Dementia

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Pas toujours facile de pointer du doigt qui est dément de qui ne l’est pas. Ainsi, dans le Dementia de Mike Testin, on ne sait trop à qui enfiler la camisole de force, entre un vieillard touché par la sénilité ou sa drôle d’infirmière, visiblement mue par de sombres intentions. Papy déconne un peu trop ou la nurse le rend dingue ? Là est la question…

 

 

 

Lorsque l’on se lance dans un premier long-métrage, après une décennie à enquiller les courts, il est plutôt logique de ne pas se perdre dans une épopée digne de Ben-Hur et de préférer les petits thrillers psychologiques, évidemment moins chers à monter. Mike Testin a sans doute pensé pareil en rédigeant l’histoire de Dementia, laissant au tiroir les invasions de poulpes venus d’Uranus ou les attaques de titans sortis de leurs volcans, pour mieux se concentrer sur un huis-clos des plus simples. Les aiguilles du vétéran du Vietnam George Lockhart (Gene Jones, vu dans The Sacrament et Les Huit Salopards, le pauvre) ne tournent plus dans le bon sens : après avoir fait un malaise sur sa pelouse alors qu’il aidait un gamin à se débarrasser de voyous lors d’un prémice rappellant Gran Torino, le ventru bonhomme semble avoir toutes les peines du monde à mettre de l’ordre dans ses neurones. Pas franchement motivé à l’idée de s’occuper de son vieux père, son fils Jerry décide d’engager une infirmière à domicile en la personne de la belle et rassurante Michelle (Kristina Klebe, la Lynda du Halloween selon Rob Zombie), au grand dam de George. Difficile et fier, celui-ci n’apprécie guère d’être choyé par autrui, et encore moins par une demoiselle qu’il soupçonne de le manipuler, lui injectant des médicaments qui l’assomment plus qu’ils ne le soignent. Et lorsque le grand-père se réveille avec son chat décapité sous les draps, il a plutôt tendance à penser que son aide-soignante n’est pas étrangère à ce drame sanglant et qu’elle veut le faire passer pour un dangereux maniaque… Heureusement, sa petite-fille Shelby (Hassie Harrison, croisée dans le récent Southbound, alias 666 Road) est tout aussi méfiante et mènera sa petite enquête… Pas sûr qu’elle aimera ce qu’elle découvrira, d’ailleurs !

 

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De toute évidence, Mike Testin a acquis une sérieuse expérience à force d’enchaîner les courts (six en une dizaine d’années) et en façonnant son savoir technique sur d’autres productions. Ainsi, son Dementia tient fort bien la route sur le plan visuel, ne ressemblant jamais vraiment au petit film indépendant qu’il est, pour se hisser au niveau des bonnes Séries B travaillées que l’on croise dans certains festivals à la Sundance. Néanmoins conscient qu’un filmage compétent ne fait pas tout, Testin mise autant sur le fond que sur la forme, dessinant une vérité sociale assez peu traitée dans l’univers fantastique : l’abandon des seniors. C’est en effet cette triste réalité humaine que l’on retrouve au centre du projet, via ce que l’on suppose être les dernières années d’un protagoniste principal diminué, à l’esprit trouble et devenu un boulet pour sa propre tribu, guère motivée à l’idée de passer du temps en sa compagnie. Si les choses changent avec Shelby, plus curieuse et peu à peu attachée à ce grand-père qu’elle n’avait jamais vu auparavant, le constat reste néanmoins amer, Testin semblant dire que l’on confie nos ancêtres à des personnes dont on ne connait rien. Car après tout, quelle garantie avons-nous que les maisons de retraite où nous plaçons nos ainés ne sont pas remplies de personnalités douteuses comme Michelle ? Néanmoins, le réalisateur ne tombe pas dans le manichéisme et ne fait pas de George une figure plus attachante que nécessaire : rustre, bougon, il n’est pas le petit vieux sans défense que l’on souhaiterait réellement protéger, et l’on peut presque comprendre que son fils se désintéresse de son sort au vu du passé difficile qu’ils ont en commun. (Attention, la suite du paragraphe tape dans le spoiler) D’ailleurs, dans le même ordre d’idées et dans une volonté d’aller encore plus loin dans la redistribution des cartes, Testin imagine un twist bouleversant les rôles, Michelle devenant en fait une ancienne victime collatérale de George, que l’on découvre être un violeur/tueur en série ayant dégommé la mère de la doctoresse. Dementia vire donc soudainement au vigilante movie, et ce sans faire de Michelle une figure héroïque à la Bronson, la demoiselle gardant malgré tout son caractère de psychopathe flippante. De quoi permettre un glissement de terrain vers un autre constat, celui du transfert de la violence, celle-ci passant d’un personnage blessé à un autre. Jeune et soldat, George vécut l’enfer en Asie, voyant l’un de ses camarades torturé par l’ennemi d’une manière qu’il reproduira lui-même auprès des malheureuses chez lesquelles il s’infiltrera. Une technique que Michelle reprendra à son compte pour sa vengeance, avant que Shelby ne soit, à son tour, forcée d’user de la brutalité pour régler la situation une bonne fois pour toutes. (Fin des spoilers)

 

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Noir, Dementia l’est plus que du charbon. Pesant, volontairement lent pour déballer plus efficacement son climat et coller au quotidien dévitalisé de George, ce premier métrage de Mike Testin fait de son auteur une personnalité à suivre, même si le joli marathon qu’il nous propose se solde par une chute juste avant la ligne d’arrivée. La faute à un traitement du son franchement douteux : quelques minutes avant la fin, et alors que les protagonistes principaux s’échangent des dialogues imaginés pour faire monter la pression et expliquer tout le récit, la musique jusque-là anecdotique se met à sortir les violons et jouit d’un volume sonore proprement indécent. Au point que l’on n’entend tout simplement plus ce que racontent les personnages, même en essayant au casque (je le sais, j’ai essayé !), problème sacrément emmerdant s’il en est (à noter que ce problème concerne la VO, la VF pourrait ne pas en souffrir) ! Dommage, sans cela on frisait presque le sans-faute, car sans avoir frôlé le film génial, Dementia se présentait jusque-là comme une vraie bonne surprise, rendue prenante par une réalisation adéquate et surtout des acteurs de talent. Gene Jones fait en effet des merveilles dans le vieux marcel d’un pauvre type perdant le contrôle de ses neurones, tandis que Kristina Klebe se montre très crédible en figure faussement rassurante. Notons également la présence dans un second rôle du moustachu Richard Riehle, véritable mercenaire de l’écran à la filmographie longue comme la jambe d’un basketteur, que les goreux connaissent pour sa présence dans le slasher Hatchet (ou Butcher en France). De quoi s’offrir une bonne petite séance en VOD, dès lors, ACE Entertainment (leur site officiel et leur page Facebook) proposant désormais le métrage, y compris en téléchargement définitif sur iTunes. Tentez l’aventure tant que vous êtes jeunes !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Mike Testin
  • Scénario : Meredith Berg
  • Production : J.D. Lifshitz, Raphael Margules
  • Pays: USA
  • Acteurs: Gene Jones, Kristina Klebe, Hassie Harrison, Peter Cillela
  • Année: 2015

 

 

 

 

 

2 comments to Dementia

  • Roggy  says:

    Merci l’ami pour la découverte de ce petit film indépendant. Comme quoi, de temps en temps, on peut trouver de son bonheur avec peu d’argent.

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