Body Count

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Après avoir ouvert à plusieurs reprises un snack pour les sauvages de tous poils, il était temps pour Ruggero Deodato de quitter les forêts amazoniennes pour celles du Colorado. Histoire d’aller remuer les tentes de pauvres campeurs éliminés les uns après les autres, bien évidemment !

 

 

Le rêve américain, Ruggero Deodato y croyait dur comme fer au milieu des années 80. Après tout, il aurait eu bien tort de ne pas se l’imaginer, lui qui parvint à exporter ses œuvrettes italiennes aux quatre coins du globe. Le Dernier Monde Cannibale, La Maison au Fond du Parc et surtout Cannibal Holocaust furent exportés avec joie, leurs VHS devenant très vite des modèles de l’euro trash, des défis servant aux plus jeunes à prouver leur vaillance et des occasions d’assister à des spectacles plus répulsifs pour des adultes trouvant la production américaine trop gentillette. Malheureusement, malgré ces quelques essais concluants au niveau commercial et promotionnel (on se souvient de la crise de panique des Anglais lorsqu’ils tombaient sur un film estampillé Deodato), le pauvre Ruggero resta plus ou moins coincé dans le ghetto du bis, se retrouvant à son tour sur du sous-Mad Max avec Les Prédateurs du Futur, bisserie putain de réjouissante, certes, mais aussi très kitsch. Et pour ne rien arranger, il semblerait que le très international Amazonia, la Jungle Blanche ne fut pas le passeport espéré vers le Mont Fillmore pour notre furieux rital… Le moment de rentrer dans le rang et faire comme tout le monde serait-il venu en 1986 ? Et faire comme tout le monde en ce milieu des années 80, cela signifie emballer un bon petit slasher forestier. Ce sera bien évidemment fait avec Camping del Terrore, alias Body Count partout dans le monde, une production Alessandro Fracassi, qui semble lui aussi vouloir s’implanter dans les milieux yankees. Après tout, il était déjà aux manettes sur Amazonia, qui utilisait quelques acteurs américains bien connus des amateurs comme Michael Berryman, Karen Black ou Richard Lynch. Et contrairement au pauvre Ruggero qui restera planté sur les planchés romains, Fracassi parviendra finalement à produire un film ricain via American Haunting, 19 ans après Body Count ! Reste que pour leur petit slasher, la technique du producteur et du réalisateur reste la même : embaucher aussi bien des petits acteurs italiens que l’on devine payés une misère et des têtes d’affiche ricaines, généralement issues de la Série B et pas trop onéreuses. On se retrouve donc avec d’un côté la toujours charmante Valentina Forte (Blastfighter, Amazonia, la jungle blanche), Ivan Rassimov (Toutes les couleurs du vice, Spasmo,…), John Steiner (un Anglais mais principalement vu dans la production transalpine, comme Ténèbres ou Shock), Elena Pompei (Paganini Horror) ou Nancy Brilli (Demons 2) pour la division européenne ; et de l’autre Charles Napier (Rambo 2, évidemment), Mimsy Farmer (qui est aussi passée par l’Italie bien avant mais bon…) et David Hess (là encore pas étranger au genre à la carbonara) pour l’américaine. La clef du succès ? Pas réellement puisque juste après cette sortie, Ruggero retourna tourner une pure bisserie avec Les Barbarians, si ringarde qu’elle confirma pour de bon que l’art de Deodato serait pour toujours et à jamais coincé dans étagères poussiéreuses des vidéoclubs. Et comme de juste, Body Count n’a pas vraiment été affiché sur les plus grands cinémas de Paris, entre un film de Schwarzy et une comédie du Splendid…

 

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Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé de copier un gros hit du genre : Vendredi 13. Car tout est là ou presque dans le scénario imaginé à huit mains, celles d’Allessandro Capone (également réalisateur de nombreuses séries Tv), Sheila Goldberg (aussi à la machine à écrire pour le bis de volatiles Bloody Bird et Killing Birds), Luca D’Alisera (le récent 2047: Sights of Death avec des stars en perdition comme Danny Glover, Rutger Hauer, Stephen Baldwin ou Michael Madsen) et enfin le prolifique Dardano Sacchetti (les Fulci les plus connus, Killer Crocodile, Blastfighter, Atomic Cyborg,…). Beaucoup de monde pour un script pourtant simple comme bonjour et reprenant à son compte les grandes lignes du carnage du camp Crystal Lake. Chez Sean S. Cunningham, un double meurtre avait forcé la fermeture du lac aux plaisirs, avant sa réouverture qui causera bien évidemment un nouveau massacre. Même chose dans la vallée de feuilles mortes du Colorado, la légende locale voulant que l’esprit d’un shaman hante les bois dans l’espoir de pouvoir planter un tomahawk dans la crinière des imprudents. Ca ne loupe bien évidemment pas, une poignée de jeune s’y faisant décimer, poussant à la fermeture du campement local, tenu par David Hess et sa femme Mimsy Farmer. 15 ans plus tard, deux groupes de jeunes finissent par atterrir dans les parages pour y planter leurs pavillons de toile, au grand désarroi du très mal luné Hess, pas franchement heureux de voir des jeunes venir troubler sa tranquillité… Et ce qui devait arriver arriva : le vieil indien réapparaît et recommence à faire couler des rivières de sang… Autant dire qu’on tient là le récit habituel du slasher et que l’on se demande encore en quoi il était nécessaire de s’offrir les services de quatre scénaristes pour ce qui n’est, l’un dans l’autre, qu’un vendredi maudit à l’italienne. Un vendredi dans lequel tombent quelques jeunes gens, venus profiter des courbes de Dame Nature, qu’ils comptent bien dévaler avec leurs motos ou leurs kayaks. Et c’est parti pour les habituelles activités d’une jeunesse s’ignorant mourante : sports extrêmes, fricotages et mélange de langues sous la tente, lavage de tétons dans de vieilles douches crasseuses, vannes lourdingues du bedonnant de service, saucisses cuites au coin du feu,… Les derniers bons moments, ceux que viendra vite gâcher un vieux shaman n’appréciant pas que l’on foule du pied la terre de ses ancêtres.

 

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Paradoxalement, c’est là que ça se gâte pour Body Count. Car alors qu’une bonne partie des slashers ne sont réellement intéressants que lorsque le timbré masqué vient jouer de la hache, le film de Deodato est bien plus agréable lorsqu’il ne se passe rien ou pas grand-chose. C’est que les décors sont magnifiques, plongés dans un automne apportant sa douce palette de couleurs, et que les déambulations de nos jeunes gredins sont plutôt relaxantes à reluquer. Les voir causer d’Iron Maiden tout en cuisant leur merguez, tenter de bien jouer (le gros est si mauvais qu’il en devient génial), se balader entre les séquoias et les vieilles souches, batifoler dans l’herbe, se lancer un frisbee (so eighties !), tout cela est effectivement plus intéressant que de les voir mourir, aussi surprenant cela puisse paraître… La faute à un Deodato abandonné par son inspiration (si ce n’est lors de quelques plans dans les douches abandonnées, bien mises en valeur), les meurtres étant le plus souvent assez banals : si leur mise en place est plutôt travaillée et bénéficie de quelques surprises bien envoyées (le coup du miroir), les techniques utilisées par le shaman sont plutôt banales (coups de couteaux à tous les niveaux) et les assassinats constamment plongés dans le noir. Au point qu’on n’y voit pas grand-chose du peu qu’il y a de toute façon à l’écran, Body Count n’étant pas une œuvre particulièrement gore, même dans sa version uncut. Si ce n’est  un piège transperçant un torse ou une lame ressortant par une bouche, comme dans La Maison près du Cimetière, mais avec un effet nettement moindre, ce qui est d’autant plus surprenant venant d’un réalisateur habitué à encastrer des poteaux dans l’anus des indigènes… Décevant, forcément, même s’il faut reconnaître à ce camping de la terreur qu’il ne manque pas de rythme : on ne s’emmerde jamais, divertis que nous sommes par les scories du film, plutôt amusantes. Difficile par exemple de garder son sérieux lorsque David Hess, acteur inégal par excellence, se met à faire de gros yeux et surjouer comme un dératé. Ou lorsque l’on se rend compte que la VO mélange acteurs ricains utilisant bien évidemment leur propre voix et des Italiens qui furent doublés pour masquer leur accent. Autant dire que le mélange des deux donne un sacré goût à des dialogues par ailleurs souvent cons. Et donc bons !

 

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Reste que dans l’ensemble, ce n’est pas bien brillant, l’impression que Deodato se démène pour rien étant ici des plus fortes. Car le réalisateur de l’holocauste cannibale a beau multiplier les possibilités quant au coupable, on devine immédiatement qui tient la hache parmi les suspects. Et embourber le spectateur dans un triangle amoureux pas particulièrement prenant entre Hess, Farmer et Napier n’y changera rien… La nostalgie ne joue pas non plus énormément, et c’est quelqu’un qui a vu le film en cassette durant son enfance et particulièrement accroché aux slashers qui vous le dit… De plus, avec sa belle jaquette creepy montrant le visage du shaman en gros plan, les yeux lumineux, la comparaison ne pouvait qu’être en défaveur du film, le tueur étant très peu visible et son masque nettement moins convaincant à l’écran… Trop léger au niveau horrifique pour devenir un diamant méconnu du genre, Body Count nous présente un Deodato en trop petite forme et incapable de se détacher de son influence Voorheesienne (le début s’articule notamment de la même manière, générique de début totalement noir inclus !). Au point que le réalisateur est très vite effacé par son compositeur, Claudio Simonetti, qui nous offre ici l’un des meilleurs main theme de sa carrière et une BO franchement cool. Délicieuse pop à synthé à incluse ! En somme, on ne tient ici rien de bien terrible, et seuls les acharnés du genre ayant déjà retourné dans tous les sens les Sleepaway Camp y trouveront leur compte.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Ruggero Deodato
  • Scénario : Dardano Sachetti, Alessandro Capone, Luca D’Alisera, Sheila Goldberg
  • Production : Alessandro Fracasi
  • Titre: Camping del Terrore
  • Pays: Italie
  • Acteurs: David Hess, Bruce Penhall, Mimsy Farmer, Luisa Maneri
  • Année: 1986

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