Caligula, la véritable histoire

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On parle souvent de la Nukesploitation à l’italienne, des zombies transalpins, des requins baignant dans la mer Adriatique ou des sous-Conan sortis du Colisée ; au point d’en oublier que le Caligula de Tinto Brass lança une vague d’orgies dans la production bis de la Botte. Et qui de plus conseillé que Joe D’Amato pour tremper son objectif dans le stupre et la violence ? Personne, et on s’en rend compte avec ce Caligula : la Véritable Histoire !

 

 

On ne va pas se leurrer et la jouer comme ces philosophes, aux pulls soigneusement posés sur les épaules : lorsque l’on rentre dans la taverne de l’oncle Joe, ce n’est pas dans l’espoir de se voir servir un thé au jasmin. C’est que le tenancier de la buvette en question nous a plutôt habitués à poser sur le comptoir d’énormes tonneaux d’hémoglobines, déversés sur nos frêles corps au détour des cultes Blue Holocaust, Emanuelle et les Derniers Cannibales, Anthropophagous ou Horrible. Et quand ça ne mâchouillait pas du fœtus ou que ça ne foutait pas Annie Belle au four, ça se prêtait aux jeux de l’amour dans l’une ou l’autre cochonnerie porno, le Big Joe quittant peu à peu les échanges de coups de hachoirs pour les tendres étreintes. Pas étonnant dès lors que notre barbu accepte la mission lui demandant de fac-similer le Caligula de Brass et Guccione, le film étant suffisamment scandaleux pour que D’Amato accepte de s’y intéresser et le revoir à sa sauce. Et ce avec son habituelle bande de tordus et quelques autres tronches du bis : la belle Laura Gemser (la Black Emanuelle, mais je ne vous apprends rien), son époux Gabriele Tinti (Le Gladiateur du Futur), un David Brandon plus tard à l’affiche des productions Filmirage (donc D’Amato) Bloody Bird et Au-delà des Ténèbres, Charles Borromel d’Horrible, Oliver Finch de Torso, Michele Soavi (protégé du Joe et futur réalisateur de Bloody Bird, Dellamore Dellamorte,…) Fabiola Toledo de Demons et La Maison de la Terreur,… Du beau monde et on en passe encore, réunis pour une partouze bis prenant donc pour modèle l’un des films les plus sulfureux de son époque, rendu célèbre pour son Malcolm McDowell qui sortait déjà d’un Orange Mécanique faisant cracher beaucoup d’encre, mais aussi et surtout pour ses inserts pornographiques, largement liés à la légende du métrage. Bref, toutes les thématiques chères au réalisateur sont là, et c’est sans doute avec le sourire d’un sale gamin prêt à faire une vilaine farce qu’il s’est mis aux fourneaux. Car son intention avec sa propre version du mythe Caligula, Caligula : La Véritable Histoire, c’est bien évidemment de laisser l’original loin derrière en matière de vice, de provocation et d’offense. Brass et Guccione poussaient le bouchon trop loin ? D’Amato, comme à son habitude caché derrière le pseudo David Hills, va carrément le propulser, le bouchon, et le laisser s’exploser contre les murs !

 

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L’histoire, à moins d’avoir un peu trop séché les cours de secondaire, vous en connaissez à priori déjà les contours : Gainus ‘Caligula’ Caesar (David Brandon), empereur fou de Rome, profite de sa position de divinité de chair pour goûter à tous les plaisirs de la vie, y compris ceux qui lui sont interdits. Et qu’on ne vienne pas lui en faire la remarque, le despote n’acceptant pas que l’on remette en cause ses choix, à respecter tels des tables de la loi, qu’il se verrait d’ailleurs bien réécrir. Ses opposants sont alors assassinés en masse, lorsqu’ils ne sont pas torturés ou que leurs femmes ne sont pas utilisées telles des prostituées. Pas étonnant dès lors que les membres du Sénat et quelques-uns de ses proches décident de lui planter une lame entre les omoplates, Caligula étant aussi craint que détesté… Paranoïaque (à juste titre !), il se met à rêver chaque nuit qu’un mystérieux archer, porteur d’un lugubre casque de gladiateur, lui décoche une flèche mortelle, tandis qu’il soupçonne les siens de vouloir l’empoisonner. Jamais rendu impuissant par ces vertiges, il profite de son rang et de la présence du chef de sa garde rapprochée pour violer Livia, jeune vierge qui se promenait tranquillement avec son fiancé Ezio. La douleur physique et morale étant trop forte, la demoiselle se suicide tandis que Caligula fait éventrer son promis, de peur que l’affaire ne s’ébruite. Miriam (Laura Gemser), amie de Livia, promet de venger sa copine et décide alors de s’infiltrer dans le palais du tyran, profitant de l’organisation par ce dernier d’une gigantesque orgie servant à récolter des fonds, histoire d’embellir la capitale de nouveaux monuments. Car comme de juste, le staff de Gainus cherche de jolies jeunes dames à offrir aux vieux notables, et Miriam fait une excellente candidate… Si bonne queCaligula finit par s’éprendre d’elle et décide d’en faire sa femme, alors que cette dernière ne sait plus trop où en donner de la tête, tenaillée entre sa soif de vengeance et sa fascination pour ce souverain dément. Sur le papier, pas trop de surprises finalement : nous tenons-là un véritable Caligula-movie avec les passages importants de l’existence de cette figure historique marquante. Soit ses violences, ses sauteries légendaires, sa psyché de traviole et tout le toutim. Mais contrairement à la version de Brass, on notera un effort historique diminué et une volonté de coller nettement moins à la véracité des faits, de jouer plutôt du suspense et en cela de faire une véritable fiction. D’où l’arrivée dans le récit de Miriam et la vendetta qui l’entoure, bonne occasion de rendre plus limpide la volonté des uns et des autres de se débarrasser du fou furieux qui les gouverne, le tout sans se perdre en de compliqués complots. Bien sûr, quelques serviteurs ou membres du Sénat entourant Caligula tenteront de le pousser dans la tombe, mais il est évident que le scénario (à priori de D’Amato et son vieux pote George Eastman) préfère se blottir dans les toges de Miriam, sous-intrigue apportant un peu de sentiments dans une galaxie insensible.

 

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D’Amato s’attarde en effet moins sur l’Histoire à grande échelle que sur l’historiette, se servant de la rage de Miriam, bientôt transformée en amour ambigu, pour faire avancer un récit sans cela voué à faire du surplace. Car au fond, qu’est l’histoire de Caligula si ce n’est une succession de trahisons et de tortures ou humiliations, quelquefois entrecoupée de luxure ? Avec le catapultage de Laura Gemser dans une intrigue embourbée et vouée à tourner en rond, D’Amato apporte un peu de tension et ajoute un point de vue à sa Véritable Histoire (qui ne l’est donc pas, véritable), un contre-point au regard que Caligula porte sur le monde. On pourrait d’ailleurs considérer que le film, malgré de nombreux seconds rôles, ne possède que 4 personnages : Caligula comme vampire de toute une nation, ceux qui sont face à lui, la masse qui se marie à sa vision et le suit sans faire de vagues, et puis cette Miriam passant d’un camp à l’autre au gré de ses troubles. Les protagonistes ne sont donc guère plus que du bétail, soit de celui qui donne du lait au souverain, dès lors prêt à le garder à ses côtés, soit de celui trop susceptible de donner des coups de corne et que l’on enverra manu militari à l’abattoir. Seule exception, le sauvage Ulmar, grand blond aux traits d’homme des cavernes et portant justement la peau de bête, dont Caligula se sert comme d’un barbare éliminant ceux qu’il pointera du doigt. A priori présenté comme un animal vide de toute pensée, Ulmar dévoilera au fil du temps une sensibilité jurant avec son physique, notamment en conseillant à Miriam de s’éloigner de son futur époux, selon lui future cause de sa perte. Un personnage par ailleurs riche en surprises, comme nous le verrons lors des dernières minutes de ce Caligula 2. Néanmoins, même si la dramaturgie est ici intéressante et que les aspects tragiques du personnage principal (excellent David Brandon, par ailleurs) apportent une certaine versatilité à l’ensemble – puisque nous passons de la cruauté à la peur, de l’amour aux questionnements théologiques – le principal pour D’Amato reste ailleurs. A savoir balancer dans les dentiers de ses spectateurs une bisserie particulièrement vicieuse…

 

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Vous pensiez avoir tout vu chez le grand Joe ? Qu’il avait fait le tour en couchant sur pelloche un grec dégueulasse bouffant ses propres tripes, la fondue à l’acide d’un corps humain dans une baignoire ou un coup de foreuse bien placé dans une tempe ? Ce n’était rien, braves gens, et D’Amato étant du genre à ne pas décevoir ses fans, le voilà qui repousse encore les limites du bon goût avec son Caligula très… hard. Et ce dans tous les sens du terme. Au niveau du gore pour commencer, le réalisateur se servant du dictateur comme d’une excuse pour aligner les décapitations, couper des langues, donner des coups de glaive dans des bides ou se pencher sur les sodomisations à la barre de fer. Oui, quand Caligula découvre que les hommes sous ses ordres tentent de le faire chuter de son trône, il réunit tout le monde, balance les bébés des mères de famille au sol puis prend les époux pour les enculer au pilum. Trash et c’est rien de le dire, surtout lorsque la lance termine sa course dans le fondement du pauvre Gabriele Tinti et finit par ressortir par sa poitrine ! Pas triste niveau sexe non plus, la pelloche, la fameuse orgie étant bien évidemment le clou du spectacle, largement préparé en amont. Ainsi, on nous montre d’abord des Vestales (de belles demoiselles censées rester vierges) se faire dépuceler au gode dans une piscine (!), avant d’être réunies dans une caverne par un homosexuel très efféminé qui leur apprendra comment sucer (!!). Et ce dernier d’inviter un grand esclave pour qu’il tende la perche aux pucelles, tellement excitées qu’elles se tripoteront fébrilement tandis que l’une des leurs affutera ses coups de langue sur le dard de l’heureux homme. Et ce n’est bien évidemment qu’un avant-goût du show Caligula, la partouze allant encore bien plus loin, cherchant le tabou pour mieux l’éclater d’un coup de sandale. Nous aurons donc tout le loisir d’observer les ribaudes pomper ou se laisser pénétrer (et c’est pas du simulé, la version complète nous offrant une sacrée dose de porn), un nain se faire sucer alors qu’il broute lui-même un minou, une mamie branler un éphèbe, un vieillard embrasser une gonzesse avant de dégueuler… et recommencer à lui faire un détartrage (!), des enculades entre hommes,… Et tout cela avec sous les yeux des gladiateurs s’entretuant à coups de poings décorés par des lames, d’un jongleur de torches (le truc le plus soft de tout le film) et d’une grosse dame branlant et se faisant prendre par un cheval. Quoi, quoi, quoi ?! Oui, dans la version uncut, une demoiselle jugée comme trop laide pour être l’amante des hommes sera utilisée pour faire jouir une monture, qu’elle branle (pour de vrai) avant de lui offrir son orifice (pour de faux). Pas tout à fait un épisode de Mon Petit Poney, mais une bonne dose de folie typique du bis cradingue de l’époque, définitivement impossible à imaginer de nos jours…

 

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Après avoir rééquilibré la balance du bis transalpin en faisant plaisir à une bête (contrairement à leurs nombreuses tortures chez les cannibales) et avoir enfoncé un poteau dans un cul, D’Amato peut difficilement aller plus loin et décide de changer son fusil d’épaule. Terminé le sexe graphique et le gore cradingue, Jojo La Bite n’a plus rien en stock et décide de verser dans l’onirique pur, plongeant dans les mauvais rêves d’un Caligula rongé par la culpabilité. Car comment expliquer autrement ces visions d’horreur, ses victimes se réunissant autour de lui pour l’éliminer, tels des fantômes réclamant leur roi dans leur monde ? De drôles d’instants, purement fantastiques, et un renforcement de l’aura de folie du film, la démence étant jusque-là traduite par des actes, par le charnel. Elle sera désormais psychologique et ressortira par la peur panique qu’à Caligula d’être abandonné par la seule femme qu’il puisse aimer, une Gemser pour sa part hésitante quant au sort qu’elle se doit de lui réserver. Et le cauchemar de Caligula de devenir réalité lors d’une dernière séquence marquante, clôturant en beauté un dernier acte dramatique et délivré de ses éléments purement exploit’. Une manière d’apporter un brin de finesse à un numéro jusque-là très concentré sur ses performances… Voire même de s’extirper un temps du carcan de la « Série B fauchée et bas du front », car évidemment ça sent quelquefois la misère, malgré quelques extérieurs faisant pleinement illusion. Mais pour les intérieurs, on repère parfois ces habituelles tentures, toujours judicieusement disposées pour masquer le vide de décors évidemment moins luxueux que ceux dont disposait la paire Brass/Guccione. On n’y prêtera néanmoins guère attention, tout simplement parce que l’arène attire tous nos regards et nous fait oublier que les bancs sur lesquels nous sommes assis sont chancelants. Qui irait taper de l’index sur une colonne pour vérifier qu’elle est creuse, alors que deux demoiselles se font doigter ou qu’un pauvre type se fait élargir l’anus au centre de la pièce ? Personne !

 

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Néanmoins, si Caligula 2 assure le spectacle, au point qu’une scène inoubliable arrive à peu près toutes dix minutes, la version intégrale peut parfois sembler un peu longuette. Si le réalisateur de Deep Blood – par ailleurs ici très inspiré puisqu’il offre un film techniquement très solide – privilégie autant que possible l’action, il ne peut esquiver certains bavardages pas toujours inspirés, histoire de clarifier des situations pourtant déjà claires sans un quart d’heure de parlote supplémentaire. On le sent d’ailleurs moins à l’aise en la matière, voire la très ridicule (et heureusement fort courte) scénette voyant Miriam et Livia s’échanger des banalités sucrées telles que « Je ne te quitterai jamais » ou « Tu es ma meilleure amie de toute la life », histoire de surligner au feutre fluo un lien que le regard désenchanté de Laura Gemser, posé sur la dépouille enflammée de la jeune morte, exprimait déjà de fort belle manière. Dommage d’en avoir un peu trop fait en la matière, d’autant que l’on aurait préféré voir l’accent placé sur les différences théologiques entre les personnages : Caligula se voit comme un dieu romain, Gemser prie Anubis dans une grotte, Livia et Ezio sont des cathos récemment convertis et c’est à un enterrement de viking qu’aura droit Livia. Intéressant mais resté au troisième ou quatrième plan, l’intérêt étant bien évidemment ailleurs. Soit dans cette envie qu’à D’Amato de faire plus offensant que tout ce qui a pu sortir auparavant, au point que l’on se demande encore comment Caligula : La Véritable Histoire est parvenu à éviter d’être catalogué comme un Video Nastie. A voir dans tous les cas, même si se posera à vous le cruel dilemme suivant : faut-il s’asseoir devant la version uncut et ne rien rater des délires sexo-gore au prix de quelques baisses de rythme ? Ou faut-il miser sur une version rabotée mais à la cadence nettement plus satisfaisante ? A vous de voir, mais si vous avez le cœur bien accroché et les couilles velues, il serait dommage d’entrer dans le palace du seigneur Caligula sans en visiter les pièces les plus torrides…

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation : Joe D’Amato
  • Scénario : Joe D’Amato, George Eastman
  • Production : Alexander Sussman
  • Titre Original: Caligola: la storia mai raccontata
  • Pays: Italie
  • Acteurs: David Brandon, Laura Gemser, Sasha D’Arc, Gabriele Tinti
  • Année: 1982

2 comments to Caligula, la véritable histoire

  • Roggy  says:

    Dis donc, on savait s’amuser dans la Rome Antique ! Je ne connaissais pas le film et cette version uncunt qui semble déchirer… Excellente chro en tout cas.

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