Impact 5 (Karaté Motos)

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Il est souvent dit que les mauvaises nouvelles volent en escadron. Eh bien pour une fois, les bonnes sont venues à deux, le loufoque Super Riders (alias Les Fantastiques Supermen Chinois) étant débarqué dans nos bercails avec un Karaté Motos encore meilleur. Faites chauffer les deux roues, on va faire quelques beaux wheelings !

 

 

Souvent critiqués – parfois à tort, parfois à raison – les petits gars de Crocofilms ne peuvent dans tous les cas guère être hués pour cause d’un catalogue versant dans le commun, dans le déjà-vu mille fois. Même si les éditions sont très limitées (dans les 300 exemplaires), il faut avoir des burnes en acier pour proposer dans l’hexagone, tout de même assez peu porté sur les douces folies, un titre comme Super Riders. Comme on ne croise pas nécessairement un fan du Kamen Rider ou des Sentaï en général, l’éditeur a eu la bonne idée de joindre un second DVD pour accompagner les Fantastiques Supermen : Impact 5, alias Karaté Motos lors de sa sortie en VHS par chez nous. Autant dire que l’on reste dans le domaine du bis made in China, tout disposé à distribuer des coups de manchettes et jouer des talons pour briser vos écrans 4K, pas bien nécessaires pour le coup. Car évidemment, aucune restauration en HD ne risque d’arriver un jour pour une bobine oubliée de presque tous, ayant tout juste fait passer quelques bons samedis après-midi chez les quelques amoureux des arts-martiaux l’ayant loué à l’époque. Daté 1973, ce film de kung-fu six cylindres est réalisé par Stanley Siu Wing, personnalité plus connue pour ses travaux en tant qu’assistant-réalisateur puisqu’il fut de la partie pour Le Retour de La Guillotine Volante, Les 12 Médaillons d’Or ou Les 14 Amazones. A priori, il signait avec Karaté Motos son premier essai comme réalisateur en chef, point de départ d’une filmographie étendue jusqu’aux années 90. Alors certes, Impact 5 est la toute première tentative en tant que boss pour Mister Wing, mais ça ne l’empêchera pas de déployer ses ailes, bien formées lors de ses apprentissages en tant qu’assistant, au travers de ce drame familial virant à la castagne entre bandits.

 

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Pas du genre à retenir ses coups, le jeune Tan Chang (Charlie Chin Chiang Lin, qui cache derrière ce nom à rallonge une figure régulièrement croisée dans les métrages de ou avec Sammo Hung, tel le génial Eastern Condors ou la saga humoristique des Lucky Star, dans laquelle il jouait le casanova). Ainsi, lorsqu’un malotru se permet de toucher le cul de sa gonzesse, Tan voit rouge et massacre (malheureusement lors d’une ellipse) l’indélicat, ce qui lui offre évidemment un petit séjour derrière les verrous. Le genre de nouvelles dont se passerait bien son frère (Liang Tien, vu dans Yang Sze la terreur de Bruce Lee), inspecteur de police dès lors très à cheval sur le comportement de son cadet. D’autant que pas loin de démanteler une bonne fois pour toutes une organisation criminelle, le policier ne tient pas vraiment à ce qu’une mauvaise publicité lui tombe sur les genoux… Ce dont a vent le félon Chon Chiang (James Nam Gung Fan, Les 6 épreuves de la Mort, Le Violent Kid du Karaté, La Main de Fer,…), trafiquant de morphine qui compte bien utiliser Tan pour se débarrasser de l’encombrant enquêteur. Il décide donc d’embaucher notre excité héros, en espérant que le fait que ce dernier participe à divers crimes ternira la réputation de son frère, auquel sera peut-être retirée l’affaire. Mais pas plus con qu’un autre, Tan découvre bien vite qu’il n’est qu’une marionnette dans laquelle Chon Chiang a enfoncé son bras, fist-fucking style. Décidément malin, Chon kidnappe la copine de Tan pour le forcer à obtempérer. Mais c’est mal connaître le jeune homme, plutôt du genre à régler ses problèmes à la force de ses poings…

 

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Script plutôt classique que celui d’Impact 5, donc, formé sur les bases de plusieurs éléments classique des récits d’aventures : héros peu honorable qui apprendra peu à peu les valeurs nécessaires, sauvetage d’une demoiselle en péril, badguys passés maîtres dans l’art de la trahison,… Tous les éléments sont bien placés, et ce lors d’une exposition qui pourra par ailleurs sembler un peu longuette au spectateur cherchant sa barre énergétique dans la galette ici éditée. Super Riders était un peu trop « à fond à fond » dès le départ ? Ca sera diffèrent pour Karaté Motos, plus soucieux d’offrir une histoire qui se tient un minimum avant d’envoyer ses combattants dans l’arène. D’ailleurs, une fois lancé, le métrage ne s’arrête plus et multiplie les séquences d’action : rixe sur des docks, course-poursuite en moto (ce qui permet au métrage de justifier sa présence auprès de Super Riders, même si ceux-ci enfourchaient rarement leur guidon !), échanges de tirs dans une villa, baston sur un balcon et, enfin, la lutte finale sur le chantier d’un bateau en construction. Alors  c’est certain, tous ces échanges bien peu cordiaux n’ont jamais la dynamique et l’inventivité des meilleures péloches de Jackie Chan ou Sammo Hung, cela va sans dire ; n’empêche que le rythme ne faiblira plus jusqu’au final, long affrontement entre Tan et Chon sur le fameux navire. Prenant et intense, ce décorum jouant d’ailleurs en faveur de ce climax. Comme du reste du métrage par ailleurs, qui nous fait voir du pays et varie au maximum ses toiles de fond, passant des maisons huppées aux docks, sans oublier la plage et ses dunes, des passages rocailleux ou de longs escaliers en pierre près d’une rivière. Les lieux seraient presque charmants s’ils ne devenaient pas des champs de bataille où se cognent divers gangs, en somme !

 

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Le hic, car il en faut bien un, c’est que le montage trébuche régulièrement, au point que l’on se demande si la version disponible n’est pas cut. Fort probable après tout, la pratique étant plus que répandue à l’époque, les distributeurs préférant bien souvent raccourcir les bandes de kung-fu pour n’en garder que le strict nécessaire. Soit les scènes d’action, évidemment, et quelques séquences dialoguées triées sur le volet, celles qui parviennent le mieux à poser le récit en quelques coups de parlotte. On s’étonnera ainsi qu’il manque la scène de la bagarre dans le bar, lors de laquelle Tan fout sa fessée au rustre ayant été un peu trop lourd avec sa promise. Possible que le métrage d’origine ne la montrait pas non plus, car après tout on saute immédiatement au commissariat et cela n’est pas illogique, mais la question se pose tout de même. On perçoit à quelques brefs instants que la pellicule fut malmenée, que certains plans manquent, que l’on revient soudainement en arrière comme si le monteur avait bossé comme un sagouin et mal raccordé l’ensemble. C’est particulièrement voyant lors du passage opposant le frère de Tan à Chon, sur les dunes non loin de la mer, ces quelques minutes sentant le traficotage à plein nez, les personnages donnant la sensation de se téléporter. C’est donc à peu près certain, cette version, celle d’origine sortie en VHS et sans doute basée sur le montage allemand, n’est pas complète. De là à pleurer à chaudes larmes… Car bien évidemment, Impact 5 n’est pas de ces plaisirs nécessitant férocement une version longue à la Batman vs Superman pour être appréciés, au contraire : c’est sans doute dans leur immédiateté, dans leur capacité à filer comme un éclair qu’elles trouvent leur force.

 

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Dans le même ordre d’idées, on ne se plaindra donc pas trop que la copie ici disponible a été de toute évidence faite à partir d’une VHS fatiguée. D’une part cela nous ramène à la bonne vieille époque où nous nourrissions nos magnétoscopes de titres similaires à Karaté Motos, d’une autre c’est très probablement la seule manière possible de voir cette virée aux mobylettes énervées. Il serait donc bien malheureux de bouder Impact 5 pour de basses raisons techniques, d’autant que Stanley Siu Wing se démerde franchement bien : s’il n’est pas le meilleur réalisateur à donner dans le bourre-pif, ses distributions de gnons manquant un peu de peps, il tente régulièrement de composer de jolis tableaux en jouant avec les avant et arrière plans. Voire même en usant de montages parallèles plutôt bien vus, comme lorsque Chon tente de violer la copine de Tan pendant que ce dernier est dragué par une caïd du crime. Pas de quoi faire entrer le tout dans la légende, et Bruce Lee, du haut de son nuage, ne s’était sans doute pas senti menacé par pareille bisserie. N’empêche qu’en fin de soirée en sirotant un soda bien pétillant, ça le fera sans problème tout en nous donnant l’impression qu’on aura fait un peu de sport. Parfait pour déculpabiliser après un bon Pepsi, en somme !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Stanley Siu Wing
  • Titre: Chui Saai (Hong Kong)
  • Pays: Hong Kong
  • Acteurs: Charlie Chin Chiang Lin, Leung Tin, James Nan Gung Fan
  • Année: 1973
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2 comments to Impact 5 (Karaté Motos)

  • Roggy  says:

    Un film que je découvrirai d’ici quelque temps puisque j’ai ramené le film du Bloody week-end 🙂

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