La Plage Sanglante

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Sur la plage abandonnée, coquillages et gloumoutes affamééééeees… Ok, c’est pas tout à fait ce que claironnait Brigitte Bardot, mais gageons que les probabilités que la blonde modifie les lyrics de son tube seraient fortes si elle partait planter son parasol sur La Plage Sanglante ! Pas sûr qu’elle en reviendrait vivante, cela dit…

 

 

 

Bien souvent, lorsque l’on se penche sur le cas d’un réalisateur de Série B méritant son portrait dans la crypte toxique, on se rend compte que le type est généralement resté dans le giron du fantastique baveux. Quelle surprise dès lors de découvrir un artisan ayant autant jonglé avec les genres que Jeffrey Bloom, aujourd’hui âgé de 72 ans. Ainsi, quelques années avant la sortie du Blood Beach qui nous occupe aujourd’hui, ce réalisateur/scénariste/producteur donna dans le thriller, dans la comédie romantique ou dramatique, voire même dans le film d’aventure. Visiblement à l’aise dans tous les genres, il finira sa course en écrivant trois épisodes pour Columbo dans les nineties, le bonhomme étant à l’époque tombé pour de bon dans la petite lucarne (notamment pour le téléfilm typé vigilante Brotherhood of Justice, avec Keanu Reeves, Billy Zane et Kiefer Sutherland !). Et ce après avoir offert aux Horror Addicts trois pelloches très typées eighties : le plutôt psychologique Flowers in the Attic (1987), le film à sketchs Nightmares (1983) en tant que scénariste et donc La Plage Sanglante (1980), avec lequel l’auteur de ces lignes possède un certain lien. C’est que mon père en possédait la VHS, me laissant tout le loisir d’observer sa belle jaquette française, propre à cette version, montrant une plagiste aux seins nus se faire avaler par le sable chaud. Plutôt attirant pour un petit mouflet, et il était évident que la bande finirait par se faire bouffer, à son tour, par le magnétoscope familial. Après avoir fait une provision de courage, néanmoins, car lorsque l’on n’a pas dix ans, on a tôt fait de s’attendre au pire… qui ne vint pas vraiment ! Si je me souviens pleinement avoir été impressionné par la scène d’introduction, très fidèle à ce que promettait l’artwork, je me rappelle aussi avoir été un peu déçu que la chose, planquée sous le sable fin, ne montrait pas le bout de son horrible museau. Du coup, impatient, j’avais tout simplement abandonné le film en route, passant à autre-chose sans même avoir attendu d’en être à la moitié du métrage. C’est ainsi : quand on est un chiard, on n’a pas forcément la patience nécessaire pour dépasser quelques tunnels de dialogues, qui semblent toujours plus longs lorsque l’on est dans son jeune âge… Blood Beach, étrangement produit par Run Run Shaw de la Shaw Brothers, et moi avions donc une revanche à prendre, une rencontre à faire au bord de l’eau et les pieds dans l’écume, en bonne et due forme cette fois. Ce sera fait via l’entremise de Crocofilms, éditeur au catalogue de plus en plus séduisant, toujours aussi décidé à aller piocher dans les Séries B ou Z pas loin d’être effacées de la mémoire collective. Autant dire qu’on prend mesure de l’importance qu’ils revêtent peu à peu sur le marché du DVD, même si leurs éditions n’ont pas toujours été d’une qualité impeccable par le passé… Mais trêve de bavardages, il est temps d’aller se prendre un bon coup de soleil sur le plus dangereux des sablons !

 

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Alors qu’elle promène son chien sur la plage et qu’elle vient d’échanger quelques banalités avec le sauveteur Harry Caulder, la vieille Ruth Hutton se fait soudainement happer par quelque-chose tapi sous le sable. Personne ne voit rien, personne n’entend rien, si ce n’est une clocharde qui préfèrera garder le silence quant au sinistre spectacle auquel elle vient d’assister. Evidemment, tout le monde cherche la femme mature, tandis qu’Harry se voit rongé par la culpabilité : bien que présent sur place et ayant entendu les cris de détresse de Ruth, il n’est pas arrivé à temps et n’a absolument aucune idée de ce qu’il s’est passé. Ne retrouvant ni corps, ni traces de la disparue, la police, menée par le Capitaine Pearson (John Saxon), patauge et ne sait trop que penser de cet évanouissement soudain. D’autant qu’il sera vite suivi d’autres ! Une hôtesse de l’air, petite-amie du pauvre Harry, rencontrera le même sort, ainsi qu’un violeur qui subira une ablation du zgeg alors qu’il agressait une promeneuse sur la plage. Le chien de la pauvre Ruth ? Il finira carrément décapité ! C’est certain, la côte n’est plus un endroit sûr, un monstre jouant à Tremors avant l’heure… Pensant qu’il est toujours possible de retrouver sa mère Ruth, la dessinatrice Catherine Hutton arrive à son tour sur place pour enquêter avec Harry, son premier flirt… Pas la peine de tourner autour de l’aileron : il est évident que Blood Beach est un avatar des Dents de la Mer, qu’il se permet même de parodier via son accroche publicitaire, reprenant celle de Jaws 2 pour mieux la détourner avec ironie (« Just when you thought it was safe to go back in the water…you can’t get to it »). Mais contrairement aux Piranha, La Mort au Large, Tentacules et toutes les autres Séries B d’été jugeant bon d’aller faire la nage papillon sur les plates-bandes de Steven Spielberg, Jeffrey Bloom, également à la machine à écrire, ne mise pas sur une menace aquatique. Après tout, les avatars de Jaws sont déjà assez nombreux comme ça, l’aquarium souffrant de surpopulation, et il est plus intelligent de complétement retourner le principe de l’attaque animalière en milieu marin. Cette fois, ce sera donc de la terre ferme dont il faudra se méfier !

 

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Franchement malin, tant le public fut habitué à voir la mer comme un nid à squales increvables, à poulpes tueurs ou à piranhas ayant sauté le petit-déjeuner. Car par extension, si le spectateur voit dans l’océan une mort certaine, la plage devenait forcément un lieu sûr, un foyer protecteur dans lequel on ne risquait plus rien. Si de nos jours les chaînes câblées enchainent les Sharktopus ou Ghost Shark capables de vous suivre jusqu’aux gogues, rendant du coup le principe un peu vieillot, c’était carrément neuf en 1980. Rendons donc à César ce qui lui revient : Bloom, avec La Plage Sanglante, joua les défricheurs. Et il le faisait plutôt bien, en plus, puisque sa petite Série B (dans les deux millions de dollars de budget, selon les estimations) se suit sans déplaisir. On reconnait d’ailleurs là le travail d’un scénariste s’étant frotté un peu à tout, ne s’enfermant donc pas seulement dans le classique registre du film de monstres. Certes, on retrouve une bonne partie des clichés du genre (la police en chie pour découvrir quoique ce soit, le conseil municipal ne pense qu’à ses intérêts,…), mais Bloom saupoudre le tout d’une pincée de romance (les timides retrouvailles entre Harry et Catherine) et d’un brin d’humour, Blood Beach ne se prenant de toute évidence pas pour le nouveau Shining. Mais bien que conscient de ses limites, le métrage ne joue pas pour autant la facilité en se contentant de stéréotypes sur pattes pour tout protagonistes. S’ils ne sont pas nécessairement des modèles de profondeurs, ceux-ci sont suffisamment bien croqués pour impliquer le spectateur, d’un Harry (David Huffman, habitué des séries) rendu fou par son impuissance à protéger ceux placés sous sa coupe à une Catherine (Mariana Hill de Schizoid) espérant, en vain, que sa mère réapparaîtra un jour. Pas des figures tragiques, mais de bons petits personnages de Série B, accompagnés de trois policiers plutôt mémorables aussi. Le Capitaine Pearson, ironique mais soucieux de bien faire son job, n’est donc pas le supérieur emmerdant et bouché que l’on croise d’ordinaire dans ce type de production, et il accepte assez rapidement la théorie selon laquelle une sale bestiole serait nichée sous les adolescentes se dorant la raie. Les lieutenants à ses ordres, incarnés par Otis Young (la série du far west The Outcasts) et Burt Young (le Paulie de la saga des Rocky, Amityville 2), sont pour leur part venus pour se disputer ; le premier, très droit, ne cessant de remettre à sa place le blagueur limite irrespectueux qu’est le second. Enfin, la distribution sera complétée par Stefan Gierasch (Carrie) dans le rôle d’un légiste un peu déglingué, mais aussi le seul à y voir clair dans cette histoire de monstre sous-terrain.

 

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Puisqu’on en cause, que vaut notre star, d’ailleurs ? Disons qu’elle a le don de se faire désirer, puisqu’elle n’apparaîtra que lors des ultimes minutes du métrage, déployant son indescriptible physique. Quelque-part entre la plante carnivore, le ver de terre et Jaden Smith, la créature reste donc invisible durant une bonne partie du métrage, ce qui ne l’empêche jamais d’attaquer régulièrement, histoire de ne pas laisser faiblir le rythme. Puisque le requin de Spielby voyait son arrivée annoncée par le main theme de la saga et la vue de son aileron, le monstre de Blood Beach fera de même : mélodie flippante lorsqu’il est dans les parages, prises de vues que l’on devine subjectives et, surtout, des trous dans le sable, signe de son activité… Déjà-vu, certes, mais toujours très efficace ! Tout comme la réalisation de Bloom : pas toujours inspirée (rarement, même, sauf lorsqu’il filme ses héros dans les sous-sols aérés d’un vieil hôtel), elle a tout de même le mérite d’être claire et de faire passer les informations correctement. La meilleure scène ? Si l’on met de côté le plaisir de voir un violeur se faire gober le zob pour de bon, puis de le voir hurler tandis que son engin se trouve au fond d’un trou sanguinolent dans le fin gravier, c’est le générique final qui emportera le trophée. (Attention, spoilers) Alors que le bon peuple pense être débarrassé de tout danger, la bête ayant été explosée à la dynamite, on découvre qu’elle a en fait un pouvoir de régénération. Et chaque morceau de sa carcasse éclatée donne donc naissance à une nouvelle monstruosité, le problème n’étant donc pas résolu mais multiplié. Et les petits trous d’apparaître petit à petit autour des vacanciers, un gamin disparaissant même alors que sa mère crie après lui… (Fin des spoilers) Excellente conclusion à un B Movie largement recommandable, donc, La Plage Sanglante méritant bien de vous accompagner cet été. Quant à moi, je vais m’empresser de construire une Delorean pour revenir au début des nineties, histoire de coller une fessée mémorable au jeune Rigs. C’est qu’on n’a pas idée d’arrêter un bon film avant la fin…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Jeffrey Bloom
  • Scénario : Jeffrey Bloom
  • Production : Run Run Shaw, Steven Nalevansky
  • Titres: Blood Beach
  • Pays: USA
  • Acteurs: David Huffman, Marianna Hill, John Saxon, Burt Young
  • Année: 1980

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