La 9e Vie de Louis Drax

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Qui a dit qu’Alexandre Aja n’était qu’un vil goreux, de ceux qui posent leurs tripes sur la table pour cacher leur absence de cœur ? Pas les heureux spectateurs ayant déjà fait l’acquisition de La 9e Vie de Louis Drax, thriller fantastique permettant à l’auteur de Piranha 3D de sortir la tête du bain sanglant.

 

 

Les plus grands malheurs peuvent parfois donner naissance à de belles aventures artistiques. Ainsi, la peine qu’éprouva la romancière Liz Jensen lorsque sa grand-mère tomba d’une falaise alors qu’elle était à la recherche de son fils, lui-même disparu, elle s’en servit pour donner naissance à La 9e Vie de Louis Drax. Mais contrairement à bien des auteurs semblant prendre le clavier avec la ferme intention de voir Hollywood venir frapper à leur huis (Joël Dicker, c’est toi que je vise), la Miss Jensen avoue bien vite qu’elle imagine très mal son livre passer un jour sur les écrans. Inadaptable, cette histoire d’un petit garçon lui aussi tombé d’une paroi rocheuse (Liz Jensen reconnait sans mal avoir voulu exorciser ses vieux démons familiaux à sa manière) et entré dans le coma, ne sachant trop s’il veut s’extirper du purgatoire pour revivre ou y rester par peur de ce que la vie lui réserve ? Pas aux yeux d’Anthony Minghella, réalisateur du Talentueux Mr. Ripley, si motivé à l’idée de coucher sur pellicule le périple post-mortem du petit Louis Drax qu’il acquiert les droits du bouquin avec Sydney Yakuza Pollack, son associé de production. Malheureusement, Minghella n’aura pas la chance de débuter la réalisation de cette version cinéma : en 2008, seulement âgé de 54 ans, il décède d’une hémorragie cérébrale alors qu’il venait de subir une opération sur une tumeur logée dans son cou. Ce sera à son fils Max Minghella (comédien croisé dans The Social Network et The Darkest Hour) que reviendra finalement le projet, le jeune homme étant si enchanté par le roman qu’il rédige un scénario alors qu’il vient à peine de reposer l’ouvrage sur sa table de nuit. Et ce avec les encouragements de Jensen en personne, qui s’était déjà entretenue avec Minghella senior de son vivant, lui précisant même que si elle devait changer quelque-chose à son thriller littéraire, elle le rendrait plus effrayant. Dont acte : Max retravaille le récit et y insuffle quelques frissons. Coup de chance, il est à la même période au casting de Horns, qu’Alexandre Aja tourne avec Daniel Radcliffe. Puisque l’on peut glisser le script à un réalisateur ayant tout de même offert au public l’excellent remake de La Colline a des Yeux, pourquoi se priver ? Si le blondinet français est au départ méfiant quant aux scénarios d’acteurs, il tombe vite sous le charme de celui de La 9e Vie de Louis Drax, notamment parce qu’un projet au pitch approchant lui était passé sous le nez quelques temps plus tôt : Quelques Minutes après Minuit. Aja réunit son casting, se voit financé par Miramax, tourne et s’apprête fort logiquement à balancer le résultat dans les salles. Mais rien n’étant jamais simple dans l’empire du 7ème art, Miramax se voit racheter, tout comme le film dès lors trimballé à gauche et à droite (il passera notamment chez Lionsgate), sortant finalement deux longues années après le clap de fin. Soit en 2017, et ce sans passer par la case cinéma : c’est en effet l’excellent éditeur, pour le coup très inspiré, Carlotta qui nous le propose désormais en DVD et Blu-Ray. De quoi réparer l’injustice vécue par le métrage, qui aurait bien mérité de se retrouver dans tous les multiplexes…

 

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Certains n’ont décidément pas de bol et le petit Louis Drax, neuf ans, fait définitivement partie de ceux-là. C’est que depuis sa naissance, déjà difficile puisque faite par césarienne, le gamin n’a eu de cesse de flirter avec la mort, les accidents s’étant enchaînés sur sa petite personne. Quand il ne subissait pas une électrocution, les lampes accrochées au plafond s’écroulaient sur son berceau ou il subissait une infection alimentaire, quand il n’avalait pas carrément des vis. Un véritable rescapé, dont la vie ne tient qu’à un fil. Pas loin de se casser, d’ailleurs, le fil : Louis fait une chute mortelle d’une falaise et tombe dans l’eau, les médecins à son secours le déclarant mort quelques minutes plus tard. Mais comme s’il n’était pas résolu à rendre son dernier souffle, le marmot est soudainement pris de convulsions, surprenant des docteurs découvrant alors qu’il était en fait dans le coma. Si le jeune spécialiste de la question qu’est le Dr. Allan Pascal (Jamie Dornan, dont rêvent toutes les femmes depuis 50 Nuances de Grey) tente de le faire revenir sur le plancher des vivants, la police s’interroge plutôt sur les mystères entourant le drame. C’est que le père du petit a disparu, laissant penser qu’il pourrait avoir quelque-chose à voir dans le saut de l’ange qu’à fait le jeune Drax, à l’esprit toujours très actif. C’est en effet en tant que narrateur que le garçonnet va passer le métrage, partageant avec le spectateur ses souvenirs, éparses mais nécessaires pour compléter le puzzle de son existence. Bien évidemment, thriller oblige, la dernière pièce sera celle correspondant à son dernier accident, celle permettant de résoudre un possible crime. C’est donc à une narration rappelant Lovely Bones, chef-d’œuvre d’un Peter Jackson jamais aussi bon que lorsqu’il laisse les hobbits dans leur forêt magique, que nous convie Alexandre Aja. La victime du violeur/assassin Stanley Tucci de Lovely Bones se baladait dans un autre-monde uniquement réservé aux victimes du bourreau ? Eh bien Louis fera de même, nageant dans un océan noir aux méduses lumineuses, telles des lanternes dans la nuit ; discutant même avec un être étrange et effrayant, à la cuirasse faite de bulots. Une sorte de swampthing à la voix rauque, questionnant Louis sur son triste destin, sans trop que l’on sache s’il est là pour de bonnes ou de mauvaises raisons… Un peu à la manière de Max et les Maximonstres, autre magnifique métrage, doux-amer, voyant un garnement se retrouver sur une île féérique peuplée de créatures à la fois tendres et violentes. Il y a d’ailleurs une opposition entre Max et Louis: le premier est un gosse difficile, hyperactif, et ne sachant trop comment réagir au divorce de sa mère, comment attirer son attention ; là où Louis semble parfaitement savoir comment se faire remarquer par les siens. Intelligent, lucide et posé, il accepte sa condition de maudit et finit même par y trouver quelques avantages : s’il souffre, au moins il évite l’école, où il se bagarre avec les autres enfants.

 

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Des questions se posent donc bien vite sur le compte du petit héros, et ce au travers de son psychiatre super cool, d’une part car il est interprété par Oliver Platt, d’une autre parce qu’il a dans son cabinet des figurines des Universal Monsters. Un détail mais aussi une manière pour Aja de montrer que le docteur des neurones comprendra parfaitement un freak comme Louis, potentiellement dangereux. Après tout, n’écrase-t-il pas ses hamsters parce qu’il juge en avoir le droit, parce qu’ils sont ses possessions ? Et ne devient-il pas carrément inquiétant lorsqu’il envoie des courriers presque menaçants à ceux qui l’ont déçu ? Malin, Aja ne fait pas de Louis un brave petit bonhomme capable de faire pleurer la ménagère, préférant le changer en une possible menace. Une menace attendrissante, certes, car profondément tragique et résolue à son triste sort, mais une menace tout de même. Et le film de virer progressivement vers l’épouvante, façon Patrick, puisque le comateux finira par interagir avec le monde l’entourant, envoyant des missives agressives aux uns et aux autres. Notamment pour mettre en garde son potentiel sauveur le Dr. Pascal, Louis n’appréciant guère que ce dernier roule des palots baveux à son éplorée maman, la belle blonde Sarah Gadon (habituée de la famille Cronenberg puisqu’elle est dans les derniers méfaits du clan comme Cosmopolis, A Dangerous Method ou Antiviral). Capable de se dresser de son lit au moment le plus inopportun, Louis pourrait-il également écrire ces sombres courriers ? A moins que son esprit soit suffisamment puissant pour interférer avec un monde dans lequel il n’est plus qu’un légume ?

 

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Disons-le tout net, le suspense n’est que partiel dans La 9e Vie de Louis Drax, la faute à un final que l’on voit venir à cent kilomètres. Peut-être pas en détails, peut-être pas dans sa globalité, mais nous devinons vite que les versions des différents personnages (les dires des uns et la vision que Louis a de toute cette histoire n’étant que rarement les mêmes) cachent forcément quelque-chose, que la vérité ne sera pas nécessairement où l’on pensait la trouver. En un mot comme en cent : on connait le coupable avant même que le film ne laisse couler les premiers indices quant à sa culpabilité. Problématique ? Légèrement seulement, le dernier essai d’Alexandre Aja ne misant jamais sur sa structure, sur sa mécanique, mais plutôt sur l’émotion. Celle d’une mère complétement perdue et ne sachant que faire pour aider sa progéniture. Celle d’un médecin complétement perdu dans ces problèmes familiaux inextricables. Et bien sûr celle d’un mouflet trop malin pour son âge, mais encore trop inexpérimenté pour appréhender l’univers dans lequel il est tombé, trop fixé sur ses malheurs, et ceux qu’il entraine, pour comprendre qu’il est aimé. Du boulot d’acteur, tout ça, et Aja peut compter sur une très bonne distribution : Dornan fait un personnage principal réussi, Gadon est impeccable en daronne pathétique et échappée d’un film noir des fifties (elle apporte d’ailleurs un côté hitchockien), Platt ne souffre d’aucune remarque négative et le petit Ayden Longworth est très bien dans le pyjama d’un lardon un peu trop franc du collier (ses joutes verbales avec son psy sont d’ailleurs savoureuses). Reste que si l’on doit remettre une récompense, ce sera à Aaron Paul, excellent interprète rendu populaire pour Breaking Bad (les Horror Addicts l’avaient déjà repéré dans le très bon reboot de La Dernière Maison sur la Gauche), malheureusement depuis passé par quelques daubes (l’adaptation Need for Speed). La 9e Vie de Louis Drax est donc l’occasion de découvrir la finesse de son jeu : entre la rage ravalée et la douceur jamais dévoilée, il écope du rôle d’un père troublant, coupable crédible de la mort d’un enfant qui ne serait peut-être pas le sien. Brillant, Aaron Paul l’est tellement qu’Aja pense à l’employer dans chacun de ses films. Bonne idée.

 

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Mais rendons tout de même à César ce qui lui revient : si La 9e Vie de Louis Drax est une réussite, c’est en bonne partie pour son travail visuel, très travaillé et jouant sur les contrastes. La mise en images est ainsi proche de la psyché des personnages, c’est-à-dire clair-obscur : Louis, amoureux des mondes maritimes, est tombé dans ce qu’il conviendrait d’appeler un véritable paradis pour lui, puisque le monde dans lequel il flotte désormais n’est qu’un gigantesque océan. Mais il est également ténébreux, parcouru par cet étrange personnage monstrueux, et Aja mise dans ces instants sur une photographie grisâtre et terne, profondément mélancolique. Tout l’inverse de l’hôpital où séjourne la carcasse de Louis, certes clinique en son enceinte, mais réellement paradisiaque aux alentours, le parc de l’institut disposant d’un lac et d’une floraison digne de l’Eden. Dans le même ordre d’idées, alors qu’il visite enfin Sea World avec son père, Louis voit l’ambiance, pourtant idyllique, se ternir lorsque son tuteur croise une ancienne petite-amie. Aja joue donc avec les faux-semblants, véritable sujet de toute l’affaire, et les explose lors d’un final à la fois noir et profondément sensible, lors duquel chacun sera mis face à ses choix et ses actes. Belle idée donc que celle qu’eut Aja de s’éloigner de l’horror movie (ce qui ne l’empêchera pas d’y revenir, à priori), puisque s’il rappelle, au détour de quelques frousses bien placées, qu’il sait toujours y faire en matière de tension et qu’il en maîtrise les ficelles comme peu de réalisateurs actuels, il prouve surtout qu’il sait aussi mener à bien un vrai beau projet, lui offrir l’écrin adéquat (tout de même, quelles images !). Pas étonnant dès lors que son dernier boulot soit aussi un vrai beau film, précieux à tous les niveaux.

Augustin Meunier

 

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  • Réalisation : Alexandre Aja
  • Scénario : Max Minghela
  • Production : Alexandre Aja, Tim Bricknell, Max Minghella, Shawn Williamson
  • Titre: The 9th Life of Louis Drax
  • Pays: Canada, Grande-Bretagne
  • Acteurs: Ayden Longworth, Jamie Dornan, Aaron Paul, Sarah Gadon
  • Année: 2016

2 comments to La 9e Vie de Louis Drax

  • Roggy  says:

    Je serai moins dithyrambique que toi sur le film que j’ai trouvé assez moyen au final. Pour moi, le problème principal est qu’on manque d’empathie pour les personnages. A part le docteur (mieux que dans 50 nuances de Grey) et Oliver Platt, le reste du casting est très fade à mon goût. Tout comme le scénario qui, en plus d’être prévisible, ne recèle aucune surprise (j’ai même trouvé que les scènes avec la créature sont ratées)et tourne très vite en rond jusqu’à un final très convenu. Rien d’infamant bien sûr (faut pas exagéré non plus) car Aja est un bon réal, mais je t’avoue avoir été très peu touché par l’ensemble.

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