Hellraiser: Inferno

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Cinquième entrée dans la saga Hellraiser, Inferno est également, selon beaucoup de passionnés de cinoche horrifique, le début de la fin pour notre schtroumpf clouté préféré. Car mal-aimé est ce premier long de Scott Derrickson, qui rencontra les Cénobites de manière un peu particulière…

 

 

On a tendance à l’oublier un peu depuis qu’il est devenu un réalisateur de « gros » films d’horreur avec ses Exorcisme d’Emily Rose, Sinister et Délivre-nous du Mal, sans oublier son remake du classique Le Jour où la Terre s’arrêta ou le blockbuster Marvel Dr. Strange, mais Scott Derrickson a commencé tout en bas de l’échelle, comme un vulgaire larbin des frères Weinstein. Un de plus, me direz-vous… C’est d’ailleurs une chance pour le réalisateur d’être parvenu à rebondir après ses mésaventures auprès des frangins terribles, la plupart des clebs tenus en laisse par les deux zouaves soi-disant cinéphiles étant depuis longtemps marqués au fer rouge, fichés comme des incapables, des mies de pain. Certains, comme Joe Chapelle, justement réalisateur du quatrième Hellraiser, Bloodline, sont parvenus à se refaire une santé en emballant des épisodes de séries tv, mais la plupart des autres survivants ne sont plus accueillis que par un sinistre oubli. C’est qu’on ne ressort jamais indemne de la machine à broyer Dimension Films, désormais nommée The Weinstein Company, toujours prête à briser les âmes des metteurs en scènes perdus dans ses studios. Il suffit de se reporter à quelques interviews du regretté Wes Craven, lors de la sortie de son bien-nommé Cursed, pour se convaincre des méthodes peu honorables des producteurs, qui gèrent leurs films comme certains gèrent des McDonald. Le goût en moins. Autant dire que lorsque la saga initiée par Clive Barker est tombée dans leurs poches, il y avait de quoi se faire du souci. Et à raison, d’ailleurs ! Cela ne débuta pas trop mal avec le Hellraiser III d’Anthony Hickox, œuvre certes éloignée des deux premiers films de par son esprit, nettement plus festif et décontracté du slip ; cela continua mollement avec Hellraiser IV : Bloodline, entrée très moyenne balançant Pinhead et sa bande dans l’espace (après tout, si Leprechaun et Jason Voorhees ont vu la lune, pourquoi pas lui ?), et cela commença à sentir le rat crevé avec le cinquième opus. Et je ne parle pas au niveau qualitatif, ça nous y viendrons plus tard, mais au niveau des méthodes de productions…

 

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Ainsi, les frérots les plus insupportables du septième art décident à la fin des nineties de produire une quatrième suite aux aventures tortueuses des Cénobites, mais à moindre coup. Il faut rappeler que les deux enfoirés aiment l’argent facile et qu’ils ont tendance à tout miser sur le titre du film, pensant que peu importe la qualité du métrage tant que le public se fait avoir par la jaquette du DVD… et passe à la caisse avant de s’apercevoir qu’il vient de se ramasser un gros dard dans les fesse ! Un esprit expliquant donc facilement pourquoi les sagas Mimic, The Crow, Une Nuit en Enfer et donc Hellraiser se soignaient de moins en moins au fil des épisodes, finissant tout simplement par représenter l’archétype même du DTV désincarné capitalisant un max sur un succès passé, sans se fouler le moins du monde. Ainsi, lorsque ces pourceaux de Weinstein (vous aurez compris depuis quelques lignes que je ne les aime guère) décident de produire Hellraiser : Inferno, ils choisissent d’économiser quelques biftons en reprenant un scénario atterri un jour sur leur bureau. Scénario n’ayant bien évidemment jamais eu pour but de se raccrocher au wagon Hellraiser, le script en question étant une histoire totalement originale, un thriller fantastique se voulant unique. Mais plutôt que de payer un nouveau scénariste pour écrire de A à Z un nouvel opus sentant bon le clou rouillé, les Weinstein préfèrent modifier ces écrits qui n’en demandaient pas tant en tapant les Cénobites dedans. Economiquement, c’est bien sûr une bonne affaire ; artistiquement, c’est une toute autre histoire… Bien évidemment, les nanabs mettent toutes les chances de leur côté en prenant un petit débutant pour le poste de réalisateur, Derrickson n’étant en 2000 que l’auteur d’un court-métrage. Et c’est bien connu, les bleus ça se manipule facilement… Pourtant, et contre toute attente, le jeunot parvient à torcher une série B ne manquant pas d’atouts.

 

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Car autant vous le dire dès maintenant (enfin après deux paragraphes quand même, mais vous savez depuis bien longtemps que je suis un mec qui prend son temps), j’ai bien aimé Inferno. Pas adoré au point de hurler « Pinhead for president ! » dans la rue en me coincant des vis dans les joues, mais bien aimé. Il faut dire que le scénario choisi par les Weinstein pour accueillir, bien malgré lui, la tronche de hérisson colle plutôt bien avec l’univers imaginé par Clive Barker. Difficile de savoir ce qui a été modifié pour donner l’illusion qu’on tient un vrai Hellraiser, reste que cela fonctionne plutôt bien dans l’ambiance, finalement très proche dans les thématiques et les personnages de l’œuvre du romancier. On fait donc la connaissance de l’inspecteur Thorn, un flic pourri jusqu’à la moelle, le genre à piquer le fric des cadavres sur lesquels il enquête, à aller aux putes en prétendant que cela sauvera son mariage, à mener des interrogatoires bien brutaux et à s’envoyer un bon paquet de sucre en poudre dans le nez. Un ange, quoi. Reste qu’un beau jour, il est envoyé sur une drôle d’affaire, un Asiatique qu’il connaissait étant retrouvé changé en filet américain. Eh oui, le gars n’est plus qu’un vulgaire tas de viande sur lequel sont accrochés quelques chaînes munies de crochets… Cela évoque bien entendu quelque-chose au spectateur ayant vu les quatre premiers Hellraiser, mais vu que Thorn ne les a jamais loués, il est un peu perdu. Du coup, le zigoto enquête à l’ancienne, se demandant à qui peut bien appartenir un doigt d’enfant, retrouvé dans une bougie… Au fil de son enquête, notre détective découvrira que le fameux meurtrier serait un mythique assassin se faisant appeler « L’Ingénieur », un homme insaisissable éliminant toute personne se posant trop de questions à son sujet. Evidemment, sur le lieu du premier meurtre, Thorn retrouve également un fameux rubik’s cube qu’il finira par ouvrir…

 

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Via ce petit résumé, on peut plus ou moins imaginer à quoi devait ressembler le film avant que les démons du cube ne viennent y mettre leur grain de sel. Soit à un mélange entre 8mm (Thorn reçoit une cassette d’un meurtre, se ballade dans des bordels) et Seven, le film rappelant également le bien sympa Jill The Ripper avec notre grand Dolph Lundgren. En somme, Inferno est un thriller très noir sur lequel on a craché un gros glaviot fantastique, le genre odorant. Il faut d’ailleurs bien préciser que le film de Derrickson s’en serait sans doute mieux tiré s’il en était resté à ses bases, plutôt saines et efficaces. Car la poursuite de ce fameux Ingénieur est franchement intéressante, et ce drôle de meurtrier entouré de mystères ne demande qu’à être connu des spectateurs, tandis que les apparitions des Cénobites semblent limite hors-sujets, comme des parasites pompant le sang d’un récit se débrouillant finalement très bien sans eux. Mais il faut tout de même admettre que leur présence n’est pas si dérangeante que cela, et que les meurtres et le brouillard entourant l’Ingénieur s’acoquinent plutôt bien avec la mythologie Hellraiser. Derrickson, plutôt doué lorsqu’il s’agit de créer un climat poisseux et lourd (voir Sinister pour s’en convaincre), s’en tire d’ailleurs avec les honneurs lorsqu’il s’agit de mélanger ces deux univers à l’origine distincts, son filmage donnant la sensation que l’on sort d’une gueule de bois aidant bien. Il se montre également capable de torcher quelques jolis plans, tel celui d’un Pinhead dans un salon subitement enneigé… Ces capacités formelles permettent ainsi à Inferno d’être finalement assez creepy, son horreur psychologique, bien sûr moins immédiate et graphique que les premiers opus, se faisant insidieuse. Ce cinquième volet met ainsi plus mal à l’aise qu’il n’effraie, ce qui n’est pas forcément pour déplaire, les jump-scares étant plutôt absentes de l’équation. Tout est misé sur le climat ténébreux et sur la plongée progressive dans l’horreur, les éléments monstrueux étant ici plutôt furtifs. Derrickson jongle en tout cas avec des protagonistes tous assez sombres puisqu’outre notre flic fricotant avec le mauvais côté de la loi, on croise un glacier pervers décorant son camion de photos pornos, un tatoueur violent, des prostituées camées et autres joyeux pitres. Joie de vivre,  quand tu nous tiens !

 

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Un univers parfait pour les Cénobites, toujours à la recherche d’âmes viciées à torturer, et le parti de débuter le film telle une enquête lambda et de ne pas laisser trop la parole aux diablotins permet à Derrickson de distinguer sa pelloche des précédentes. Taper une personne extérieure à tout le bordel lié au cube apporte une dynamique différente, plutôt bienvenue lorsque l’on en est déjà à la quatrième séquelle. Les volets suivants ne s’en sortiront par ailleurs pas aussi bien… Bien entendu, ceux qui espéraient voir ce vieux sado-maso qu’est Pinhead tireront bien la tronche, notre boogeyman n’étant présent que quelques minutes à l’écran (notez qu’il n’était pas forcément plus présent dans les deux premiers films…). Pas un mal, cela dit, vu que la face de craie en chef débarque surtout pour débiter des speechs à la con, soporifiques au possible. Ses petits copains sont d’ailleurs bien plus intéressants, comme par exemple ces deux jumelles Cénobites, visiblement portées sur la drague, et assez flippantes… N’allez cependant pas croire que je ne trouve aucun défaut à Inferno, qui en a quelques-uns dans sa boîte à outils. On regrettera par exemple une séquence d’un ridicule achevé, montrant Thorn enquêter dans un bar de jeux clandestins, notre héros se faisant ensuite savater par des cowboys ninjas. Dire que cela tranche avec le reste du métrage est un doux euphémisme… On regrettera aussi un personnage principal à la psychologie un peu trop changeante puisque de gros connard se foutant de tout et tout le monde, il devient soudainement un ange pleurant chaque mort. Ainsi, ce vilain héros tentera de faire porter les soupçons sur son coéquipier puis finira par chialer comme un enfant lorsque ce dernier se fera torturer au fouet à crochets par l’Ingénieur. Et toujours au niveau des complaintes, on signalera que le final est à la fois décevant et prévisible, ce qui pose doublement problème, vous en conviendrez ! Mais malgré tout cela, Hellraiser V reste un très bon DTV, pas chiant malgré quelques petites longueurs. En prime, Derrickson nous prouve qu’il désirait s’en tenir à l’univers de Barker en rappelant Craig Sheffer, déjà dans Cabal, pour tenir le premier rôle, ce dont l’acteur s’acquitte plutôt bien ! Signalons aussi la présence de James Remar (Les Guerriers de la Nuit, la série Dexter), plutôt bon aussi en psy se posant des questions sur l’apéricube infernal. Quant à l’ami Doug Bradley, vous connaissez sa vision des Hellraiser après le quatrième : Monsieur venait réciter ses dix lignes, prendre son chèque et à la semaine prochaine les aminches ! En définitive, si l’on peut comprendre aisément que les fans de la première heure sont ressortis déçus de l’expérience (encore qu’avec le temps, le film se voit réévalué), il ne faut pas perdre de vue que cet Inferno est un bon petit film. Peut-être pas un très bon Hellraiser (encore que !), mais un bon film ! Et vu la conception foireuse dont il fut victime, c’est déjà un petit miracle…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Scott Derrickson
  • Scénario : Paul Harris Boardman, Scott Derrickson
  • Production : Joel Soisson, W.K. Border, Bob et Harvey Weinstein
  • Pays: USA
  • Acteurs: Craig Sheffer, Doug Bradley, James Remar, Nicholas Turturro
  • Année: 2000

2 comments to Hellraiser: Inferno

  • Roggy  says:

    J’avais aussi oublié que Scott Derrickson avait tourné cet « Hellraiser : inferno ». Visiblement, le film vaut le coup d’œil et, comme tu l’écris très bien, le gars est loin d’être un mauvais réal.

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