La Marque de la Mort

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Eh non, le cinéma gothique à papa n’est pas le seul apanage des Anglais et des Italiens, les Mexicains ayant largement prouvé leurs talents en la matière ! Il suffit pour s’en convaincre de se laisser apposer La Marque de la Mort de Ferando Cortés, une griffe qui ne risque pas de partir au lavage…

 

 

 

Les savants fous n’ont pas de nation. Ainsi, on ne les trouve pas que dans la campagne anglaise, dans les souterrains espagnols ou les vieux châteaux italiens, les praticiens déments pouvant tout aussi bien avoir posé leur stéthoscope sur les terres des mariachis. C’est en tous cas sur place que le Docteur Malthus a installé son cabinet, et certainement pas pour soigner des bronchites, notre scientifique préférant trouver un remède… contre la mort ! Pour sûr que ça réglera bien des problèmes, même si, du genre égoïste, Malthus préfère pour l’heure garder ses trouvailles pour lui. Il faut dire que le gaillard a déjà dans les cent années au compteur mais garde le corps d’un bon trentenaire, et certainement pas par des moyens que ses confrères risquent d’apprécier. En effet, tel un vampire, le doc’ kidnappe de jolies jeunes filles de moins de 25 années pour leur extraire un peu d’hémoglobine, qu’il s’injectera par la suite. Et notre homme, très vieux et plus ridé que le cul d’Alain Juppé lorsqu’il n’a pas sa dose de globules rouges, de retrouver le bel âge après cet échange sanguinaire. Mais visiblement un peu trop gourmand (il a tout de même sacrifié six demoiselles), il finit par être pincé par les autorités. Pas de chichi, cet être sinistre finira chancelant au bout d’une corde, ses recherches ne le sauvant pas de l’échafaud. Vraiment ? Malin, Malthus avait inscrit dans un grimoire caché la marche à suivre pour le faire renaître, espérant que l’un de ses descendants tombera sur ses instructions et aura la bêtise de les suivre. Ca ne loupe bien évidemment pas et, quelques décennies plus tard, le beau Gonzalo finit par découvrir un passage secret dans la demeure de son ancêtre, qu’il occupe désormais. Ne se posant pas trop de questions et étant curieux comme un Edwy Plenel, ce descendant du Mal, bien qu’étant pour sa part plutôt sympathique, décide d’aller récupérer la dépouille de Malthus. Non sans enlever une pauvre brunette âgée de la vingtaine au passage, car il faudra bien alimenter le cadavre en sang pour qu’il reparte comme à la grande époque. Et le diabolique Malthus de revenir d’entre les morts…

 

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Certains ne sont pas nés pour se tourner les pouces devant un verre de tequila, et il ne fait aucun doute que Fernando Cortés en faisait partie. Né en 1909, décédé 70 ans plus tard, l’artiste passa plus de trois décennies à amuser la galerie mexicaine, réalisant et écrivant des œuvres versant dans tous les genres possibles et imaginables. Drames, comédies, films d’aventure ou d’espionnage, notre homme touchait à presque tout, même s’il avait l’habitude de tourner en dérision ses sujets, l’humoristique étant visiblement le trait de caractère qu’il préférait insuffler à ses pelloches. Ainsi, lorsqu’il se penchait sur le mythe du Fantôme de l’Opéra, via El fantasma de la opereta en 1960, c’était pour verser dans la farce assumée et laisser à la Universal ou la Hammer le soin de tirer tout effroi de cette tragédie. Un brin surprenant dès lors de le voir froncer les sourcils avec La Marque de la Mort (1961), pour le coup loin d’être une vaste blague. Au contraire, Cortés semble prendre très au sérieux son métrage horrifique, dans lequel il balance à peu près tout ce que l’on est en droit d’attendre d’une petite bande gothique des sixties. Niveau décorum, tout est là : squelette en plastoc accroché à un mur telle une relique de supplices passés, laboratoire aux vieilles bibliothèques et aux fioles fumantes, découverte d’un cadavre asséché lorsque le héros s’éclaire avec un chandelier, virée dans une crypte (aux faux airs de cachots, d’ailleurs, mais bon…), passage dans un cimetière hanté par des statuettes d’anges,… Rien ne manque à l’appel et il est évident que le poto Fernado avait bien révisé ses classiques avant d’enfourcher sa caméra, La Marca del Muerto pouvant fort bien être rangé avec les classiques italiens de l’épouvante, tels La Sorcière Sanglante ou Le Cimetière des Morts-Vivants. Techniquement, il le mériterait en tout cas, Cortés étant loin d’être un manchot : on les sent bien, ses quinze années d’expérience à l’époque, les cadrages étant variés, les plans en mouvement et la photographie loin d’avoir à envier celle des meilleurs brûlots de la Universal ! Rien à redire sur la forme, donc, et à dire vrai sur le fond non plus…

 

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Si ce n’est cette impression tenace que cette Marque de la Mort, nous l’avons déjà vu s’apposer sur nos chairs auparavant, la qualité de best-of de l’épouvante old-school n’échappant pas à un vieux routard du genre. C’est qu’on sent fort que ça a potassé les Frankenstein de la Universal avant de se mettre au boulot, plusieurs éléments y faisant penser. Fatalement puisque tout film de scientifique chtarbé finit à un moment où un autre par rappeler le bouquin de Mary Shelley, Mathus partageant avec le célèbre baron ce caractère de démiurge, ces envies de grandeurs ; même si, contrairement à Frankenstein, le salaud du jour n’est en aucun cas sympathique et ne bosse que pour lui-même, se foutant bien de la science et de ses avancées. Son but est simple : il veut devenir immortel, point barre. Par contre, le brave Gonzalo semble pour sa part tout droit sorti du Son of Frankenstein avec Basil Rathbone. Après tout, l’un comme l’autre semblent souffrir d’un héritage encombrant, d’être reliés par les veines à un maniaque, certes génial mais un maniaque tout de même. Et tous deux finiront par laisser leur curiosité prendre le dessus, se laissant envahir par les sombres pulsions de leurs aïeuls. Toujours au rayon « je prends ce qui a bien fonctionné chez d’autres », on peut difficilement faire comme si nous n’avions pas vu la dimension vampirique que prennent les expériences de Malthus, véritable cousin de Bela Lugosi. Après tout, lui aussi se nourrit du sang de jolies jeunes filles, alors qu’il pourrait tout aussi bien s’attaquer à de mâles adolescents. Le côté sexy du vampirisme se voit donc respecté par cet être monstrueux, ce vieillard au faciès de Père Fouras (si le maquillage est simple, il fait néanmoins le boulot) avançant seul en toute circonstance puisqu’il finira par trahir Gonzalo. Enfin, on notera une relation à la Jekyll et Hyde entre eux deux : puisqu’ils partagent la même physionomie (et par extension le même acteur : Fernando Casanova le bien-nommé), Malthus va tout faire pour prendre la place du blanc-bec. Après tout, s’il peut profiter de la fiancée de Gonzalo, Rosa (Sonia Furio), et l’épouser à sa place, pourquoi se gêner ?

 

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Il devrait pourtant y réfléchir à deux fois, la promise étant sacrément chiante dans son genre, devenant même le principal défaut du script. Autocentrée au-delà du raisonnable (à notre époque elle passerait ses journées à se faire désirer sur Facebook), elle passe la majorité de La Marque de la Mort à reprocher à Gonzalo le manque d’attention que ce dernier lui porte, le soupçonnant même de l’avoir trompée lors de ses études. Certes, le play-boy passe un temps dingue dans ses quartiers – et pour cause, ça prend du temps de réanimer une momie en kidnappant des donzelles – mais faut avouer qu’on le comprend tant la Rosa semble lourdingue au possible ! Tiens, on serait les deux Malthus, on passerait plutôt la bague au doigt à la jolie servante de Rosa : non seulement elle est plus jolie, mais en plus elle ne peut qu’être moins casse-couilles… Bien sûr, ces quelques rouspétances ne semblent pas bien grave, n’empêche qu’elles finissent par jouer des tours au film. Ainsi, lorsque Malthus se rend compte que Rosa a remarqué qu’il n’était pas Gonzalo (l’énorme marque de corde sur sa nuque le trahissant forcément), il se figure qu’il pourrait tout aussi bien l’utiliser comme donneuse de sang, même si ça n’enchante guère la dame. Logiquement, nous devrions nous prendre à stresser pour son sort, tout en ressentant le malheur du pauvre Gonzalo qui, en plus de s’être fait piquer sa dulcinée par son sosie, va devoir assister à sa mort sans pouvoir agir. Sauf que voilà, la nana étant une chouineuse de première catégorie, on s’en fout un peu que Malthus s’en serve comme réserve de sang pour voir sa peau s’adoucir. Ca nous arrangerait presque, même !

 

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Nous regarderons donc La Marque de la Mort pour ce qu’il est, soit un beau défilé de scènes gothiques, jamais novatrices mais toujours bien troussées, telle celle montrant un Malthus vieux faire exactement la même chose que lorsqu’il était jeune. C’est-à-dire suivre une nymphe dans une ruelle, la même que par le passé, en se cachant derrière les mêmes arbres. Joli jeu de miroir. Coup de chance, Bach Films, pas toujours à la pointe lorsqu’il s’agit d’éditer des DVD (on a tous eu entre les mains une ou deux mauvaises éditions de leur part) s’est sorti les doigts du tacos pour leur collection Les Films cultes du cinéma mexicain, offrant un écrin cartonné à une galette disposant d’un master très satisfaisant. L’image est nette, les tares ne sont pas fréquentes (même si on trouve un défaut de pellicule semblable à un insecte rampant sur l’écran à un moment, ainsi que des couacs dans les sous-titres !) et l’on pourra donc profiter pleinement du beau travail visuel de Cortés. La collection se faisant de plus en plus rare, les amis du cinéma gothique savent donc ce qu’il leur reste à faire…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Fernando Cortés
  • Scénario : Alfredo Varela
  • Production : Alfredo Ripstein hijo
  • Titre: La Marca del Muerto
  • Pays: Mexique
  • Acteurs: Fernando Casanova, Sonia Furio, Aurora Alvarado, Pedro de Aguillón, Juan José Martínez Casado
  • Année: 1961

2 comments to La Marque de la Mort

  • Roggy  says:

    Excellente chro l’ami. Et merci pour la découverte de ce film mexicain qui semble une bonne alternative au fantastique traditionnel ricain ou anglais.

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