The Invisible Ghost

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Peu de chances que vous vous ruiniez avec le copain Bela, dont une bonne partie de la filmographie est tombée dans le domaine public et est donc trouvable sur des DVD aux prix légers. Tant mieux, on aime le bon marché, surtout lorsqu’il nous permet de croiser un Lugosi en excellente forme !

 

 

 

On ne va pas refaire l’histoire 150 fois : le copain Lugosi, dans les années 40, c’était plus trop le roi des galas de la Universal. Certes, il enterrait toujours la concurrence en interprétant génialement le bossu Igor dans Son of Frankenstein et ses suites, mais c’était à peu près tout ce que la maison des monstres avait à lui proposer, ou alors de très courts rôles comme dans le Wolfman. Comme faut bien remplir son assiette de chauves-souris rôties, celui dont le nom complet est Béla Ferenc Dezső Blaskó (on comprend l’utilisation d’un patronyme, ça aurait jamais tenu sur l’affiche de Dracula tout ça) finit par signer pour deux films avec Sam Katzman, gérant de la Monogram et l’une des figures les plus importantes du Poverty Row. Soit le nom donné à cet ensemble de petits studios tapant dans la toute petite Série B, de celles qui firent leur beurre sur le dos de stars en perdition. Autant dire que Lugosi entrait dans cette catégorie, et plutôt deux fois qu’une. Du coup, ce n’est finalement pas deux métrages que le vampire fit avec eux mais neuf (Voodoo Man, Bowery at Midnight, The Ape Man,…), dont cet Invisible Ghost sorti en 1941 et ayant connu plusieurs titres de tournage. Comme Murder by the Stars, The Phantom Killer ou The Phantom Monster. L’un ou l’autre, honnêtement… Tant que le titre claque et que le nom de Lugosi est bien visible sur l’affiche, la Monogram est pour ainsi dire heureuse, sachant qu’une personnalité connue et un bon nom de film suffisait généralement à ramener un peu de fric, leurs métrages étant bien évidemment tournés à l’économie et donc aisément remboursables. Tout le monde était donc bien content : Katzman verra la monnaie tomber dans ses poches, Lugosi continue de bosser et le public a ses frissons à bas prix, via une pelloche loin d’être honteuse, Invisible Ghost étant même des plus sympathiques films de notre Hongrois.

 

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Y’a rien à faire, Bela, même quand il est gentil, ben faut qu’il fasse des trucs méchants ! Ainsi le voilà meurtrier malgré lui, rendu fou par le fait que sa femme soit partie avec son meilleur ami, les deux ayant cependant été vite punis puisqu’ils se sont pris un arbre en voiture. L’amant est mort et la femme est portée disparue, le jardinier du notable Martin Kessler (Lugosi, donc) ayant jugé bon de l’enfermer dans la cave de la demeure depuis plusieurs années, le temps qu’elle reprenne ses esprits, la pauvre étant devenu folle suite à l’accident. L’ennui, c’est qu’une fois la nuit tombée elle se met à vagabonder dans le jardin, tentant de rentrer chez elle. Et lorsque le père Kessler, pas au courant qu’il n’est en fait pas veuf, la voit dans le jardin, il se dit fort légitimement que le fantôme de sa femme vient le hanter. Ce qui le rend dingue et le force à tuer ses serviteurs, son conducteur ayant déjà été étranglé par ses soins ! Et c’est désormais à la femme de ménage de subir le même sort, la soubrette recevant une visite nocturne du vieux Bela, agile lorsqu’il s’agit de placer sa veste sur la tête de sa victime et lui serrer le cou dans les secondes suivantes. Et le tout sans que le meurtrier se rende compte de ce qu’il fait, ces tueries ressemblant plus à une crise de somnambulisme qu’à un crime finement préparé. Heureusement pour lui, notre innocent coupable peut compter sur des policiers à côté de leurs pompes et ayant visiblement fait leurs classes avec les zigs de Police Academy. Ainsi, alors que tout le personnel de Kessler tombe comme des mouches sans ailes, ils ne le soupçonnent pas un instant, suggérant qu’un fou s’infiltre dans sa bicoque pour tuer une personne, repart, et revient quelques temps plus tard pour recommencer. Et évidemment, lorsque le fiancé de la fille Kessler vient loger à la maison, c’est lui qu’on accuse et fait griller sur la chaise électrique, les enquêteurs jugeant que ça ne peut être que lui, même si aucune preuve ne les dirige particulièrement vers cette conclusion. Evidemment, la cuisson dans le tabouret survolté du pauvre Ralph n’amuse guère son frère jumeau, Paul, qui débarque dans la maison avec la ferme intention de dénouer ce mystère bien mystérieux.

 

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Plus un Mystery Movie qu’un film d’horreur donc, cet Invisible Ghost, puisque malgré le titre il n’est nullement question d’un revenant disposé à hanter les nuits orageuses. Nous tombons plutôt les pieds joints dans un petit thriller psychologique, assez mal assis puisque le cul dans le vide : une fesse posée sur la chaise du film policier, une autre sur celle de l’épouvante. Et pour cause, le réalisateur Joseph H. Lewis, spécialisé dans les polars de truands et les westerns, se voit forcé d’apporter quelques frissons à un public espérant bien évidemment que Lugosi soit diabolique ; et ce tout en s’assurant qu’un minimum de suspense soit trouvable dans le script, pas loin d’être Agatha Christien. L’ennui, c’est qu’il n’est pas aisé de faire monter la pression lorsque l’assassin est connu du spectateur, omniscient et donc bien sûr en manque d’énigmes. Enfin pas tout à fait puisqu’il se posera tout de même de nombreuses questions au fil du métrage, à l’écriture un peu trop légère puisque laissant en suspens des points pourtant importants. Par exemple, il n’est jamais clairement établi si Hessler pense que sa femme est décédée ou si elle est simplement portée disparue. De même, aucune explication plausible n’est apportée quant au fait que le jardinier décide de cacher son épouse dans un sous-sol. Selon ses dires, il fait surtout cela pour qu’elle se remette tranquillement (à noter que cela fait tout de même des années qu’elle semble se reposer sur un lit crasseux) et soit présentable à son mari, ne souhaitant pas que ce dernier la découvre dans cet état (pour rappel, elle est désormais cinglée) et grille un fusible. Mais en même temps, il ne l’enferme pas, de sorte qu’elle se ballade chaque soir, va piquer de la bouffe dans les cuisines et crée finalement plus de bordel que si elle se présentait devant Hessler une bonne fois pour toutes ! C’est net, Invisible Ghost fut fait dans la précipitation et n’a pas bénéficié d’un soin particulier lors de l’écriture, le rendant sacrément incohérent dans son ensemble…

 

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Gravissime ? Jamais, à dire vrai, tout simplement parce que Lewis apporte un certain peps à son affaire, assez rythmée puisque les séances de meurtres nocturnes du copain Bela arrivent très régulièrement. Et entre-temps, on aura des dialogues pour le coup pas chiants, permettant d’en apprendre d’avantage sur cette famille au sein de laquelle nous sommes catapultés sans plus de présentations. On peut éventuellement s’y perdre un peu au départ, d’autant que comme déjà précisé les incohérences de comportements n’aident pas vraiment ; n’empêche que ce manque de préparations dans l’exposition permet de nous tenir concentrés lors des causeries, seul moyen de comprendre ce qu’il en est vraiment. Un mal pour un bien quoi, et un défaut servant finalement les intérêts du film. Et puis soyons honnêtes, si l’on se jette sur un Lugosi Movie, c’est avant tout pour être hypnotisés par la star des catacombes, plus que pour faire face à une épopée parfaitement structurée. Le genre horrifique des années 30 et 40 valait principalement pour son atmosphère d’une part (et elle est ici très bonne, pluvieuse et lugubre malgré quelques pincées de second degré), pour le charisme de sa star de l’autre. Coup de chance, on a là un Bela en grande forme, livrant même l’une de ses meilleures prestations, preuve que pour les gros studios ou les petits notre homme ne comptait pas ses efforts. Excellent lorsqu’il joue un Hessler éveillé, il fait des merveilles et se montre plus naturel que jamais, au point que l’on en vient à s’attrister de le voir revenir à ses tics habituels une fois que sa démence reprend ses droits. Jeux de mains crochues, regards fixes, démarches lourdes et monstrueuses : Lugo nous ressort ses vieux tours dans ces instants, et si l’on est toujours contents de le voir jouer les êtres possédés par de sombres pulsions, nous étions tout de même bien heureux de le voir dans un registre plus posé. Reste que c’est évidemment toujours un plaisir de scruter ses moindres gestes, même si notre vedette n’est pas loin de se faire éclipser par un autre acteur, moins connu mais tout aussi bon…

 

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A savoir un certain Clarence Muse, principalement connu des cinéphiles s’intéressant aux métrages en noir et blanc, à priori le premier afro-américain ayant été une star de cinéma. Egalement musicien et chanteur d’opéra (on sait que la Monogram avait pour habitude d’aller chercher des personnalités d’autres domaines pour avoir leur lot de célébrités moins coûteuses que les comédiens reconnus, même si Muse avait déjà 20 années de pratique avant Invisible Ghost), notre homme montre une aisance particulière devant les caméras et parvient presque à faire oublier que Lugosi est dans la même pièce. Oui, c’est à ce point ! Du coup, les invisibles, ce sont les autres comédiens les entourant, sans doute pas dérangeants, mais si petits face à ces grands interprètes, qui donnent vraiment de l’éclat à cette toute petite Série B. Certes, elle aurait déjà été fort regardable sans eux de par ses contours à la Poe, mais il est indiscutable que si elle est devenue fort sympathique, c’est grâce à eux deux !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Joseph H. Lewis
  • Scénario : Al Martin, Helen Martin
  • Production : Sam Katzman
  • Pays: USA
  • Acteurs: Bela Lugosi, Clarence Muse, John McGuire, Polly Ann Young
  • Année: 1941

 

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