert N. Lee, frère du réalisateur, se serait plutôt inspiré des nombreux livres qu’il aurait lu sur le sujet pour essayer de retranscrire aussi fidèlement que possible l’histoire de ce monarque meurtrier et aux méthodes crapuleuses. Une histoire compliquée de prime abord, demandant au spectateur de se transformer en véritable généalogiste. Soyons honnêtes, il est bien difficile de saisir qui est le frère de qui, qui possède quoi et quels liens unissent les personnages lors du début du film, à moins de s’être déjà intéressé à la vie de Richard III au préalable. Mais après quelques minutes un peu confuses pour le néophyte, les choses se débloquent et l’on commence à saisir, bien aidé par une belle idée de Rowland V. Lee: Richard possède une maquette cachée dans un mur, cette dernière représentant les étapes qu’il lui reste à franchir pour accéder au trône. Symbolisés par des poupées, les membres de sa famille disparaissent alors les uns après les autres. Un petit truc visuel qui permet de comprendre tout en un instant, preuve qu’une image vaut mille mots et des explications qui auraient probablement ennuyé quelques spectateurs. C’est qu’être fan d’horreur et fan de reconstitutions historiques, ce n’est pas forcément pareil et l’on peut comprendre que le bisseux craigne de n’avoir rien à se mettre sous la dent, voire de s’emmerder poliment. S’il est vrai que La Tour de Londres n’entretient que de vagues rapports avec le cinéma d’épouvante, le film n’est par contre en rien emmerdant…

 

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Autant être honnêtes, si La Tour de Londres ne vous intéresse que pour l’horreur que vous espérez y trouver, vous pouvez passer votre chemin car vous n’aurez pas grand-chose dans ce domaine, bien que le peu qui nous est proposé soit de qualité. Comme toujours, c’est Karloff qui a la lourde tâche d’assumer le coté morbide du film puisqu’il est ici un exécuteur malsain, qui traine la patte à cause d’un pied-bot, histoire de faire rentrer son personnage de Mord dans la case des « monstres difformes ». Sa salle des tortures est par ailleurs splendide et l’une des meilleures scènes du film est très probablement sa découverte, faite en un travelling bien senti qui nous offre un panorama de ce musée des horreurs dans lequel évolue Mord comme si c’était chez lui. Reste que sur 1h30, cela fait assez peu. Mais si vous appréciez les histoires bien écrites, avec une bonne dose de rebondissements et des manigances dans tous les coins, vous pouvez rester car vous allez être servis. The Tower of London jouit en effet d’un rythme soutenu, les agissements de Richard de Gloucester s’enchainant sans temps mort, tout comme la pile de morts qu’il commence à amasser devant lui, grimpant dessus pour parvenir à ses plans. Un rôle dans lequel Basil Rathbone rayonne…

 

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Et oui, pour une fois ce n’est pas Karloff qui vole la vedette ! Bien que placé sur toutes les pochettes DVD ou VHS, Mord l’exécuteur n’est pas nécessairement le personnage qui marquera les esprits après le film. Il apporte bien sûr le coté horrifique, le physique de Karloff se prêtant parfaitement au rôle, mais la psychologie du personnage n’est pas forcément le fort du film. Mord est un amoureux de la mort, un être fait pour tuer et qui ne demande que ça, un véritable tueur en série qui a réussi à en faire son métier. Un monstre, oui, mais qui a l’air d’un enfant de cœur face à Richard III, qui est carrément diabolique. Oubliez le Basil Rathbone des Sherlock Holmes ou celui qui fut un sympathique mais perdu fils de Frankenstein, il laisse place au mal incarné. Bossu, doté d’un visage de lutin maléfique, Richard se trimballe dans la tour sans en avoir l’air, complotant à gauche à droite en toute politesse, son visage ne s’illuminant d’un rictus maléfique que lorsqu’il commence à parvenir à ses fins. Son frère, ses neveux, la femme qu’il aime ? Il s’en fout comme de son premier pet ! Gloucester ne pense qu’à lui, au trône et aux moyens qu’il va mettre en œuvre pour s’y asseoir. Rathbone est parfait dans le rôle, l’œil malicieux, le sourire pernicieux, il éclipse absolument tout ses partenaires par sa seule présence et sa magnifique hypocrisie.

 

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Difficile de trouver de réels défauts au film, qui s’il n’est pas parfait reste tout de même un divertissement haut de gamme, parfaitement scénarisé et très bien réalisé. Rowland V. Lee n’est pas un manche et on lui reprochera juste le premier plan, une très belle vue d’ensemble du château et de la tour malheureusement gâchée par un texte explicatif qui vient nous obstruer la vision. Mais si ce n’est ça… La Tour de Londres peut même se vanter d’être le premier film à tendance macabre à mettre en scène le grand Vincent Prince, qui est ici un Duc de Clarence efféminé, qui semble ne pas se mêler des magouilles en tout genre mais prépare tout de même les siennes lorsqu’il le faut bien. L’acteur faillit mourir lors du tournage du film, son personnage étant balancé dans une cuve de vin. Du coca pour le tournage, ce qui n’empêcha pas l’acteur de se retrouver prisonnier du grand tonneau, le couvercle ne voulant plus s’ouvrir ! Cela ne semblant pas assez traumatisant pour le dégoûter de La Tour de Londres puisqu’il tourna dans son remake de 1962, cette fois dans le rôle de Gloucester… C’est qu’on ne s’échappe pas aussi facilement de la tour de la torture…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Rowland V. Lee
  • Scénario: Robert N. lee
  • Titre original: The Tower of London
  • Production: Universal, Rowland V. Lee
  • Pays: USA
  • Acteurs: Basil Rathbone, Boris Karloff, Vincent Price, Ian Hunter
  • Année: 1939

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