Dernier Train pour Busan

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Drôle de hasard : alors que l’on venait d’apprendre la disparition de George Romero, BeTv, équivalent belge de Canal +, diffusait un Dernier Train pour Busan prouvant définitivement que la relève du papa des zombies était assurée. Et plutôt deux fois qu’une !

 

 

Tremble, Hollywood, tremble ! Car il devient de plus en plus évident que la Corée du Sud s’apprête à te voler ta couronne dans le cœur des cinéphiles. Soit néanmoins rassuré question box-office, les idées reçues ridicules à la « ils se ressemblent tous dans ces films, je les reconnais pas, donc je préfère attendre un remake » ont la vie dure, te permettant de continuer à accueillir les plus idiots sous tes lettres géantes et blanches, posées sur le mont Lee. Reste que niveau qualité, tu ne tiens plus le coup depuis quelques temps, Seoul t’ayant déjà piqué les thrillers, que tu n’offres plus qu’à dose homéopathique. Et c’est maintenant au fantastique/horreur de grande ampleur que s’attaque le pays de la K-Pop, après avoir déjà planté les graines de la réussite en 2006 avec l’énorme The Host. Oubliez donc vos tristes World War Z et vos séries souvent trop longues, la relève de Zombie, la vraie, la seule et l’unique, vient comme souvent de là où on ne l’attend pas. Soit d’un Dernier Train pour Busan que l’on espère voir se changer en grosse locomotive tirant derrière lui le reste de la production coréenne, qui mérite bien mieux que de devoir se travestir via des castings internationaux ou en se contentant de sorties Netflix. Car oui, cher voyageurs, c’est à un trajet de première classe que nous convie Yeon Sang-ho, faiseur de courts-métrages animés passant pour la première fois aux prises de vues réelles avec Busan, et je vous conseille de ne pas louper le train en marche…

 

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Trop occupé à surveiller le cours de la bourse et à sauver de la faillite des entreprises donnant dans la biochimie, Seok-woo en vient à négliger le principal : la famille. Alors que sa dulcinée a déjà mis les voiles depuis quelques temps, c’est au tour de sa fille Soo-ahn de vouloir quitter le domicile de son papounet, pressée qu’elle est de revoir sa mère. On la comprend puisque le daron, peu attentif, lui offre deux fois de suite le même cadeau d’anniversaire et ne prend même pas la peine d’assister à sa représentation scolaire, où la petite chantonnait pour lui. Il faut croire que le travail n’attend pas, surtout lorsque de fortes sommes sont en jeu… Dans un élan de bonté, Seok-woo décide tout de même d’accompagner sa fillette jusqu’à Busan, lieu de résidence de la maman de la gosse, qu’ils vont devoir rejoindre par voie ferrée. C’est précisément à cet instant qu’un virus se répand dans la nature, transformant le bon peuple en un ramassis de zombies sprinteurs, qui comme toujours vous transforment en l’un des leurs au moindre coup de chicots. Envahissant les wagons, les infectés se font de plus en plus nombreux et poussent Seok-woo et les autres passagers à s’organiser s’ils ne veulent pas, eux aussi, avoir le teint d’Anne Hataway. Rien de bien original, me direz-vous, et vous aurez raison. Il est évident que Dernier Train pour Busan n’essaie jamais de réinventer la roue du corbillard, reprenant même à son compte plusieurs des clichés des genres sentant bon le putréfié et la catastrophe insurmontable. Oui, il y aura une femme enceinte, oui, le bon papa va tout faire pour sauver sa gosse dont il sera évidemment séparé. Oui, on va croiser un vrai pourri qui la jouera solo et mettra les preux héros en danger, oui, certains personnages se sacrifieront pour permettre à leur amis d’aller quelques niveaux plus loin dans ce petit jeu de survie. Oui, toujours, c’est par l’entraide que passeront les chances de voir un nouveau levé de soleil. Et oui, encore, les autorités ne seront d’aucune aide, le gouvernement tentant même de noyer le poisson en assurant aux foules qu’elles ne risquent rien, alors qu’elles sont bien évidemment en train de se faire mâchouiller au même instant !

 

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Les ficelles ne sont pas neuves, pas plus que la critique sociale, souvent acoquinée au genre. Ici, ce n’est pas la société de consommation qui prend cher mais bien le petit monde de l’économie, accusé d’avoir renfloué des organismes douteux au détriment de l’environnement et de la santé, le tout pour s’assurer un profit rapide. Et tant pis si cela crée des désastres écologiques ! Un discours assez commun dans le style et ne proposant rien de neuf, ce dont se rend compte un Yeon Sang-ho n’en faisant pas trop en la matière, évacuant le sujet en quelques dialogues disséminés ici et là. Pas plus mal, les études sociétales se devant de rester une toile de fond, le Zombie de Romero n’étant pas un classique parce qu’il critique les allées remplies de caddies, mais parce qu’il dépeint avec justesse la survie difficile de quatre survivants, et qu’il rend divertissante cette foutue apocalypse. Dernier Train pour Busan tire justement le meilleur parti des enseignements Romeriens : une fois sa réprimande envers la société plantée et servant de décors ou de contexte, le réalisateur se concentre sur son spectacle horrifique, utilisant au mieux le TGV dans lequel sont enfermés les protagonistes, mais aussi les différentes stations où s’arrête le serpent de fer. Que se rassurent les stressés de la vie se demandant si tout une attaque de morts-vivants peur rester vivace alors qu’elle se déroule dans les couloirs, par définition étroits, d’un train ; non seulement tout Busan ne s’y déploie pas, quelques bienvenues escapades à l’air libre empêchant toute monotonie de s’installer, mais en prime les séquences dans le tube lancé à toute vitesse débordent toujours d’énergie. Dire que Sang-ho est une personnalité à suivre tient d’ailleurs de l’euphémisme tant ce dernier fourmille d’idées, et l’on perçoit d’ailleurs que le bonhomme vient de l’animation lors de certains visuels ou ralentis. Au poil, sa mise en scène, qui parvient à se montrer dynamique sans en faire trop, à proposer quelques moments impressionnants sans pour autant tomber dans la puérile bouillie de CGI.

 

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Il est d’ailleurs heureux que le cinéaste n’ait recours aux effets numériques que lorsque c’est réellement indispensable, ceux-ci n’étant pas toujours d’une grande fraicheur. Voir pour s’en convaincre les quelques marées humaines offertes ici et là, un peu grossières et, pour le coup, moins fignolées que ce que l’on peut trouver dans la production ricaine. Sans doute le seul défaut, sans réelle importance, d’un sacré trajet enfilant du reste les moments de bravoures. Telle l’arrivée de ce train enflammé n’apportant rien de bon, la chute des non-morts d’un hélico, la vague de putréfiés brisant plusieurs vitres et chutant sur le train, les courses folles sur les quais, les retrouvailles entre deux sœurs à travers une porte vitrée… On reconnaîtra d’ailleurs le savoir-faire coréen dans cette prédisposition à offrir une attraction folle tout en restant cohérent, à proposer une œuvre tangible et crédible tout en esquivant tout passage emmerdant. Ca court, ça saute, ça bourre dans les morts, ça cogne du zomblards avec des matraques ou des battes de baseballs, la caméra suit tout cela avec fluidité (on échappe à ces putains de plans parkinsoniens) et n’oublie jamais de proposer du vrai et bon cinéma… mais en même temps on y croit dur comme fer. Et ce grâce à un scénario bien troussé et de bons acteurs, capables de dépasser les clichés imposés à leurs personnages pour leur donner une vie propre, une dramaturgie bienvenue. Dernier Train pour Busan évite donc l’écueil de bien des films horrifiques modernes : en ne cherchant pas à paraître neuf et clinquant à tous prix, en ne se forçant pas à apporter de l’inédit pour le plaisir de se sentir les burnes d’un avant-gardiste, il a la bonne idée de parfaire sa formule, de la restituer en s’appliquant. Et c’est bien cela qui lui permet d’être, sans l’ombre d’un doute, le meilleur film de zombies depuis le Dawn of the Dead du regretté Romero. Oui, rien que ça.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Yeon Sang-ho
  • Scénario : Yeon Sang-ho
  • Production : Kim Yeon-ho
  • Titres: boo-san-haeng
  • Pays: Corée du Sud
  • Acteurs: Gong Yoo, Kim Su-an, Jeong Yu-mi, Ma Dong-seok
  • Année: 2016

2 comments to Dernier Train pour Busan

  • Roggy  says:

    Tu as tout dit dans ta très bonne chronique pour ce futur classique du film de zombies. Certes, les effets spéciaux sont par moments un peu trop numériques, mais les scènes de bravoure s’enchaînent à un rythme haletant.

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