Pulsions Cannibales

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La guerre du Vietnam en aura marqué, des bonshommes ! Mais ceux sur lesquels Le Chat qui Fume se penche via un beau double DVD ne sont pas des soldats souffrant de traumas « classiques », les pauvres étant touchés par un virus cannibale les forçant à sortir les molaires ! Et pour une fois, c’est pas Bruno Mattei qui régale mais Antonio Margheriti !

 

Qui s’est déjà intéressé un minimum au cas d’Antonio Margheriti sait sans doute que le réalisateur de La Sorcière Sanglante n’a jamais été un grand goreux. Certes, il s’était parfois autorisé quelques saillies cradingues, La Vierge de Nuremberg en étant une belle preuve, mais du reste notre homme préférait les films aventureux, si possible à l’esprit bon enfant. Et lorsqu’il versait dans l’épouvante, il la souhaitait plutôt psychologique, ambiancée, éloignée des effets vomitifs. Le choc, ce n’était pas sa came, et il est dès lors étonnant de le retrouver à la barre de l’un des Video Nasties ! Car oui, une pelloche d’Antony Dawson, pseudo de notre artiste tentant de le faire passer pour un mangeur de burgers, s’est retrouvée dans l’infamante liste créée par quelques Anglais coincés du fondement. Et celui qui n’aimait pas le splatter de se retrouver coincé entre Cannibal Holocaust et Anthropophagous, collé aux Blood Feast et autres Snuff bien éloignés de sa sensibilité. Avec quel film ? Pulsions Cannibales, Mesdames et Messieurs, co-production entre l’Italie et l’Espagne qu’il sort en 1980. Et qui mérite d’ailleurs bien de dormir sur les mêmes étagères que les méfaits de Deodato, D’Amato et Gordon Lewis puisque l’on y trouve quelques atrocités sentant fortement la viande rouge. En premier lieu la fameuse scène du bide totalement troué au fusil à pompe, bien évidemment, si culte qu’elle orne les affiches du métrage ; mais aussi un index s’enfonçant dans un globe oculaire, des morsures diverses et variées, une langue arrachée avec les dents et même des pauvres Vietcongs brûlés vifs. C’est d’ailleurs de là que semble partir le mal : alors que le brave général Norman Hopper (John Saxon) tente de sauver deux de ses soldats retenus prisonniers par les Asiatiques, il fait flamber une jeune femme qui tombera au lance-flamme. Le corps calciné tombe dans le trou aux séquestrés, visiblement affamés et ravis de se jeter sur ce barbecue humain, pour en extraire quelques morceaux de bidoche. Abasourdi par le spectacle, Hopper en oublie la prudence et se fait mordre par l’un des siens…

 

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Quelques semaines passent et tout ce beau monde est retourné aux USA. Hopper reprend sa petite vie tranquille de mari aimant, construisant des maquettes d’avion dans son atelier. Moins chanceux, Bukowski (Giovanni Lombardo Radice de La Maison au Fond du Parc) et Thompson (Tony King, ancien joueur de football américain reconverti en comédien de la Blaxploitation) sont pour leur part retenus dans un hosto psychiatrique, les horreurs vécues sur le champ de bataille ne leur permettant pas de retrouver une vie normale. Bons princes, les docteurs offrent néanmoins à Bukowski la chance de pouvoir passer une journée hors de l’institut. Pas très avisé, le jeune homme ira voir un film de guerre, De L’Enfer à la Victoire de Lenzi, dans une salle sombre permettant au couple devant lui de s’envoyer en l’air. Les effluves amoureux et le spectacle brutal, rappel malvenu des supplices vécus au Vietnam, réveillent alors chez le vétéran une irrésistible envie de croquer ses congénères. Dont acte puisqu’il plonge ses canines dans la gorge de la demoiselle, lui arrachant un lambeau de chair. Coursé par les autres spectateurs et une bande de loubards avec lesquels il s’était accroché quelques minutes auparavant, Bukowski part se réfugier dans un supermarché, où il trouve des armes. Dominé par sa folie, il tue le gardien des lieux et l’un des casseurs à ses trousses, les déflagrations demandant la venue des policiers, cette arrivée attirant elle-même la présence des journalistes. Hopper, alors en train de tromper son épouse (Elizabeth Turner du Démon aux Tripes et L’Emmurée Vivante) avec la jeune voisine d’à côté (Cinzia De Carolis, gosse dans La Nuit des Diables et Le Chat à Neuf Queues), découvre le drame par un coup de téléphone inquiet de la part de sa femme. Evidemment, il se rend sur place et aide à tranquilliser Bukowski, alors ramené dans son asile. Il n’y restera pas longtemps : après quelques analyses, Hopper découvre que la morsure subie au Vietnam lui a permis de contracter un virus changeant les malades en cannibales. Lui-même devenu un peu cintré, il part libérer Bukoswki et Thompson, lesquels créent du remous en ville en canardant les flics venus les stopper.

 

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On le devine : s’il fut bien obligé, époque oblige, de suivre les traces de Fulci et compagnie en tapant dans le gore, c’est plutôt le côté actioner de Pulsions Cannibales qui dut séduire Margheriti. Et encore ! Interrogé sur le métrage, le scénariste Dardano Sachetti (les trois-quarts de la production bis de l’époque, dont les meilleurs Fulci et Bava Jr.) rappelle que le bon Antonio n’était guère excité par l’affaire. Pas plus que les comédiens John Saxon, pas emballé pour un sou, et Giovanni Lombardo Radice, qui trouvait carrément le script stupide. Il lui faudra plusieurs visions pour déceler ce que le public branché exploitation aura remarqué depuis le début des eighties : Apocalypse Domani est un très bon divertissement. Et tant pis si cela devait faire tiquer Margheriti, ces poussées de violences y sont pour beaucoup, même si le principal attrait du métrage vient principalement de la capacité de l’auteur à donner dans le bourrin. On reconnait d’ailleurs bien là le savoir-faire d’un homme rompu à l’exercice, dont la carrière sera saupoudrée de war movies : ça se tatane contre des bagnoles, ça se tire dessus dans les égouts, ça explose tout dans la jungle, ça calcine au lance-flammes,… Malgré son titre et son écoulement vers le splatter, Cannibal Apocalypse n’est donc pas un pur film d’horreur, même s’il en emprunte donc des éléments évidents. On pense d’ailleurs plutôt au thriller à la Dirty Harry lors de la première bobine, Bukowski, errant dans une Amérique grisonnante, pouvant rappeler Scorpio. Après tout, les deux sont de pauvres types sur lesquels on ne se retournerait pas dans la rue, cachant pourtant une rage destructrice prête à faire les pires ravages. Et la suite des évènements, montrant un ancien tueur d’élite retranché dans un marché aux puces, rappelle fortement le premier Rambo… qui ne sortira que deux ans plus tard ! Car le discours semble être le même entre les deux œuvres : relâchées dans la nature sans réel suivi, les bidasses deviennent dingues et ne peuvent se réhabituer à une existence à peu près paisible. Bien sûr, c’était montré de manière frontale et sans détour dans First Blood, alors qu’ici c’est via un postulat fantastique que vient la critique : revenus de l’enfer avec un germe ardent, les survivants vont peu à peu contaminer l’Amérique restée bien au chaud pendant qu’ils risquaient leur vie. Margheriti va d’ailleurs plus loin que ne le fera Kotcheff : alors que c’est à une petite bourgade que John Rambo exposera ses cicatrices, c’est le pays dans son entièreté que Hopper, Bukowski et Thompson vont changer à leur image. Et ce en utilisant une innocence qui n’en a plus que les contours, Hopper croquant dans le pubis de sa lolita de voisine, dès lors changée à son tour en une chaude anthropophage. L’appel de la chair, dans tous les sens du terme…

 

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Pulsions Cannibales ne manque donc pas de fond et il est étonnant que ni le réalisateur, ni les acteurs, n’aient trouvé le projet séduisant dès ses prémices. Qu’un John Saxon n’y voyait qu’une Série B de plus l’éloignant de ses rêves de starifications, on peut encore l’envisager, bien que l’offre d’un premier rôle ambigu (tantôt gentil et paternel, tantôt cru et violent) aurait dû réjouir l’interprète. Mais que le plus sensible Radice n’ait vu qu’un simple shocker bête et méchant dépasse l’entendement, tant son personnage est intéressant : le pauvre Bukowski ne trouvant personne à qui parler, aucun point d’ancrage lui permettant de s’épanouir dans une nouvelle vie, il se retourne tel un chien battu vers le reste du monde. L’Italien qui détestait Lenzi (ce qu’il rappelle encore dans les bonus, ne citant même pas un Cannibal Ferox restant pour lui une honte absolue) fait d’ailleurs des merveilles dans le rôle, éclipsant même un Saxon pourtant déjà très charismatique. Fiévreux, le regard perdu dans le vide, ses airs de garçonnet ne sachant pas où il se trouve, sa tronche d’éternelle victime (du moins ici) ne font que créer un plus grand décalage avec ses actes, dictés par un virus destructeur, certes, mais aussi par sa psychologie éclatée au front. Beau personnage, ce que reconnait aujourd’hui un Radice acceptant la qualité d’un métrage auquel personne ne semblait pourtant croire. Etonnant au vu de la réussite incontestable qu’il définit, d’autant qu’il parvient à réaliser le rêve de toute une masse de réalisateurs ritals : faire un film semblant réellement américain. Car si l’on ne savait pas qu’il y a Margheriti au moniteur, on pourrait croire à une production yankee, dont ne subsistent que quelques maigres éléments européens. Les maquillages gore (de Gianneto de Rossi, L’Enfer des Zombies, Zombie Holocaust, Killer Crocodile,…) trahissent en effet un côté latin de par leur aspect très frontal, tout comme la musique d’Alexander Blonksteiner (compositeur rare mais personnalité ayant bossé sur le score de La Maison près du Cimetière), assez dansante, apporte ce rythme funky typique des productions italiennes. Du reste, on se retrouve avec un savoir-faire très états-uniens, comprendre que ça joue bien, que les décors sont toujours crédibles et que le scénario file droit, trônant parmi les meilleurs d’un Sachetti qui n’a pas toujours été un as de la structure…

 

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Un essentiel du genre donc que ce Pulsions Cannibales, servi comme il se doit par Le Chat qui Fume, pas franchement un éditeur connu pour torcher ses éditions à la va-vite. La première galette comporte donc, en plus du film, un entretien avec un Lombardo Radice d’une franchise absolue. Pas gêné à l’idée d’avouer qu’il sniffait un max de coke sur le tournage ou de dire que John Saxon était un être humain correct mais froid comme un Cornetto à la pistache, le bonhomme nous fait en plus l’honneur de s’exprimer en français. 30 minutes passionnantes à passer en sa compagnie, l’acteur étant visiblement sincère et naturel, en plus d’être totalement ignorant de comment on pratique la langue de bois. D’autant plus rafraichissant que ça nous change des actrices qui se souviennent à peine des films dans lesquels elles sont passées et n’ont rien à dire si ce n’est que tout le monde était formidable sur le plateau… Autre bonus intéressant, l’interview d’Edoardo Margheriti, fils d’Antonio, présent sur le tournage et donc revenu vers nous avec pas mal d’anecdotes, notamment sur les méthodes de tournage de son daron. Daron qu’il aime suffisamment pour lui avoir voué un documentaire d’une heure, nommé The Outsider, et ici disponible en tant que second DVD. Excellent, le reportage nous permet de passer en revue la carrière entière du réalisateur, de ses films de SF à son passage dans le gothique, avec bien évidemment un détour par ses films d’espionnage ou d’action. De quoi parfaire une édition impeccable, donc, et financièrement approchable puisque ne coûtant que 17 euros. Pas de raison de se retenir, donc : laissez-vous mordre, vous aussi !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Antonio Margheriti
  • Scénario : Antonio Margheriti, Dardano Sachetti
  • Production : Edmondo, Maurizio et Sandro Amati
  • Titre Original: Apocalypse Domani
  • Pays: Italie
  • Acteurs: John Saxon, Giovanni Lombardo Radice, Tony King, Elizabeth Turner
  • Année: 1980

 

2 comments to Pulsions Cannibales

  • Roggy  says:

    Tu m’as encore donné envie de mater un film avec ton excellente chro. Ce mélange entre « Rambo » et le film d’horreur semble tout à fait réussi, d’autant plus avec la présence de John Saxon au générique.

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