La Secte des Morts-Vivants

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Mais que ferait Donald Pleasance s’il n’avait pas quelques dégénérés à pourchasser ? Histoire de ne pas rester à domicile à fixer son plafond d’un œil torve, et pour se préparer au marathon du 31 octobre qu’il fera bientôt, le voilà parti en 1976 aux trousses d’un Peter Cushing vénérant le dieu Minotaure. Attention, coups de cornes en vue !

 

 

 

Tout comme on ne juge pas un livre à sa couverture, on ne jauge pas la qualité d’un film à son affiche. Dommage pour La Secte des Morts-Vivants, alias Land of The Minotaur (1976), bénéficiaire de l’un des plus beaux posters jamais créés dans la galaxie bis, qui aurait sans doute permis au métrage de devenir un classique en bonne et due forme si nous en étions restés à la surface. Mais voilà, on a plongé profondément et nous ne sommes pas franchement revenus sur la plage avec une perle étincelante. Sur le papier, tout était pourtant réuni pour faire de cette énième bande de Kostas Karagiannis, le Grec aux 160 films, une réussite : difficile de se foirer avec un casting réunissant Peter Cushing et Donald Pleasance, tandis que le fait que l’intrigue soit située en Grèce devrait générer un dépaysement bienvenu. Pas con, donc, de délocaliser le cinéma gothique dans un registre plus solaire, sentant déjà un peu les vacances, pour les biens d’une intrigue policière. Mais encore fallait-il rendre passionnante cette affaire de secte vénérant le minotaure, auquel Cushing, en bon maître de cérémonie, sacrifie des jeunes étudiants en archéologie cherchant du bibelot ancien dans le temple servant de Q.G. au monstre cornu. Hélas, Land of the Minotaur, aussi titré The Devil’s Men, ne fait jamais vibrer, la faute à l’incapacité totale qu’à son scénariste, le pourtant chevronné Arthur Rowe (les séries The Bionic Woman, Fantasy Island et Kolchack : The Night Stalker), à rendre son univers crédible.

 

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Il faut ainsi voir le détective privé (incarné par le Grec Kostas Karagiorgis) pour le croire, cette version beau gosse de Raymond Domenech faisant partie des plus mauvais enquêteurs un jour passés sur nos écrans. Appelé en renfort par son ami Donald Pleasance, ici sous la robe d’un curé ayant compris que le Malin vient d’envahir son coin tranquille, le limier nommé Milo ne semble pas décidé à mettre son flair en marche. Ainsi, lorsqu’il arrive dans un lieu de toute évidence important pour ses investigations, il se contente de s’accouder quelque-part, battant à peine les lieux du regard. Pire, lorsque ses compagnons lui assurent avoir vu des êtres malveillants encapuchonnés aux fenêtres ou dans les bois, il prétend que leur imagination carbure un peu trop, alors qu’il a lui-même failli se faire aplatir par un chandelier dont la corde fut coupée ! Autant dire que pour quelqu’un du métier, le pauvre n’est pas un aigle… Les monstres sacrés Pleasance et Cushing ne sont cependant pas mieux lotis, le premier écopant du rôle d’un cureton dont les dialogues sont principalement constitués de prières, le deuxième d’un badguy sans aucune épaisseur ou motivation. N’ayant pas grand-chose avec quoi composer, les deux comédiens ne se foulent dès lors pas trop, le bon Donald semblant quelquefois perdu, sans doute parce qu’il se demande ce qu’il est venu foutre dans cette galère. Chercher son chèque, probablement… Même notre ami Peter ne parvient pas à sauver les meubles, résigné à en faire le moins possible dans la défroque du sinistre Baron Corofax : si ce n’est un ricanement sardonique en fin de parcours, Sir Cushing sera resté de marbre tout du long de La Secte des Morts-Vivants, au point que nous coller dans sa grotte maudite une statue de cire à son effigie ou son pendant de pixels de Rogue One, c’était du pareil au même. Et par charité satanique envers nos confrères, on ne relèvera pas le fait que les adorateurs de la divinité bovine ont eu la bonne idée d’enfermer leurs prisonniers dans une grande où se trouve un vieux van, qui permettra bien évidemment aux héros de s’échapper…

 

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Le réalisateur Kostas Karagiannis ne mérite d’ailleurs pas plus de louanges, son filmage dénué d’inspiration gardant le métrage à un niveau de Série B faite en vitesse, voire vieillotte. Embarrassants ces zooms enchainés sur les visages des acteurs, et dénués de vie ces plans fixes observant Donald Pleasance à son bureau. Et histoire de rendre le tout encore plus daté de nos jours, voilà que l’on nous envoie dans les esgourdes ce que les 70’s ont produit de pire en terme de rock ringard. Une suite de mauvaises décisions rendues d’autant plus incompréhensibles que l’on perçoit nettement la volonté de rajeunir un peu le propos, de draguer un public d’adolescents en reprenant quelques idées énoncées dans Massacre à la Tronçonneuse ou La Course contre l’Enfer. Chez Starret on pique donc le principe, très dans l’air du temps, des vils adorateurs d’un démon resserrant l’étau autour d’un groupe de braves gens. Et chez Hooper, on reprend la base voyant de jeunes gens un peu beatniks sur les bords qui finiront sous l’arme blanche de locaux peu engageants. L’ennui, c’est que la sauce ne prend jamais et que l’on a finalement l’impression de voir une mémé habillée comme Beyoncé gigoter devant nous. L’effort est louable, mais on entend les os craquer à chaque déhanché, d’autant que le jeunisme ne se fait qu’à moitié dans La Secte des Morts-Vivants, Karagiannis hésitant franchement à verser dans le gore. Quelques gros plans de poignards rentrant dans la chair des offrandes humaines et l’affaire est entendue pour le prude Kostas, visiblement plus disposé à montrer du sexe en dehors des draps de lit, seule véritable preuve que nous sommes bien dans du bis post-Hammer et non pas en 1965. Le constat n’est donc guère positif, et outre le plaisir, tristement rare, de voyager sur les terres de la mythologie grecque, il n’y a malheureusement pas grand-chose à se mettre sous les crocs. Pire, si Land of the Minotaur sort un jour de l’oubli, ce sera forcément pour son final, joyeusement dingue ! Alors qu’il débarque en pleine messe noire, le détective Milo se met à tirer dans le buffet des gaillards venus prier la vache qui rit, se rendant malheureusement compte que ses adversaires sont rendus immortels par le pouvoir du bœuf sacré. Heureusement que cette grenouille de bénitier qu’est Pleasance ne part jamais sans son arsenal de bon catholique : alors qu’il récite quelques versets de l’ancien testament, il lève le crucifix, dès lors brillant et visiblement détenteur d’un incroyable pouvoir puisque les vils encapuchonnés explosent les uns après les autres. Oui, exactement comme dans Frankenhooker, mais l’humour en moins, en tout cas pas volontairement… Un feu d’artifice final tombant à pic pour réveiller le spectateur, forcément assoupi après spectacle aussi lénifiant et à ne voir que par stricte curiosité.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Kostas Karagiannis
  • Scénario : Arthur Rowe
  • Production : Frixos Constantine
  • Titres: Land of the Minotaur, The Devil’s Men
  • Pays: USA, Grèce, Grande-Bretagne
  • Acteurs: Donald Pleasance, Peter Cushing, Kostas Karagiorgis, Luan Peters
  • Année: 1976

2 comments to La Secte des Morts-Vivants

  • Roggy  says:

    je t’avais prévenu l’ami 😉

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